Les Wings n’ont jamais eu la cote. On a voulu leur couper les ailes. Ce sont pourtant des trésors cachés, un graal au fond d’une source, au fond d’un bois. Ces albums ont été dénigrés par la critique, à une époque où il fallait être « jazz rock » à tout prix, pour ne pas avoir l’air demeuré… Ces disques ont été occultés ou méprisés par la bêtise des journaleux des décennies passées. On s'en étonne, puis on s'en gausse. On se dit : tant mieux. Ces trésors nous étaient réservés.
On songe à ces statues médiévales, en bois polychrome, qui se dressent discrètement dans les niches des églises oubliées au fond des vieilles provinces. Les touristes grégaires n’en connaissent même pas l’existence. Les guides spécialisées n’en parlent pas, ou c’est pour les « casser »…
Personne n'a jamais réussi à parler convenablement de Paul Mac Cartney, Il a eu droit aux quolibets, au mépris, aux accusations de facilité, comme si la seule chose de valable qu'il eût faite, c'était « Yesterday ». Encore que certains aient trouvé à redire, même sur ce point. Cette mélodie, grave et intimiste, on l'a même trouvée un peu mièvre, plus ou moins "empruntée" au répertoire baroque…Mais Mozart lui aussi s'est fait cracher dessus. Il n'y eut personne pour suivre son corbillard, rien qu’un petit chien blanc.
Paul. Il faut oser parler de son immense talent, de son génie, de son bel enthousiasme, de sa vitalité, de sa joie de vivre. De son charisme, des belles inflexions de sa voix chaleureuse, de sa gentillesse, de son humanité. C'est l'oiseau perché sur la plus haute tour. Le roitelet posté sur la tête de l’aigle.
Les Beatles étaient géniaux. Mais quel était le gros problème des Fab Four ? Dans les Beatles, ce qui se joue, c’est peut-être avant tout le drame de Lennon, incapable de composer quelque chose d’aussi génial que « Yesterday », malgré « It’s Only Love », « Julia », « Cry, Baby, Cry », « I’m Only Sleeping », et autres merveilles.
Premier album solo (avril 1970)
J’ai la chance de posséder tous ces grands cercles de plastique noir. Le premier LP de Mc Cartney, enregistré « at home », dans sa cuisine, loin d'Abbey Road, est une sorte d'anti-Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Un rejet des six mois de studios et de claustration. Mais la démarche ne s'inscrit pas contre celle de George Martin. Paul a juste voulu faire quelque chose de différent, de plus spontané, un petit bricolage maison, où il joue de tous les instruments, un disque d'artisan, loin du raffinement des studios. On est au début des années 70. Une page de tournée. Le rock progressif n’intéresse pas Macca. Il suit la leçon de Dylan et du Band, qui, deux années auparavant, s’étaient éloignés de la sophistication ambiante, pour en revenir à l’essentiel, à des choses plus simples et peut-être plus importantes.
Le disque sortit durant une période très riche en productions des plus diverses, l’immense quatrième album de Tyrannosaurus Rex, « A Beard Of Stars », où Bolan s'électrifie, le premier LP de Kevin Ayers, Joy Of A Toy, et… Let It Be, le testament raté des Beatles, ou plutôt le codicille bâclé, un disque imprudemment confié par Lennon à Phil Spector, avec le résultat que l'on sait. Une route longue, longue, éventée. Et parfois ennuyeuse.
L’album de Mac commence par une toute petite chanson sentimentale “flower power”, «The Lovely Linda”, “with the lovely flowers in her hair ». La mélodie est juste esquissée. A peine commencée, la voilà finie. Paul est amoureux, et ça se voit, ça s’entend. Une petite chanson très optimiste, mais elle ne dure qu’une fraction de seconde. En tout cas, placée en ouverture, elle donne le ton de l’album. Un hymne à Linda.
« Teddy boy », C’est l’évocation d’un rocker. L’histoire d’un « œdipe » mal résolu. Un orphelin déménage de chez sa mère. Il n’a pas supporté que sa maman, une veuve, ait trouvé un remplaçant. Il aurait sûrement voulu être « l’homme » de la maison, le substitut du père, parti trop tôt. Le père était soldat. Sa mère évoque souvent sa mémoire, et ça la rend triste. Le garçon la rassure, la réconforte : « Maman, ne t’en fais pas, je prendrai bien soin de toi ». Mais il ne peut supporter de voir sa mère retomber amoureuse d’un autre homme. Le garçon quitte le domicile familial, s’installe ailleurs. C’est une tranche de vie, ce que Hugo aurait appelé une « chose vue ».
Cette chanson figure sur l’ « Anthology # 3 » des Beatles. On peut donc en conclure qu’elle fut écartée par Lennon. C’est peut-être ce type d’éradication artistique (et les relations tendues que ça entraîne), qui sont à l’origine de la séparation définitive des « Fab Four ».
