COLERE
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VERS DE TERRE
DE
Brigitte BELLAC
A Lise MARTIN, qui sait « TOUJOURS » de quoi je parle
Il n’est pas vert. Ce serait rigolo sur le plan sémantique, qu’un ver de terre soit vert ?
Eh bien non.
Il pourrait pourtant bénéficier peut-être d’un peu de chlorophylle ? Etant si près des plantes et des arbres ? Les aidant tellement. A remuer la Terre encore et encore de son petit nez vilain pour oxygéner tout ça.
Ben non. Encore une injustice. Criante et muette.
Il est juste tout nu brun rougeâtre de couleur nulle. Il est nul. A la base.
Mais quand il est mort, là, c’est plus intéressant.
Il a pris sur le chemin de pierres fondu par le soleil, une sorte de couleur marron foncé, tordue, et il est tout craquelé, vous voyez ? Et tout raide.
S’est trouvé au mauvais moment. A la mauvaise place.
Et là, une ou deux personnes sur dix mille disent : « Ah ! un ver de terre est mort ! »
Et évitent de l’écraser définitivement. Dans le meilleur des cas. C’est déjà ça, vous me direz.
Imaginez, en sachant que nous sommes plus de six milliards sur Terre, le nombre de vers de terre qu’on écrase. Même ceux qui sont morts. Ça fait mal, non ?
Mais les vers de terre que l’on voit « sur Terre » ne sont pas si nombreux. Alors qu’ils sont des millions, voire des milliards de milliiards ‘dessous’.
C’est parce que les vers vivants ne sont pas si bêtes. Ils sont dans la terre à la remuer pour nous. Eux font partie de l’infime qui sauvent notre miracle petite planète bleue.
Mais on n’en parle jamais. Parce qu’on ne les voit pas souvent. Ils ne sortent que rarement.
Sauf !
Sauf si on se sert d’une bêche en la remuant dans un but bien précis.
L’Homme a de ces trucs pour piéger les êtres vivants ! C’est incroyable.
En fait, c’est « pour allécher la poiscaille ». Pour aller à la pêche. Là, que ressent-ils nos vers ? Qui peut le savoir ? En attendant, le fait est admis, ils remontent à la surface.
On plante la bêche profond comme on peut dans la terre, et on lui imprime un mouvement de va et vient régulier. Comme un mouvement d’amour. Pour faire sortir les vers. Et ils sortent !
Un tsunami underground ? Sauve qui peut ? Dehors, les copains ! On va émerger. Coûte que coûte. Ils remontent par dizaines, en pensant ( ?) « Ouaiiiis !, là-haut, c’est top, on va pouvoir danser/grouiller ! On va arrêter d’être englués. »
Hélas ! le plus souvent la bêche les coupe en deux. Ils grouillent deux fois plus. Et se tortillent lamentablement. Cherchant je ne sais quel air, et surtout de quel côté ? Côté tête ou côté queue ? Les vers de terre sont un mystère.
Au vrai, je crois que les vers de terres, au-delà d’être un mystère, sont assez cons, même s’ils ne sont pas si bêtes.
Mais hein ? C’est pas parce qu’on a un nouveau nez, un ancien qui sert plus à rien, un nouveau derrière dans la terre, et un ancien qui vous sert à vous enseigner ce que devait faire le premier, c’est à dire qu’on devient quatre, mais avec un boulot de dingue, qu’on n’a pas le droit de vivre ?
A rebrousser Pascal et « ses deux infinis ! »
Ver de terre.
Au-delà de sa couleur à vomir, je ne parle même pas de son physique ! On ne sait jamais s’il s’allonge ou se rétrécit ! C’est dément ça. Lui-même en est-il conscient ? Je n’en suis pas sûre. Idem, pour les êtres « normalement » constitués qui émettent un moindre signe pour signifier dans quel état ils sont.
Tout allongés, ouverts, prêts à ‘recevoir’, en attente d’une Lumière qu’ils croient voir.
Qu’ils espèrent voir venir. Qui vient. Des fois ?
Ou recroquevillés, en espoir et attente zéro. Là, au moins, on sait à quoi s’en tenir : car dans ces deuxième cas, il chope son portable resté bêtement sur la table, son blouson qu’il a bêtement accroché dans l’entrée, en pensant qu’il resterait peut-être un peu, et puis il se casse, le plus vite possible ! Je parle toujours des vers de terre, bien entendu.
Ceux qui nous remuent l’âme jusqu’à la retourner. Comme la terre d’où nous sommes tous venus. Et où tous les vers de terre que nous sommes savent qu’ils y retourneront.
Le pire, c’est quand le ver de terre a oublié ses lunettes. Et qu’il est OBLIGE de revenir. Pour remuer la terre encore une petite fois. Histoire de voir. Si elle ne s’ouvrirait pas. Finalement.
BELLAC
03/12/07
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souricette 56
publié le 4 déc. 07