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catégorie : chronique
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Calais, Sylvie. À cet instant, elle parcourt les rues de la ville triste, triomphalement portée par l’amour de ses enfants. Arrivée devant l’école, elle tente une dernière fois de les convaincre de s’en retourner jouer sur la plage. « Maman, tu sais bien que ce n’est pas possible, nous devons aller en classe. » Pas sûr qu’elle le sache, non, mais elle libère quand même leurs petites mains et s’en va dans un sourire, résignée. C’est que leur absence laisse trop de place à ses fantômes intérieurs. Un jour, elle a mis sa vie entre parenthèses et sans ses enfants, elle n’existe pas vraiment. Elle attend.

Sangatte, des hommes et des femmes venus d’ailleurs chercher ici ce qu’ils ne trouveront nulle part. Prisonniers d’un refuge illusoire, condamnés au silence par une administration qui voudrait ignorer leur existence, totalement dépendant de la générosité des bénévoles qui distribuent ici un peu de tout et de rien, quelques soins, quelques conseils, une présence, tous savent que le combat est perdu mais n’ont d’autre choix que de faire semblant d’y croire encore.

Sur la route entre Calais et Sangatte, Sylvie rencontre Jallal. Il fuit son pays et la mort qui l’y guette, elle cherche sa vie. Elle pénètre avec lui le monde parallèle des voyageurs du néant. Aux côtés des bénévoles, Sylvie trouve enfin sa place, mais elle a perdu les codes du savoir être social et la maladresse de sa compassion se heurte aux réalités du monde. Elle offre avec innocence et passion l’énergie nouvelle qui afflue de son être, on l’accuse de se compromettre avec ces hommes en mal de tendresse. Sylvie ne cède pas.

Calais, Marc. Le mari de Sylvie l'entoure d’un amour indéfectible. Ne souriez pas, derrière ces mots au goût sucré, se cache le plus violent des sentiments qui puissent être. Marc aime comme on voudrait aimer. Il aime Sylvie malgré et pour sa fragilité d’enfant, ses passions de femme, ses excès de mère, les absences de la folie, les silences de l’angoisse, les mots qui s’égarent, les rires qui se brisent. Marc aime Sylvie parce qu’elle est sa respiration et qu’il ne peut concevoir que ce souffle s’éteigne.

Et alors, me direz-vous ? Une histoire d’amour sur fond d’injustice sociale, l’essence de tout drame, de l’Antiquité à nos jours ! Oui, peut-être, mais…

Il y a ces liens tissés entre les êtres, subtilement dévoilés, à peine effleurés. Il y a cet amour tendre et inquiet des enfants pour leur mère, celui du père pour son épouse, la violence de leurs sentiments pour celle dont la fragilité est cependant le fondement même de la famille. Il y a les regards perdus des oubliés de Sangatte qui nous incitent à baisser les yeux, honteux que leur histoire ne soit pas une fiction mais le reflet d’une actualité dont nous tournons si vite les pages. Il y a ce rapport ténu entre l’ordre social et l’ordre des choses. Il y a le devoir de désobéissance auquel il n’est pas toujours aisé de répondre ; au jeu du gendarme et du voleur le bon et le méchant parfois échangent leur masque. Mais il y a surtout cette absence de certitude qui donne aux images de Jean-Pierre Ameris tout leur réalisme et leur légitimité.

Si j’ai choisi de ne pas vous raconter la fin de l’histoire, c’est qu’elle est à inventer, je crois par chaque spectateur. Moi, je garde pour cet épilogue l’image d’un possible : une femme scrute l’avenir, face à l’indicible, elle a choisi de s’affranchir des parenthèses qui cloisonnaient sa vie, et la mort parfois est le prix de cette liberté-là.


(…) Louise qui se demande quand le ciel le cédera enfin aux douceurs printanières ?



*Clin de cœur au très beau téléfilm de Jean-Pierre Ameris, « Maman est folle », produit par France 3, interprété, notamment et magistralement par Isabelle Carré. (Téléfilm malheureusement absent de la base de données PCC).
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Voici les 32 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 19/03/08 à 23h54
comme d'habitude, aussi
 18/03/08 à 23h10
et surtout superbe moment d'émotions (je garde le pluriel volontairement)... j'ai vu le film tiré du livre éponyme d'Olivier Adam (Falaise - Je vais bien, ne t'en fais pas)... et ta critique a fait renaître de nombreuses images..Isabelle Caré est toute en émotion, en ressenti, toujours border line et c'est ce qui la rend si aimante... je n'en dit pas plus car tu as su le décire mieux que moi...
 17/03/08 à 21h16
Les folies ne doivent pas être mises entre parenthèses ...
Belle photo d'un instant ...