Il y eut jusqu’à cent prises de l’excellent « No Guilty », de George Harrison. Nos deux compères, Lennon, Mc Cartney, firent la fine bouche jusqu’à l’écarter définitivement. Ils avaient pourtant retenu le cacophonique « Revolution # 9 » sur le « White Album », joyeux bordel qui relève plus du « cut-up » mal agencé que de la chanson pop. Ils n’avaient pas hésité à garder la pochade « You Call My Name », vrai foutoir dilettante.
On peut comprendre l’amertume et l’aigreur d’un George Harrison. Qu’est-ce qu’il a dû avaler comme couleuvres, ce pauvre Georgio ! Mais Paul ne fut pas en reste. Lui aussi dut subir de telles blessures narcissiques.
Quand on sait que toutes les chansons que proposa Paul ne furent pas mieux reçues que celles de George, par un Lennon devenu exigeant, intransigeant et quasi tyrannique, on devine la somme de rancœurs et de frustration de ces musiciens.
C’est à ce moment que leurs plans de carrière (solo) commencèrent à germer et à émerger.
Ces refus, ces vetos, en tout cas, furent sûrement la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Leurs rapports n’avaient plus rien d’idylliques ou de fraternels, s’étaient détériorés. Le sous-marin jaune prenait l’eau de toute part.
Tout le monde sait qu’Harrison réussit à remplir facilement un triple album d’un excellent niveau, « All Things Must Pass », rien qu’avec ses chutes des sessions d’Abbey Road.
Les rapports conflictuels ne sont peut-être pas nés de ces refus des compositions des uns ou des autres, mais ils en ont été sûrement exacerbés.
On a dit que ce « split » eut lieu parce que Paul ne s’entendait pas avec Yoko, trop présente, mante des studios. Ou que John ne supportait guère Linda. Ou qu’il n’y avait plus d’atomes crochus entre Paul et George, trop de rebuffades. De mauvais accueils, de dédains, de refus accompagnés de paroles dures, de critiques sur tel ou tel solo, telle intervention instrumentale. Ou l’absence de complicité entre John et George Martin, au point que John refusa de lui confier la production de « Let It Be ».
Mais ici l’ostracisme d’un Lennon me semble évident. Cette façon qu’il avait d’exclure définitivement telle ou telle chanson, a dû jouer un rôle énorme.
Ce premier album solo de Paul est truffé de petits instrumentaux sympathiques, certains anodins, d’autres excellents (Junk). Les grandes chansons ici, ce sont « Maybe I’m Amazed », « Every Night » et « Junk (sing along) ».
« Maybe I’m Amazed ». Paul la faisait encore sur scène lors de sa tournée mondiale de 2003, « Back in the world », un tiers de siècle après sa création sur la cire.
« Every Night » fait également partie des temps forts de ce premier opus. Paul l’interprète toujours sur scène, alors qu’il a délaissé la majeure partie du répertoire des Wings, excepté l’album Band On The Run et quelques autres titres épars. « Every Night » comporte un enchaînement d’accords astucieux, F7, F7 sus 4, B bémol, Gm, Cm, G7, C, B bémol, Am, Gm.
« Junk » . Ma préférée du lot. C’est une belle chanson, à la fois contre la société de consommation, et la persistance des souvenirs rappelés parfois par des objets sans valeur .
« Achète » dit la pancarte dans la vitrine. « A quoi bon ? » répond l’épave dans la cour.
Ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais on relèvera quand même des automobiles, des tandems (« bicycles for two »), des parachutes, des bottines de l’armée, des sacs de couchage à deux places… Objets liés aux souvenirs de jeunesse, au scoutisme (« sentimental jamboree »). Cette évocation prend une tournure intimiste et touchante. « Memories for you and me ». Dans sa sobriété même, c’est l’un des meilleurs textes de McCartney, l’un des plus concis, donc des plus efficaces. Les accords en sont géniaux. Même David Crosby, avec ses « open tunings », n’a pas fait mieux. « Guinevere », sur le premier Crosby, Stills And Nash.
« Man We Was Lonely » avec sa faute de syntaxe lourdingue, plaisanterie qui sera reprise par Harrison (« When We Was Fab », sur le génial « Cloud Nine », 1988).
Paul se fait plaisir en jouant de la guitare solo. Il en avait rarement l’occasion avec son « groupe précédent ». D’ailleurs le « plaisir » est le maître mot de l’ouvrage. Paul se fait plaisir en s’improvisant batteur, multi instrumentiste.
Ram
Ram (mai 1971) est peut-être son album le plus réputé avec Band On The Run (décembre 73). Même les « Inrock » l'ont porté aux nues, oubliant un instant leur gros snobisme naïf. Deuxième album solo, sorti treize mois après le tout premier, et après le split.
Le titre "Ram On" qui signifie "Fonce ! Vas-y !", est une astuce sur un des premiers surnoms de McCartney : "Ramon", sobriquet espagnol. C'est l'un des disques les plus chaleureux qui soient. C'est bon comme un bon chocolat. Du Gianduja. Chocolat et pâte de noisettes. C'est l'album de mes 20 ans. Il me rappelle des tas de bons souvenirs. De la solitude aussi.
