Le grand ténor est mort cette nuit, ce héros qui a fait "descendre l'opéra dans la rue"...
Je ne l'aimais pas mais grande voix tout de même.
J'ai eu la chance de l'écouter par 2 fois dans une Bohème et Tosca, il y a des années de cela à Garnier. Eblouissant ! Une voix comme un rayon de soleil. Bon sang, quel éclat !
A gogo depuis ce matin sur Radio Classique, j'en ai des frissons ça et là en l'entendant d'une oreille distraite. Sûr que les airs de bravoure pour gosiers bien huilés lui vont à merveille. Plus qu'un interprête, Pavarotti est avant tout un instrument. Voix ancrée en son fondement grâce à un soutien du diaphragme sans failles, il monte vers l'aigu avec une facilité inégalée. C'est souple, projeté, rond, un son lustré aux couleurs de miel liquide et homogène sur toute la tessiture, en somme, ce qu'on appelle une voix parfaitement placée. Le vibrato est dense, ramassé sur lui-même, marqué juste ce qu'il faut, régulier dans n'importe quel registre. Bref, une sorte de Roll's rutilante de l'art lyrique ! Mais la performance n'est d'intérêt que ce qu'elle est.
Scéniquement, outre les kilos en trop, difficile de trouver ses interprétations émouvantes, il n'était pas sur le versant dramatique (aux antipodes d'une Callas) et au delà de tout, je crois qu'il s'en foutait (du moins le sentiment qu'il donnait). Passe pour Les Puritains (quelle extraordinaire tenue de la ligne de chant dans "A te, o cara"...), L'Elixir, Lucia et autre Fille du Régiment mais Rodolfo de Bohème, rôle plein de lyrisme et de poésie, il le massacre en restant totalement extérieur au personnage. Son visage est toujours inexpressif, comme son phrasé, totalement anonyme (faut pas manquer Bergonzi dans cet opéra, un travail d'orphèvre, ciselé et doré à l'or fin. Le plus grand styliste de tous les temps !). Les ondes évoquent sa neutralité, son absence d'esbroufe... Je t'en fous ! C'est plat et tous ses personnages se ressemblent !
En remarquable homme d'affaires, il a aussi su prendre le virage du déclin en devenant la "pop star" qu'on connaît, donnant des concerts méga-inter-galactiques devant des milliers de spectateurs, entouré de Zucchero, Sting, F. Mercury, j'en passe... Et qu'on ne vienne pas nous dire quel homme engagé il a été en cherchant de toute son âme à transmettre l'opéra au peuple !... (Ah, les journalistes et leur besoin de pommader...)
Pavarotti était aussi un de ces hommes à l'ego sur-dimensionné qui croient pouvoir tout obtenir, pire, prendre sans demander la permission.
Allez... pour la petite histoire, je vous raconte... Ado, je voulais devenir chanteuse mais j'ai mieux réussi dans la carrière de groupy... J'allais dans les loges après le spectacle, courir l'autographe. Donc, ce soir là, j'ai pris le couloir menant à la sienne, j'avais un trac... - quoi, moi, j'allais voir le grand Pavarotti "en vrai" ! - je me suis approchée toute tremblante, je devais avoir 16/17 ans, pour lui faire signer ma pochette de disque. En plus de la dédicace, c'est tout juste s'il ne m'a pas coincée derrière la porte pour me mettre la main aux fesses...
Quel brio, oui, mais aussi quel dégoût ! La déception, mon stress me brûlent encore quand j'y pense...
Adieu Corelli, di Stefano, Bergonzi, Pavarotti,... Quelle relève pour demain ?
Je ne l'aimais pas mais grande voix tout de même.
J'ai eu la chance de l'écouter par 2 fois dans une Bohème et Tosca, il y a des années de cela à Garnier. Eblouissant ! Une voix comme un rayon de soleil. Bon sang, quel éclat !
A gogo depuis ce matin sur Radio Classique, j'en ai des frissons ça et là en l'entendant d'une oreille distraite. Sûr que les airs de bravoure pour gosiers bien huilés lui vont à merveille. Plus qu'un interprête, Pavarotti est avant tout un instrument. Voix ancrée en son fondement grâce à un soutien du diaphragme sans failles, il monte vers l'aigu avec une facilité inégalée. C'est souple, projeté, rond, un son lustré aux couleurs de miel liquide et homogène sur toute la tessiture, en somme, ce qu'on appelle une voix parfaitement placée. Le vibrato est dense, ramassé sur lui-même, marqué juste ce qu'il faut, régulier dans n'importe quel registre. Bref, une sorte de Roll's rutilante de l'art lyrique ! Mais la performance n'est d'intérêt que ce qu'elle est.
