Quelle bonne idée d'avoir confié la scénographie de cette exposition à un metteur en scène d'opéra : Robert Carsen.
Du coup, on est plongé dans le roman d'une vie d'une manière très habile et agréable.
Le parcours est constitué de trois étapes : la jeunesse viennoise et son bleu layette, le Versaille de la démesure et son rouge profond, enfin la chute finale et son gris qui s'opacifie jusqu'au noir final.
Carsen manie avec dextérité les outils traditionnels d'un beau spectacle : l'éclairage est parfait (même si il ne facilite pas toujours la lecture des panneaux d'information, vive les audioguides !), la musique est omni présente que se soit avec les musiques de Rameau ou le très rafraîchissant chant d'oiseaux dans les salles consacrées aux folies champêtres de la reine, les accessoires idoines notamment ce décor de théâtre dans la pièce consacré au Hameau versaillais ou encore ce grand panneau-miroir brisé pour commenter la chute de Marie-Antoinette. Suit, un long couloir de la mort, avec des objets et courriers provenant du Temple, qui s'assombrit de plus en plus pour terminer sur l'exécution finale très sobre mais émouvante.
Et c'est là la force de l'expo, elle nous présente bien, sans pathos excessif, une reine qui n'est pas sans talent, mais qui n'est pas non plus une femme très fine et intelligente. On réalise, petit à petit, que sa vie l'a rapidement dépassée. Elle est toute en contradiction. Et quelles attaques malsaines, contre elle ; pour preuve un extrait des " Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI " (1791) :
" D'Artois, Coigny, Rohan, je chante vos exploits :
Pudeur défent d'oser, amour me dit que j'ose
Au dernier j'obéis. Faire cocu les rois,
Les servir, n'est-ce pas joindre au laurier la rose ?
(...)
Pour un des plus ardens, un jour son cœur parla;
Il était question déjà d'une amourette
Avec le beau Coigny, lorsque d'Artois entra.
Au lendemain sans doute on remit la partie.
D'Artois sur ce beau fils s'expliqua vertement :
La reine s'excusa, jura dessus la vie,
Qu'elle n'aurait jamais que lui pour son amant.
A ce tendre discours elle joignit la preuve,
En couvrant de baisers le joujou de Charlot :
Fouts-moi, mon bel ami, fais sur moi toute épreuve.
Amour de la folie emprunta le grelot,
Et voilà mon Charlot qui la fout de plus belle :
Il épuise le vieux, le moderne Arétin ,
Il va du con au cu, de la bouche à l'aisselle,
De l'aisselle, il retombe et part sur un tétin,
Il crut avoir par-là le cœur de sa Toinette.
Vainement on échappe à son funeste sort.
Bientôt ce beau vainqueur va savoir sa défaite
Il la dut au caprice. Un jour souffrant trop fort
Pour accoucher, Toinon promit, jura qu'un homme
N'aurait, tant beau fût-il, près d'elle aucun accès.
Elle maudit Adam, le diable, Eve et la pomme,
Et donne à Polignac son coeur et ses attraits.
De ses belles d'honneur, Jule était la plus belle,
Jule de ses talents vite instruisit Toinon.
Toinon suivit de près son lubrique modèle,
Et mieux que lui bientôt fut feuilleter un con.
La cour ne tarda pas à se mettre à la mode ;
Chaque femme à la fois fut tribade et catin :
On ne fit plus d'enfant, cela parut comode :
Le vit fut remplacé par un doigt libertin.
De-là tous ces cadeaux qui ruinent la France,
La moindre camériste, un miroir chiffonné,
Dès qu'il branlait Toinon, devenait d'importance.
On avait cet honneur pour peu qu'on fût bien né.
(...)
Charlot pour oublier son amoureuse peine ;
A Gilbraltar s'en va courir d'autres hasards.
Toinon parut sensible à cette prompte fuite;
En tribade, avec Jule elle s'en consola.
Elle changea de ton, sans changer de conduite :
Louis s'en aperçut et la complimenta.
La reine, par égard, eut une complaisance,
Ce qui la mena loin. Le roi, cette fois-là,
Fut réellement épris, entra si bien en danse,
Qu'il ne put la rater. On s'en étonnera :
Mais par miracle, ou non, Louis fit bien les choses :
Pour un moment, Toinette oublia Polignac ;
Et le serpent lui plut enveloppé de roses.
(...)
En fouteur vigoureux, Coigny déchargea l'âme.
Toinon rend coup pour coup, et ne peut résister :
Par les plus beaux baisers elle prouve sa flâme,
Et l'inondant de foutre, elle ose l'imiter.
(...)
Quel triomphe pour lui ! quels doux moments pour elle !