Too Many People. Basée sur la guitare rythmique et une basse bourdonnante. Les enchaînements d'accords font Beatles : G, Cm6, G, F, C, D7, G. Surtout le break : G, G7, C6, Cm6. Les paroles s'attaquent aux donneurs de conseils : "Too many people preaching practises, Don't let 'em tell you what you wanna be". « Trop de gens veulent te montrer l'exemple…Ne te laisse pas faire… ». Un solo de guitare un peu saturée, ponctuée de jappements. Les couches de guitares superposées du final sont des plus exaltantes.
Three Legs. C'est un blues électrifié. "Quand je vais me promener, conduis mon cheval tout en haut de la colline, Quand je vole au-dessus de la foule, Au-dessus des foules démentes, Tu peux me toucher, avec une plume, Mais tu sais que tu n'en as pas le droit, Il y a un chien ici, Mon chien, il a trois pattes, Il ne peut plus courir". Ce style de notes décousues, c’est tout à fait caractéristique des paroles de McCartney, volontiers elliptique, mais souvent indigent. Three Legs, c’est le Yer Blues de Sir Paul.
Ram. Ouverture : grand piano. Puis la simplicité du banjo. On y ajoute des chœurs. Dernier couplet : sifflé (décontraction).
Dear Boy. Mélodie typiquement « mcCartneyienne », polyphonique. Comment les gens ont-ils pu passer à côté d'un tel chef-d'œuvre, qui n'a rien à envier aux grandes réussites des Fab Four ? On dirait du Bach moderne.
Uncle Albert/Admiral Helsey. Un morceau de choix. Le titre fait très "Beatles". Un collage de plusieurs mélodies, qui s'enchaînent à merveille. Les changements de rythmes sont toujours convaincants et enthousiasmants. Sans arrêt des accélérations. On se croirait à bord d’une voiture décapotable, grand tourisme, et ça serait Paul qui actionnerait le levier de vitesse. L'impression d'intimité est renforcée par les collages atmosphériques. L'orage éclate à l'extérieur du cottage. Des nappes de violons parfaitement orchestrées. Puis la voix au mégaphone et les chorus géniaux. C'est toute ma jeunesse qui défile dans ce morceau. Linda a une voix merveilleuse. On a dit avec perfidie que Paul l'avait charitablement accueillie dans son groupe, mais c'était une chanteuse géniale, et leurs voix se mariaient merveilleusement bien. On enchaîne avec un blues bien enlevé et saturé à souhait, Smile Away. Bien que ce morceau soit un peu facile, il est magnifiquement interprété (voix, guitare, jappements, glapissements pré-jacksoniens). Cette première face constitue un sans faute. 20 sur 20. C'est du génie à l'état pur. Paul y est un nouveau Mozart.
Heart Of The Country. Le titre est une catachrèse, une métaphore figée, comme on dit « au cœur de la ville », « au cœur de la forêt », sans pour autant songer à un immense organisme..
Avec une jolie guitare jazz. Paul chante les joies de la campagne et de la simplicité. Cette chanson est géniale, c'est ma préférée de l'album."Cherchant une vraie maison au fin fond de la campagne". Vantant les bonnes nuits de sommeil, la présence réconfortante des animaux domestiques, cheval et mouton. C'est le côté "Poor young country boy, Mother Nature's Son" de Sir Paul.
Monkberry Moon Delight. L'un de ses rocks les mieux enlevés et les plus appuyés. Dans la lignée d'I'm Down et d'Helter Skelter, en plus réussi. Paul force sa voix, la "noircit". On dirait presque du Beefheart parfois. Paul crie et les chœurs restent étonnamment calmes. Une voix mélancolique ponctue les cris et psalmodie. L'histoire commence "in medias res". La situation initiale est tronquée : "Alors je m'étais assis dans le grenier, un oreiller sur le nez, et le vent jouait son horrible cantate. J’étais énervé par l'horrible bruit des tomates. Le ketchup, il ne faut pas l'oublier". Les images ont tout de l'évocation d'un mauvais trip, dont on parlerait après coup d’une façon distanciée, avec du recul. Mais la réalité a dû être tout autre.
Eat At Home. C'est un titre assez faible. On dirait un B-Side des Beatles, oublié. Mais il y a tout de même, comme toujours, de l’invention dans la mélodie et l’interprétation. Encore un morceau entêtant. Le son est assez proche de celui du single Another Day.
Long Haired Lady. Encore un titre où l'on retrouve toute la douceur dont est capable McCartney. Plusieurs mélodies s'enchaînent, avec une douce guitare, presque hawaïenne, aérienne. La reprise de Ram, presque au final, assure la circularité de l'album.
Back Seat Of My Car. Cette chanson semble alors un « bonus track ». On dirait un morceau de l'époque d'Abbey Road. Une composition ambitieuse, où plusieurs mélodies s'enchaînent. Une partie vocale difficile, un arrangement somptueux. Le titre a plusieurs fins, qui assurent sa complexité et sa réussite.