Scéniquement, outre les kilos en trop, difficile de trouver ses interprétations émouvantes, il n'était pas sur le versant dramatique (aux antipodes d'une Callas) et au delà de tout, je crois qu'il s'en foutait (du moins le sentiment qu'il donnait). Passe pour Les Puritains (quelle extraordinaire tenue de la ligne de chant dans "A te, o cara"...), L'Elixir, Lucia et autre Fille du Régiment mais Rodolfo de Bohème, rôle plein de lyrisme et de poésie, il le massacre en restant totalement extérieur au personnage. Son visage est toujours inexpressif, comme son phrasé, totalement anonyme (faut pas manquer Bergonzi dans cet opéra, un travail d'orphèvre, ciselé et doré à l'or fin. Le plus grand styliste de tous les temps !). Les ondes évoquent sa neutralité, son absence d'esbroufe... Je t'en fous ! C'est plat et tous ses personnages se ressemblent !
En remarquable homme d'affaires, il a aussi su prendre le virage du déclin en devenant la "pop star" qu'on connaît, donnant des concerts méga-inter-galactiques devant des milliers de spectateurs, entouré de Zucchero, Sting, F. Mercury, j'en passe... Et qu'on ne vienne pas nous dire quel homme engagé il a été en cherchant de toute son âme à transmettre l'opéra au peuple !... (Ah, les journalistes et leur besoin de pommader...)
Pavarotti était aussi un de ces hommes à l'ego sur-dimensionné qui croient pouvoir tout obtenir, pire, prendre sans demander la permission.
Allez... pour la petite histoire, je vous raconte... Ado, je voulais devenir chanteuse mais j'ai mieux réussi dans la carrière de groupy... J'allais dans les loges après le spectacle, courir l'autographe. Donc, ce soir là, j'ai pris le couloir menant à la sienne, j'avais un trac... - quoi, moi, j'allais voir le grand Pavarotti "en vrai" ! - je me suis approchée toute tremblante, je devais avoir 16/17 ans, pour lui faire signer ma pochette de disque. En plus de la dédicace, c'est tout juste s'il ne m'a pas coincée derrière la porte pour me mettre la main aux fesses...
Quel brio, oui, mais aussi quel dégoût ! La déception, mon stress me brûlent encore quand j'y pense...
Adieu Corelli, di Stefano, Bergonzi, Pavarotti,... Quelle relève pour demain ?
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Je l'avais vu et surtout entendu en 98 dans les jardins du Trocadéro, il était généreux dans sa façon de s'adresser au public et de leur donner son talent.
Devant moi (la foule était impressionnante) il y avait un groupe de jeunes skin qui le regardaient visiblement impressionnés, mais nous l'étions tous, rien que pour cela et le moment vécu ....merci M. Pavarotti
Devant moi (la foule était impressionnante) il y avait un groupe de jeunes skin qui le regardaient visiblement impressionnés, mais nous l'étions tous, rien que pour cela et le moment vécu ....merci M. Pavarotti
Je suis aussi allé le voir plusieurs fois dans les loges, notamment à la suite d'un " élixir d'amour " où il avait bissé " una furtiva lacrima ". Je suis arrivé au moment où il sortait. Il s'est contenté de me poser la main sur l'épaule... à chacun son traitement...
Une voix magnifique trop tôt éteinte : Fritz Wunderlich ... à écouter de toute urgence.
Une voix magnifique trop tôt éteinte : Fritz Wunderlich ... à écouter de toute urgence.
J'ai compris ça ce soir-là !...
à l'exception de la tentative de main aux fesses, mais les stars ne sont pas des dieux bien que beaucoup leur fassent croire: il leur faudrait un sang froid et une force démesurés pour ne pas succomber à cette illusion que le monde leur appartient.
je n'étais qu'une téléspectatrice du chanteur et ne connaissais que le son troublant de sa voix, parce que je trouve ça beau et parce que cela me transporte c'est tout. Mais je n'ai pas les qualités necessaires pour juger le reste et je trouve que ce comm' est informatif même si j'avais tout de même ma petite idée sur le personnage. C'est vrai qu'après tout en s'en fout de l'homme mais l'interprétation dans la chanson me semble essentielle, la voix ne suffit pas...c'est ce que je crois et je n'aime pas l'adulation sans raison même tout court d'ailleurs.
Mais je suis bien d'accord avec toi : une voix incroyablement onctueuse, chaude, sans passages difficiles, sans ruptures.
Je n'aime pas le répertoire où il se complaisait à juste titre, parce qu'il convenait à son timbre, mais j'aimais malgré tout l'entendre, lui, dans Verdi ou Puccini.
Alors après tout, qu'importe l'homme? Qu'importe même l'interprète? Pourvu que sa voix, grâce aux enregistrements, vienne toujours nous rappeler la douceur de l'enfance, la caresse du soleil napolitain, la capacité innée de l'être humain à tendre vers la beauté.
Je n'aime pas le répertoire où il se complaisait à juste titre, parce qu'il convenait à son timbre, mais j'aimais malgré tout l'entendre, lui, dans Verdi ou Puccini.
Alors après tout, qu'importe l'homme? Qu'importe même l'interprète? Pourvu que sa voix, grâce aux enregistrements, vienne toujours nous rappeler la douceur de l'enfance, la caresse du soleil napolitain, la capacité innée de l'être humain à tendre vers la beauté.


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Ernestine007
publié le 6 sept. 07