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De la mousse
 De la mousse
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Ce matin, pour d’obscures raisons professionnelles, je me rends au Cnit à la Défense.

Sous le ciel bleu immaculé qui cisèle l'architecture en arrêtes tranchantes, je me dirige confiante vers la célèbre voûte triangulaire qui orne le site depuis la fin des années cinquante. Je m’approche et me heurte à des cloisons vitrées qui reflètent ma perplexité : comme une huître, le Cnit demeure clos sur lui même et ne présente aucune faille par laquelle me glisser. J’entreprends de contourner le bâtiment…

Pourquoi aime-t-on la poésie ? Probablement parce qu'on est incapable de suivre un itinéraire fléché sans se perdre.
Le nez en l'air à contempler les tours qui émergent de ce dédale minéral à l'esthétique glacée, je m'égare, traverse d'improbables coursives, hère sur des dalles sillonnées en tous sens par des gens pressés, aboutis dans le cul de sac d'un parking souterrain.

J'empreinte une passerelle dont les bordures en béton sont couverte de petits morceaux acérés de granit brut. S'approcher trop près et c'est l'écorchure assurée. Découragée par cette interminable errance, je laisse mon regard traîné sur la crête granitique de la passerelle dont les éclats de mica luisent dans la lumière du matin.

Des petits vallons de mousse, d’abord épars, puis de plus en plus rapprochés, colonisent ce territoire négligé par l’homme. Je m’approche. Un camaïeu de verts sombres et pommelés couvre le granit d’une moquette spongieuse où se dresse ça et là une forêt miniature de pistils immobiles dans l’air froid du matin. Je m’arrête. Rien n’explique pourquoi à cet endroit précis la nature a repris ses droits, un coup d’œil jeté de l’autre côté de la passerelle me confirme qu’il n’y a rien qui pousse en face.

Je frôle le sommet des pistils qui s’inclinent sous la pression et caressent au passage la paume de ma main. C’est doux comme une joue de bébé. Je pense à Francis Ponge « mille bâtonnets de velours de soie s’assirent alors en tailleur ». Le parti pris des choses. Il y a longtemps que je n’ai pas rouvert ce livre pour y déplier les univers minuscules qui le peuplent.

J’arrête un passant et demande la Fnac
- C’est là, derrière vous
Et devant on air incrédule
- Il faut entrer à l’intérieur du Cnit, la porte est juste en face, vous ne pouvez pas la manquer
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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 24/05/07 à 00h39
lacdegarance
Poésie contemporaine, à l'ombre du béton qui déchire...

Me revient un petit fragment de mousse vert doré profond, que j'ai observé pendant des mois, quand j'attendais mes parents retardataires devant un vieux mur fissuré. Il me tenait compagnie, ce petit fragment moussu. je le trouvais beaucoup plus vivant que le lichen qui le cotoyait, et qui me faisait penser à une maladie du mur. La mousse, c'est doux, on dirait du velours...Ces longues et répétées minutes d'attente sont associées pour moi à ce bout de nature qu'évoque votre texte.
J'avais onze ans, et j'attendais...

La poésie, c'est ça: quand cela réveille des sensations oubliées, des souvenirs enfouis, des images aimées.

Bravo et merci
sera difficile, lorsque tu atteindras la fin du recueil : je crois me souvenir que Ponge y évoque le Soleil!
baccarat ou es tu ?
j'ai une idée spongieuse de ce que t'aurais pu répondre.
tu me manques même si t'es sportive.
et comme dans l'éponge (la mousse ?) il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression
très joli texte, monalisa
.....j'hésite.Qu'est-ce qui fait que les bleus et roses s'agglutinent sur un comm plutôt qu'un autre? tropisme Pcciste que je commence à élucider, solitudes regroupées au chaud du cocon des réactions.
merci Monalisa,pour ta poésie entre verre, béton et acier...
la fête de l'instant