Wings (1971)
En revanche, le premier Wings (décembre 1971) trahit une baisse de régime. Il y a eu d’abord un quarante-cinq tours, engagé politiquement, « Give Ireland Back To The Irish ». Mais l’album paraît avoir été enregistré à la va-vite. S’il traduit une certaine spontanéité, une joie de vivre évidente, il ne contient que deux titres qui tiennent vraiment la route, Tomorrow et Dear Friend. Le reste est bien plus négligeable, superficiel, sans jamais être indigne.
Une jolie pochette dans un cadre de verdure, une sorte de mare (au diable ?). Trois musiciens sont perchés sur une branche. Seul Paul est dans l’eau, jusqu’à mi-cuisse. La pochette illustre la « wild life ». C’est un disque qui a un parfum écolo. Les Ailes en question sont celles des colombes, des pacifistes. Il y a quatre de ces volatiles sur la pochette. Ce nouveau groupe est censé donner des ailes à Paulo, passant des Scarabées aux oiseaux. Mais les Byrds et les Yardbirds, c’était déjà pris.
Le pivot du groupe, c’est inattendu, c’est son vieux copain Denny Laine. Un bluesman fou de Buddy Holy (il lui rendra hommage en 1976, en enregistrant tout un album de reprises). Denny Laine vient des Moody Blues. C’est lui le créateur du Go Now, l’une des plus belles chansons des sixties, et de Bye Bye Bird, blues frénétique où l’on entend un harmonica hanté, déjanté, à faire pâlir Brian Jones. On aurait cru que le Denny Laine en question serait tenté par le blues pur et dur, étranger à la moindre concession, une sorte d’Alexis Corner new look. Or il rejoint un groupe qui dès ses premières armes se voit taxé des pires complaisances commerciales ou sirupeuses. La critique, impitoyable, ne cessera d’essayer de « casser » du McCartney par tous les moyens. Mais la bave du crapaud n’atteindra jamais les « Ailes » de la blanche colombe…
Some People Never Know n’est pas mauvais, mais trop long. « Some People Never Know » constitue une première réponse au cynisme vachard de Lennon. « How Do You Sleep At Night ? » lui demandait Lennon, l’accusant implicitement d’avoir écrasé les scarabées, provoqué/anticipé/programmé la fin des Beatles, alors qu’il en était à coup sûr largement responsable lui-même, inféodé à Yoko et à ses réactions épidermiques. Mais nous ne voulons pas relancer la polémique à ce sujet, ce serait stérile. Le passé est le passé et les erreurs sont partagées. Everything must pass… Paul, stigmatisant le Peace and Love de Lennon (?) lui répond ici, Some people can sleep at night time believing that love is just a lie, a lie, a lie…” Soit le naïf, dans l’affaire, ce n’est pas moi, c’est bien toi, tu crois en l’amour, ce n’est qu’un leurre.
Tomorrow. C’est encore une réponse ironique aux sarcasmes vachards du Walrus. « La seule chose que tu aies faite, c’est Hier ». Non je n’ai pas fait qu’Hier, lui réplique Paulo, j’ai également fait Demain !
Dear Friend semble une lettre adressée à John Lennon. Nous étions des amis et nous voilà à couteaux tirés. Que s’est-il donc passé pour que nous en soyons arrivés là ? Lennon ne faisait ni dans la dentelle, ni dans la langue de bois (norvégien…).
Le reste de l’album n’est guère convaincant : Be Bop est trop facile, quasi « bubble gum ». Ce morceau est une erreur. Il a joué sur la crédibilité du groupe. Il y a eu une erreur dans le choix du single, des passages à la radio. Pourquoi n’a-t-on pas choisi Tomorrow, dont l’enthousiasme et la mélodie très « beatles » auraient fait certainement fait l’unanimité, auraient été pleinement convaincants ? Ont-ils été mal conseillés ?
En mai 1972, sort un deuxième quarante-cinq tours deux titres, « Mary Had A Little Lamb ». Entre la comptine et le petit livre d’or. Rien à voir avec « Give Ireland Back To The Irish ».
Puis un autre “single” controversé, “Hi,Hi,Hi”, en 1972. On accuse McCartney de faire l’apologie de l’herbe. Il répond que sa chanson parle du sexe.
Redrose Speedway (avril 1973)
On dirait déjà la pochette d’un disque solo, avec ce gros plan sur « Macca ». Red Rose Speedaway, Band On The Run (1973), et même encore, dans une moindre mesure, Venus And Mars (1975), constituent les pics de la production des Wings, une sorte de trilogie indispensable.
Mais on constate un certain déclin, ou un déclin certain, à partir de 1976, avec Wings At The Speed Of Sound jusqu’à l’ultime Back To The Egg.
Sans être des albums totalement ratés, il s’agit de LPs moins réussis, moins cohérents, moins homogènes que les précédents. Des albums dans lesquels Paul se serait moins investi. L’inspiration ne l’a pas déserté, mais ils contiennent nettement moins de gemmes, moins de grandes mélodies. Aucun caillou cependant. Juste des pierres semi-précieuses. Rien d’indigne, mais rien de notable. Il y a un essoufflement, un filon qui se tarit, une veine qui s’épuise. La formule du groupe se sclérosera. C’est la fin d’un processus qui incitera Paul à en revenir à une production solo, dès 1980, avec les « dispensables » Mc Cartney 2 et Tug Of War.
