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Les acteurs qui chialent
 Les acteurs qui chialent
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Comme dirait Eric Storena, le footballeur balourd interprété dans ce film par Clovis Cornillac: "on dirait pas, comme ça, avec sa ptite tête de poireau..."

On dirait pas mais Edouard Baer a la classe. Dans tout.

S'il y a bien un truc qui me fait frissonner au cinoche, c'est les acteurs qui chialent. Pas un dégueulis de sanglots à la Nicolas Cage dans Volte-Face, crise de larmes vulgaire et trop débordante qui résulte d'un scenario trop rocambolesque pour qu'on puisse s'identifier, rendant le chialage inéluctable et donc de trop: même si je garde de Volte-Face le souvenir d'un bon ptit film, ce sont les chialages pudiques, craints et étouffés qui me font le plus d'effet.

Le chialage de Jean-Paul Rouve dans "Je préfère qu'on reste amis" est un modèle du genre. On est au milieu du film, son personnage est pathétique et touchant depuis le début. Il respire la solitude, se bat avec ses maigres armes mais on sent à ce moment-là qu'il se résigne petit à petit à une vie de célibataire. Ce chialage-là, c'est un appel au secours, un suicide raté. Le chialage du mec qui s'est retenu des années, qui a toujours voulu cacher son malheur en pensant que c'est en feignant la réussite qu'on l'attire. Les larmes sont lourdes, le son poignant: Jean-Paul Rouve gagne sa place au rang des grands acteurs.

Matt Damon m'avait fait le même effet dans Will Hunting, quelques années plus tôt. C'est son psy Robin Williams qui le met à bout, le force à cracher le morceau: une scène d'une rare intensité, qui intervient en dernier tournant du film et achève le processus: le personnage grandit enfin en se débarrassant de sa carapace. C'est un chialage de délivrance. Beau car sincère et utile.

Mensonges et Trahisons est une comédie qui ne me fait pas seulement rire, loin de là, et ce à chaque fois que je la regarde. Le point culminant tombe là encore à peu près au milieu: Raphael (Edouard Baer), personnage central dont les défauts et la quête de soi sont le sujet même du film, vient de perdre un de ses meilleurs amis dans un accident dont il est vaguement à l'origine... A la peine se mele la culpabilité: jusqu'à ce moment du film, le spectateur connait un Raphael mystérieux sur qui glissent les événements. Il le découvre dans cette scène profond et bouleversé, vulnérable et soudain plus mature. Il roule dans Paris, s'arrête à un feu rouge, ne repart pas au vert. Les voitures klaxonnent puis le dépassent, l'indifférence agacée d'autrui est filmée de loin, puis le plan suivant se resserre sur son visage déchiré par la douleur. Il se passe la main dessus mais ses yeux percent, complètement flous. La musique d'Aimée Man se fait plus forte, poignante mais apaisante. C'est le pur chialage qui fait du bien, qui fait grandir et qui vient des tripes. En le voyant pour la première fois, j'ai enfin réalisé que même un type comme Edouard Baer chialait des fois dans sa vraie vie. Grand acteur, celui-là.

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