Quel bonheur pour tous deux ! Complaisante Toinon,
Voluptueux Coigny, l'amour vous ensorcelle,
Vous déchargez ensemble à perdre la raison ;
Vous êtes seuls au monde, et foutez pour la France.
Adieu le jeu du doigt, tribade Jule, adieu.
Il ne faut plus penser à cette jouissance,
Se branler est d'un homme, enconner est d'un dieu.
Votre couple amoureux trois fois décharge ensemble,
Trois fois en fait autant avant de se quitter :
A peine séparés, même objet les rassemble.
Polignac les surprend, murmure, ose éclate,
Menace même au point que le Duc se retire.
Toinon veut se fâcher, mais Jule adroitement
Fait tomber le discours sur l'amour, son délire,
Et parle avec le doigt à son tempérament.
La reine avec plaisir en sent tout le mérite,
Renonce à tout mortel et pour la seconde fois ;
Trousse, patine, enfin branle la favorite,
Avouant que les vits ne valent pas les doigts.
De Coigny cependant rien ne défit l'ouvrage,
Les caresses de Jule et la lascive main,
En vain de la nature insultèrent l'ouvrage,
Au compte de Louis arrive un gros Dauphin ,
Juste au bout de neuf mois, à dater de l'époque
Où Coigny le jeta dans le moule royal.
Le roi se félicite, et la reine s'en moque :
La France le nourrit, tout n'en va que plus mal.
Toinon pendant ce temps, pour enrichir sa bonne
Pour fournir au besoin de caprices divers,
Met à prix ses faveurs, courtise la Calonne,
Et dans tous ses plaisirs fait entrer l'univers
Polignac, épuisé, eut une maladie ;
La reine sur l'instant répandit quelques pleurs.
La Mothe avait été maîtresse en tribadie,
Elle se présenta, fit preuves les douleurs
Se changent en plaisirs, et Toinette décharge.
Elle se trouve bien de l'infidélité.
Polignac est plus belle, et La Mothe est moins large ;
En pareil cas, l'étroit vaut mieux que la beauté.
Partageant ses chaleurs entre l'homme et la femme,
Pour certain Cardinal elle entre en passion. "
On est loin des petits pics que subissent les " grands " du monde actuel !
Il ne me reste plus qu'à me plonger dans une biographie sur cette reine et autant en choisir une bien écrite. Donc, celle de Stéfan Zweig s'impose !
Du coup, on est plongé dans le roman d'une vie d'une manière très habile et agréable.
Le parcours est constitué de trois étapes : la jeunesse viennoise et son bleu layette, le Versaille de la démesure et son rouge profond, enfin la chute finale et son gris qui s'opacifie jusqu'au noir final.
Carsen manie avec dextérité les outils traditionnels d'un beau spectacle : l'éclairage est parfait (même si il ne facilite pas toujours la lecture des panneaux d'information, vive les audioguides !), la musique est omni présente que se soit avec les musiques de Rameau ou le très rafraîchissant chant d'oiseaux dans les salles consacrées aux folies champêtres de la reine, les accessoires idoines notamment ce décor de théâtre dans la pièce consacré au Hameau versaillais ou encore ce grand panneau-miroir brisé pour commenter la chute de Marie-Antoinette. Suit, un long couloir de la mort, avec des objets et courriers provenant du Temple, qui s'assombrit de plus en plus pour terminer sur l'exécution finale très sobre mais émouvante.
Et c'est là la force de l'expo, elle nous présente bien, sans pathos excessif, une reine qui n'est pas sans talent, mais qui n'est pas non plus une femme très fine et intelligente. On réalise, petit à petit, que sa vie l'a rapidement dépassée. Elle est toute en contradiction. Et quelles attaques malsaines, contre elle ; pour preuve un extrait des " Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI " (1791) :
" D'Artois, Coigny, Rohan, je chante vos exploits :
Pudeur défent d'oser, amour me dit que j'ose
Au dernier j'obéis. Faire cocu les rois,
Les servir, n'est-ce pas joindre au laurier la rose ?
(...)
Pour un des plus ardens, un jour son cœur parla;
Il était question déjà d'une amourette
Avec le beau Coigny, lorsque d'Artois entra.
Au lendemain sans doute on remit la partie.
D'Artois sur ce beau fils s'expliqua vertement :
La reine s'excusa, jura dessus la vie,
Qu'elle n'aurait jamais que lui pour son amant.
A ce tendre discours elle joignit la preuve,
En couvrant de baisers le joujou de Charlot :
Fouts-moi, mon bel ami, fais sur moi toute épreuve.