Il y aura bien de temps en temps quelques éclairs, d’autres morceaux intéressants, mais pas un second souffle. Tout comme George, Paul ratera la New Wave, passera à côté. Pourtant Temporary Secretary était prometteur, les synthés bien programmés. Etait-ce donc juste un exercice de style ? En tout cas, l’essai ne fut pas transformé.
Quelques rares titres émergeront dans les années 80 et 90. Notamment Say, Say, Say, avec Michaël Jackson, dont la vidéo fut si soignée, si élaborée, si réussie. On y voyait les deux compères en saltimbanques, en « minstrel boys ». Ils s’en donnaient à cœur joie. Leur complicité semblait réelle, mais elle ne fit pas long feu.
Aucun album vraiment satisfaisant, digne de ce nom, digne des Beatles, n’émergea de cette période. Lennon assassiné, Paul en panne d’inspiration, la relève sera assurée par George, en 1988, avec le magnifique Cloud Nine, qui contient neuf pépites, dont When We Was Fab, un morceau à la fois nostalgique et serein, à cause de la distance que le « Quiet Beatle » a su prendre avec sa gloire passée.
Il faudra attendre peut-être plusieurs décennies, et 2001, avec Driving Rain, pour que Paul se retrouve vraiment lui-même, retrouve ce génie mélodique, cette fraîcheur qui le caractérise, et ce sera, entre autres, avec deux chansons consacrées à ses Muses. Avec le quasi instrumental qu’est « Heather » (du nom de sa nouvelle compagne). Avec « Magic », où il évoque une nouvelle fois sa rencontre avec la regrettée Linda.
Single Pigeon. Très belle ouverture, digne des Beatles. Une mouette isolée au-dessus du canal de Regent’s Park (parc londonien). « As-tu besoin d’une amie pour une minute ou deux ? Moi c’est mon cas ».
When The Night. Une riche mélodie. Les paroles peuvent en sembler « creuses », mais les choses de l’amour sont toujours ineffables, et les mots pour le dire échappent aux amants.
« And the light of the night fell on me », « Et la lumière de la Nuit tombait sur moi ». Cet oxymore, doublé d’un paronyme, avait déjà été utilisé dans « Blackbird », sur le double album blanc, en 68 : « Blackbird fly into the light of a dark black night » (« Le merle, envole-toi dans la lumière d’une nuit obscure »). L’oxymore est une figure majeure, parce qu’elle permet de dire l’indicible. Que ce soit la « féconde paresse » de Baudelaire, « la hardiesse candide » du regard d’Emma Bovary, la « tendresse hardie » du regard de Coupeau. On se souviendra du « soleil noir de la mélancolie » de Nerval, ou de la « lumière noire » qu’aurait vue Hugo agonisant. Ou de l’oxymoron des Moody Blues, Nights in White Satin. “ Nuits de blanc satin, dont on ne voit jamais la fin…”
Big Barn Bed
Encore une chanson campagnarde de McCartney. On chante les louanges des gros lits dans les granges. On y fait des jeux de mots basés sur des sortes de paronymes. On « pleure » sur le « saule », par exemple. « Weeping on a willow, sleeping on the pillow ». Cela rappelle Apollinaire, « Qui donc a fait pleurer les saules riverains » (Mai, Les Rhénanes), ou les paroles « marabout-bout-de-ficelle », plutôt faciles, d’un Roger Waters (Take Thy Stethoscope And Walk). Ce procédé permet d’écrire de petits textes absurdes, de dire des riens d’une façon faussement décontractée. Cela ne mange pas de pain. Paul est un compositeur exigeant, mais en tant que parolier, il ne vaut pas tripette. Il se contente bien souvent des premières facilités venues. Il faut dire, à sa décharge, que la musicalité de sa langue est telle qu’elle permet des facilités qui seraient inconcevables en français.
My Love. "And when the cupboard's bare", "Et quand le placard est vide" en fait, c'est un jeu de mot sur "cupboard love", la reconnaissance du ventre (littéralement "l'amour du placard ou du buffet"). Chanson de crooner, mais avec des accords très soignés et quasi jazzy : Bbmaj7, Am7, D9, Gm7, Am7, Bbmaj7, Dm, F, Gm7, Bb, F. Le « single » sort en avril 1973.
Only One More Kiss. « Encore un petit baiser, je n’avais l’intention de te faire du mal, petite fille, j’ai dit quelque chose de stupide la nuit dernière, mais j’ai retrouvé mes esprits ».
Il s’agit d’une chanson de réconciliation et de départ, comme « Hello Goodbye ».
Little Lamb Dragonfly. C’est une supplique d’amoureux délaissé. Les paroles en sont très banales, aussi faibles que la mélodie en est complexe.
En parallèle à l’album, le « single » Live And Let Die, B.O. d’un James Bond du même nom, se taille la part du lion dans les charts, et sa partie instrumentale sera même reprise, pendant des années, pour le générique d’une célèbre émission télévisée. Juin 1973.