Merci à toi, Louise, ainsi qu'à cette belle Sylvie que tu évoques si bien.
une radio et je l'avais noté pour l'acheter et le lire. Toujours pas fait mais c'est décidé maintenant je vais le lire. Merci pour ce com.
ceux d'entre vous qui ont le satellite, et qui souhaiteraient le voir, il passe sur TV5 monde lundi prochain
 17/03/08 à 17h23
mais juste un mot à propos d'Isabelle Carré qui a pris, à mon avis, une toute autre dimension, dans ses dernières interprétations. Autant je la trouvais parfois fade au début de sa carrière, autant je la trouve de plus en plus charismatique quels que soient les rôles, tragiques ou légers qu'elle interprète. Serait-ce là le signe du talent ?

Et sinon, qu'est ce qu'on mange ce soir ?
LN66... Aïe ! Va falloir que je m'applique !
 17/03/08 à 12h41
et que ce commentaire eest comme à l'abri de rien : terriblement nécessaire.
louise
 17/03/08 à 09h18
Touslesbato... Triste ? Avant tout, ce téléfilm questionne et bouleverse. La tristesse, c'est peut-être ce que l'on en perçoit au premier regard. Ensuite, vient la réflexion.

Miss say... Merci.

LN66... Aïe ! Va falloir que je m'applique !

Imari... Idiote ! Mais j't'aime quand même !

Prunelle... Si ça donne "simplement" envie de le voir, alors, me voilà comblée.

Filanzane... Oui, tout à fait d'accord sur le personnage du mari, dont on découvre peu à peu toutes les facettes.

Dehors... What is exactly the question ? Rimini c'eût été bien aussi, évidemment, mais bon...

Batavio... la folie traîne un peu partout, en ce moment. Petit nettoyage de printemps ?
..à un titre de william Sheller ?
Il s'agit bien de folie douce. Autant que de donner envie des téléfims de France 3 !
J'ai trouvé Isabelle Carré merveilleuse, mais le "mari" également, tellement juste!
Oui, un très beau com pour un très beau film
de l'époque...
Mesure qui a malheureusement aggravé les choses, les candidats au départ vivent dans les bois, mangent quand ils mangent, grâce à la bonne volonté des associations et sont pourchassés par les autorités ....
Et tout ça se passe maintenant pendant que nous sommes devant notre télévision à regarder le spectacle de la démocratie...
Triste monde!
(parce que je l'ai raté).
 16/03/08 à 20h27
m'dame ! Faut attendre la fin de la semaine pour ça !
bien au contraire, toujours enchantée!
 16/03/08 à 20h04
délicatesse, d'humanité, de sensibilité...
 16/03/08 à 20h00
sur un certainement très beau téléfilm mais probablement triste
avec la sensible Isabelle Carré

bordurance merci pour le lien
ce titre fait inévitablement penser à la chanson de sheller
 16/03/08 à 19h55
Douve... La délicatesse, voilà qui pourrait qualifier l'interprétation d'Isabelle Carré qui donne, justement, si peu l'impression d'interpréter ses rôles. Et celui-là exigeait une grande subtilité.
 16/03/08 à 19h50
Pif'... parce que vous le valez bien !

Lazou... pas encore lu, mais ça ne saurait tarder ! Merci !

Aragorn... Censure, vous avez dit sens hure ? (je ne le ressentais pas comme tel, ni Tell, ceci dit !)

Should... touchée (euh, pas coulée, hein !)

Agrion... je veille et les gendarmes copulent ! Tssst...

Gag... dans ce film, tout est effectivement question de regards et ils restent inscrits dans nos mémoires !

Bordurance... Merci !

Paradoxe... O tempora ! O mores !

 16/03/08 à 19h44
quel plaisir
comment ça, le printemps se fait attendre?
merci du tuyaubien à toi
http://minilien.fr/a0k8rx
Et je vous recommande aussi dans ce concert le" carnet à spirales " avec les "souffleux" de l'orchestre, magnifique
... mais je crois que j'aime encore mieux lire... surtout quand c'est toi qui raconte ! Mais l'idée de J.-P. Améris de parler de Sangatte au travers du regard de cette femme et sa folie douce est une très belle idée.
 16/03/08 à 19h32
L'errance de ceux qui n'ont pas eu la chance de naître du bon côté .
Celle qui fait se mouvoir les hommes en recherche de nourriture depuis qu'ils ont découvert la station debout .
Et on ose penser qu'ils n'ont qu'à rester chez eux ?
Rage !
Mais Louise veille et relate....
 16/03/08 à 19h27
Should_I_Stay
tu l'as magnifiquement conté
qui a inspiré ce téléfilm est aussi très réussi.
Beau comm', dame Louise...
 16/03/08 à 19h16
entre tes parenthèses, c'est beau.