Amour de la folie emprunta le grelot,
Et voilà mon Charlot qui la fout de plus belle :
Il épuise le vieux, le moderne Arétin ,
Il va du con au cu, de la bouche à l'aisselle,
De l'aisselle, il retombe et part sur un tétin,
Il crut avoir par-là le cœur de sa Toinette.
Vainement on échappe à son funeste sort.
Bientôt ce beau vainqueur va savoir sa défaite
Il la dut au caprice. Un jour souffrant trop fort
Pour accoucher, Toinon promit, jura qu'un homme
N'aurait, tant beau fût-il, près d'elle aucun accès.
Elle maudit Adam, le diable, Eve et la pomme,
Et donne à Polignac son coeur et ses attraits.
De ses belles d'honneur, Jule était la plus belle,
Jule de ses talents vite instruisit Toinon.
Toinon suivit de près son lubrique modèle,
Et mieux que lui bientôt fut feuilleter un con.
La cour ne tarda pas à se mettre à la mode ;
Chaque femme à la fois fut tribade et catin :
On ne fit plus d'enfant, cela parut comode :
Le vit fut remplacé par un doigt libertin.
De-là tous ces cadeaux qui ruinent la France,
La moindre camériste, un miroir chiffonné,
Dès qu'il branlait Toinon, devenait d'importance.
On avait cet honneur pour peu qu'on fût bien né.
(...)
Charlot pour oublier son amoureuse peine ;
A Gilbraltar s'en va courir d'autres hasards.
Toinon parut sensible à cette prompte fuite;
En tribade, avec Jule elle s'en consola.
Elle changea de ton, sans changer de conduite :
Louis s'en aperçut et la complimenta.
La reine, par égard, eut une complaisance,
Ce qui la mena loin. Le roi, cette fois-là,
Fut réellement épris, entra si bien en danse,
Qu'il ne put la rater. On s'en étonnera :
Mais par miracle, ou non, Louis fit bien les choses :
Pour un moment, Toinette oublia Polignac ;
Et le serpent lui plut enveloppé de roses.
(...)
En fouteur vigoureux, Coigny déchargea l'âme.
Toinon rend coup pour coup, et ne peut résister :
Par les plus beaux baisers elle prouve sa flâme,
Et l'inondant de foutre, elle ose l'imiter.
(...)
Quel triomphe pour lui ! quels doux moments pour elle !
Quel bonheur pour tous deux ! Complaisante Toinon,
Voluptueux Coigny, l'amour vous ensorcelle,
Vous déchargez ensemble à perdre la raison ;
Vous êtes seuls au monde, et foutez pour la France.
Adieu le jeu du doigt, tribade Jule, adieu.
Il ne faut plus penser à cette jouissance,
Se branler est d'un homme, enconner est d'un dieu.
Votre couple amoureux trois fois décharge ensemble,
Trois fois en fait autant avant de se quitter :
A peine séparés, même objet les rassemble.
Polignac les surprend, murmure, ose éclate,
Menace même au point que le Duc se retire.
Toinon veut se fâcher, mais Jule adroitement
Fait tomber le discours sur l'amour, son délire,
Et parle avec le doigt à son tempérament.
La reine avec plaisir en sent tout le mérite,
Renonce à tout mortel et pour la seconde fois ;
Trousse, patine, enfin branle la favorite,
Avouant que les vits ne valent pas les doigts.
De Coigny cependant rien ne défit l'ouvrage,
Les caresses de Jule et la lascive main,
En vain de la nature insultèrent l'ouvrage,
Au compte de Louis arrive un gros Dauphin ,
Juste au bout de neuf mois, à dater de l'époque
Où Coigny le jeta dans le moule royal.
Le roi se félicite, et la reine s'en moque :
La France le nourrit, tout n'en va que plus mal.
Toinon pendant ce temps, pour enrichir sa bonne
Pour fournir au besoin de caprices divers,
Met à prix ses faveurs, courtise la Calonne,
Et dans tous ses plaisirs fait entrer l'univers
Polignac, épuisé, eut une maladie ;
La reine sur l'instant répandit quelques pleurs.
La Mothe avait été maîtresse en tribadie,
Elle se présenta, fit preuves les douleurs
Se changent en plaisirs, et Toinette décharge.
Elle se trouve bien de l'infidélité.
Polignac est plus belle, et La Mothe est moins large ;
En pareil cas, l'étroit vaut mieux que la beauté.
Partageant ses chaleurs entre l'homme et la femme,
Pour certain Cardinal elle entre en passion. "
On est loin des petits pics que subissent les " grands " du monde actuel !
Il ne me reste plus qu'à me plonger dans une biographie sur cette reine et autant en choisir une bien écrite. Donc, celle de Stéfan Zweig s'impose !
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mag91
publié le 4 mai 08