Band On The Run
Décembre 1973. Un orchestre en cavale. Chef-d’œuvre. Les médisances et les persiflages de Ginger Baker : Mc Cartney ayant voyagé Afrique Noire, à Lagos, l'ancien batteur des Cream l'accusa d'avoir plagié la musique ethnique sur Mamounia. Les grands hommes sont habituellement suivis d'un long sillage de poussière et de calomnies.
Band On The Run. Premier emploi du synthé, qui a détrôné le mélotron. On est loin du contexte mélodramatique dans lequel l’utilise Robert Wyatt sur Rock Bottom, pour ponctuer sa souffrance et sa mélancolie (The Sea Song). Mine de rien, ce genre de morceau peut servir de chaînon manquant entre un certain rock prog et la New Wave à venir. Collage de deux mélodies différentes, changements de rythme.
Jet. Avec un saxo à la Bowie. « Je me souviens encore de leurs visages amusés, le jour où tu as annoncé que tu allais bientôt te marier, et Jet, je croyais que le seul endroit où l'on est vraiment seul c'était sur la lune. Ton père était-il aussi courageux qu'un sergent major ? Moi je pensais que le maréchal des logis, c’était une suffragette »… Ces paroles étranges semblent autant d’allusions à Bowie, au « Major Tom », le cosmonaute de « Space Oddity », et à « Sufragette City » (sur « Hunky Dory »). Quant à l'orchestration, elle évoque celle d’ « Aladin Sane », avec ce saxo flamboyant. Sur le live « Back in the world », c’est une guitare qui imite le son du saxo, mais c’est nettement moins réussi, ça déchire moins l’oreille. Les paroles semblent en tout cas hyper référentielles, parsemées de « private jokes », de plaisanteries indéchiffrables. Elles passent au-dessus des oreilles du commun des mortels, avec des allusions et des clins d'œil réservés au clan.
Sur Bluebird, le pendant du Blackbird du « White Album », il y a ces fameux accords en septième majeur, qu’on retrouvera sur Magic, sur Driving Rain, en 2001, ou sur le « Little Wing », de Neil Young (« Hawks and Doves »).
Helen Wheels. Cette chanson, sortie en single, ne figurait pas sur l'édition française en 1973, mais elle a été rajoutée sur l'édition en CD pour fêter le trentième anniversaire de la parution
Paul y rend hommage à Glasgow et à l'Ecosse en général. Les paroles préfigurent donc celles de Mull Of Kintyre."Glasgow town never brought me down". « La ville de Carlisle ne m'a jamais semblé aussi charmante, et l'autoroute de Kendal si rapide. Ralentis, chauffeur, je veux rester vivant ».
Country Dreamer. B-Side du single “Helen Wheels” (1974). “J'aimerais marcher dans un champ en ta compagnie, ôter mon chapeau et mes bottes, j'aimerais m'étendre dans un champ avec toi. N'aimerais-tu pas faire la même chose ? J'aimerais me plonger les pieds dans un cours d'eau, retrousser mon pantalon et ne pas me sentir cafardeux, j'aimerais me laver dans la rivière avec toi. Ça ne te plairait pas à toi aussi ? Moi je ne suis qu'un rêveur de campagne. Fais que mon rêve campagnard devienne réalité. J'aimerais grimper en haut d'une colline en ta compagnie. Me dresser au sommet, admirer le paysage. J'aimerais dégringoler de la colline avec toi. Ça ne te plairait pas à toi aussi ? ».
Mamounia est le nom d'un hôtel prestigieux à Marrakech. Les paroles en sont très décevantes, mais il y a un emploi lyrique du synthé.
Tout l’album est génial. « Picasso’s Last Words (Drink To Me, Drink To My Health)” semble échappé de Sgt. Pepper’s. L’arrangement des cordes y est fabuleux. Quant à « 1985 » (Nineteen Hundred And Eighty Five) , c’est l’un des rocks les plus puissants que Paul ait composés. La deuxième face est impeccable.
En novembre 1974, un 45 tours, « Junior’s Farm ». B-Side, « Sally G ».
Venus And Mars (mai 1975).
Préoccupations astrologiques. La conjoncture est bonne. Tout est OK.
Rock Show, c’est un morceau pour la scène, pour chauffer la salle. C’est un peu anodin ou du moins convenu, sans surprise. McCartney fait ici ce qu’on attend de lui. C’est donc décevant. On aime être surpris. Où sont passées ces mélodies qui nous scotchaient à chaque nouvel album ? Les Beatles nous avaient fait croire au Père Noël. On s’attend donc à chaque fois à retomber dans les mêmes illusions euphoriques, rayonnantes.
Love In Song est une chanson douce, fort émouvante. Quelle maestria, quel savoir-faire. Paul y est passé maître et de longue date. Love In Song rappelle un peu And I Love Her, sur A Hard Day’s Night (1964). You Gave Me The Answer a un parfum 1925, qui peut faire songer à When I’m Sixty-Four.
Magneto And Titanium Man semble parler de l’implication d’une jeune femme dans une histoire de cambriolage. C’est une belle mélodie, pleine d’allant, c’est le McCartney que l’on aime. « Spirits Of Ancient Egypt ». « Esprits de l’ancienne Egypte, fantômes de l’ancienne Rome, pendus au téléphone ». L’anachronisme est savoureux. Listen To What The Man Say a un côté un peu jazzy. Voyage à la Nouvelle-Orléans.
Speed Of Sound (mars 1976).
La pochette intérieure nous apprend que « Speed of Sound » une boîte de nuit où se produit le groupe. « Wings at the speed of sound » porte assez mal son nom. Ce titre aurait mieux convenu à « 1985 » sur « Band On The Run ».
Les premières chansons sont douces, feutrées, intimistes. « Let’em In » est une bien belle ballade, un peu trop calme. « The Note You Never Wrote », chantée par Dennis Layne, a un côté cafardeux. Jimmy McCulloch a un jeu de guitare torturé, qui rappelle les fioritures de Luther Grosvenor, au sein des Spooky Tooth.
Winno Junko, c'est un vrai morceau de groupe. Paul est en retrait. C'est Jimmy McCulloch qui l'interprète. Chanson sur l’accoutumance, sur les médecins complaisants, qui sont en fait de vrais dealers. Les paroles rappellent celles de Doctor Robert, sur Revolver (1966). « Le docteur Tom, tout ce qu’il fait, c’est signer l’ordonnance. J’ai eu des trucs, mon cerveau chante, mais je retomberai dans mon marasme. Je joue avec le feu, je vais de plus en plus haut, mais je retomberai bien bas… ». Chanson désabusée sur les risques de l’addiction She’s My Baby ne décolle pas vraiment. On a connu Paul plus en forme. Retour de flamme sur Beware My Love, qui ne déparerait pas le répertoire des Supremes. On dirait du Holland-Dozier-Holland. Quant à Silly Love Songs, c’est une nouvelle réponse à Lennon, après Tomorrow et Dear Friend. Mais, cette foi, sans polémique. On a calmé le jeu. Les temps ont changé. Les vieux compères se sont retrouvés (sur Let’em In : « Brother John »). Ou, du moins, les hostilités ont cessé. « Tu pensais que les gens en avaient assez de ces gens idiotes qui ne parlent que d’amour ». Mais ce n’est pas le cas. Quand Lennon publiera son dernier album, « Double Fantasy » (1980), où figure le superbe « Woman », dédié à Yoko, la vieille Muse, la vieille égérie, le magazine Rolling Stone titrera, avec son ironie habituelle : « Silly love songs »…
Cook Of The House dessert l’ensemble. C’est une chanson de Linda. Elle nous dit que c’est elle qui fait la cuisine, quels ingrédients elle utilise, tout ça…Les invités apprécient ses petits plats, OK…Elle fait de la salade, du riz, des haricots verts. Y ajoute du poivre, de l’ail, du curry. Elle est végétarienne et a l’air d’apprécier les plats épicés, mais tout cela est bien anecdotique. Time To Hide, de Denny Laine, a l’air d’une chanson de fugitif, comme l’était Hey Joe. Supplique à une petite amie pour qu’elle accepte de cacher le fuyard. Hey Joe était une chanson de criminel en cavale. San Ferry Anne, petite mélodie intimiste. Une de ces petites miniatures comme seul Paul sait en réaliser. Cependant, dans l’ensemble, c’est un album mineur. La magie n’a pas vraiment disparu, mais elle s’est drôlement estompée.
Wings Over America
Les Ailes à la conquête de l’Amérique. Ce triple album n’est guère convaincant. Mais c’est la première fois que Macca ose s’attaquer au répertoire des Beatles. Lady Madonna, I’ve Just Seen A Face, Blackbird, et même le mythique Yesterday, sa chanson-fétiche. Ce « live » est trop copieux (six faces…). Les versions studio sont meilleures que celles proposées ici. Il y a bien la reprise de Go Now par Denny Laine, mais elle ne vaut pas l’originale des Moody Blues (qui, à l’époque, ne faisaient ni dans le satin blanc ni dans la soupe).
Mull of Kintyre (novembre 1977).
« Oh, cette brume qui vient de la mer ! Mon plus grand désir c’est de vivre ici. J’ai voyagé bien loin, j’ai vu tant de choses. Mais je reviens toujours chez moi, au Cap de Kintyre ».
Cette belle chanson sur la terre natale, ce fut le plus gros succès des Wings. Ce fut un hit international. Jamais on n’avait vu de telles ventes. Le texte et la mélodie en sont soignés. Heureux qui comme « Macca » a fait un beau voyage, puis s’en est retourné vivre entre ses parents le reste de son âge… Le même mois, une video sera filmée avec the Campbeltown Pipe Band, formation celtique de cornemuseux.
London Town (fin mars 1978).
1978. Pochette urbaine, en contraste avec celle du premier Wings, écolo et marécageuse. Retour en forme. Le dernier grand Wings.
London Town. Les paroles se poétisent. Cela ressemble à du Donovan. Paul y évoque de petites anecdotes de la vie quotidienne. « Purple afternoon » sent le crépuscule. « Un après-midi violet, comme je marchais dans la rue, je fus accosté par un aboyeur (un bonimenteur) jouant une petite mélodie sur sa flûte. La pluie d’argent tombait sur le sol sale de Londres. Les gens passent devant moi, dans une rue imaginaire. Les gens ordinaires, impossible de les rencontrer. Tenant des conversations toujours inachevées », « that are always incomplete ». Une allusion aux intermittents du spectacle : « A nouveau au chômage, l’acteur divertit sa femme, toujours avec les vieilles histoires de sa vie sans grand intérêt. Peut-être en rajoute-t-il, peut-être exagère-t-il les problèmes et les difficultés », (« May be he exagerates the trouble and the strife »).
Café On The Left Bank. C’est un « Medium rock beat ». Une grande réussite. Les accords et la mélodie sont absolument extraordinaires. C’est digne d’une chanson des Beatles. Il s’agit de l’un des textes les plus intéressants et les plus personnels de McCartney, qui a rarement eu le talent de parolier d’un Lennon. Il semble y relater de lointains souvenirs d’un séjour à Paris, sa découverte de la capitale au début des années 60, en compagnie de John et George, avant que les Beatles ne soient les Beatles, ou lors de leur premier passage à l’Olympia. Sa fascination devant ce Paris d’autrefois. De Gaulle passant à la télé, et les « téléspectateurs » collés à la vitrine du magasin d’électroménager. On a connu de telles scènes au début des années 60. Tout le monde n’avait pas la télé. C’était encore un objet de luxe. On allait dans les halls des quotidiens, ou devant les devantures des commerçants, pour voir des images en noir et blanc. « Tiny crowd of French men round a TV shop, watching Charles de Gaulle make a speech ». La vie nocturne l’a fasciné : « Dancing after midinight ». En Angleterre, on se couche bien plus tôt. Dans les bars on vous sert du café, du pain et des croissants : « Continental breakfast in the bar ». Les gens y parlent trop fort, loin de la discrétion typiquement britannique : “English speaking people, drinking German beer, talking far too loud for their ears”. Sublimation évidente. Dans les petits bistrots du Quartier latin, on boit du vin ordinaire. La vie y est douce et décontractée, toutes les filles y sont jolies… « Touching all the girls with your eyes »
I’M Carrying. L’amoureux transi est de retour. « Dès les premières lueurs de l’aube, je reviendrai vers ton appartement, avec mon oeillet caché par mes paquets »
Backwards Traveller. Cette chanson, très courte, est une réussite complète. C’est le thème de l’Odyssée. Ulysse, héros du retour. « Je suis le voyageur du retour, le démêleur de laine, navigant sur des chansons, faisant voile vers la lune ». Ces images peuvent faire songer au « Crystal Ship », des Doors. Macca s’embarque à bord du Hollandais Volant.
Cuff Link. Instrumental. Rock au rythme modéré (« moderately slow Rock beat »).
Children Children. Baisse de régime. La mélodie est un peu facile, mais c’est du Denny Laine (cosigné McCartney-Laine).. Macca lâche la bride, lâche du lest. Wings se démocratise. On a affaire à un vrai groupe. Chacun y va de sa petite chanson. Les paroles en sont douces et gentillettes. Mignardes. « Je connais une petite cascade, un petit endroit magique, où nous pourrons jouer et regarder les poissons nager. Les enfants, les enfants, où êtes-vous passés ? Cachés dans la forêt ? Jouant sous la pluie ? J’espère que vous n’êtes pas trop loin et que vous reviendrez me voir. Je sais où il y a une fée qui nous invitera à prendre le thé, mais elle ne me laissera pas entrer tout seul, il faut que vous veniez avec moi. » OK…
Girlfriend. L’un des sommets de l’album, une mélodie très haute, très difficile à chanter. « Petite amie, je vais en parler à ton petit ami. Dis-lui exactement ce que tu fais, ce que tu me fais, tard dans la nuit, quand le vent est libre. Nous devons lui dire que tu seras seulement ma petite amie, la mienne, jusqu’à ce que la rivière arrête de couler, jusqu’à ce que le vent ne veuille plus souffler, jusqu’à les fleurs arrêtent de pousser, jusqu’à ce que les océans se changent en banquise. » I’ve Had Enough est plus énergique. C’est un rock viril.
Back To The Egg (juin 1979).
Le morceau le plus marquant de cette période, c’est bizarrement B-Side d’un single, Goodnight Tonight, (avril 1979), qui ne figure pas sur l’album. Gros succès dans les boîtes de nuit, grâce à la version « 12 pouces », la version du maxi. En cela, McCartney est un précurseur des années 80, où fleuriront d’excellents maxi singles, avec des versions à rallonge de « Fade To Grey », « A Forest », « I’m A Wonderful Thing Baby », etc.
Pochette étrange. A la fois SF et onirique. Ce n’est pas une photo mais une peinture hyper réaliste. Elle relève du « steampunk », à cause du décalage entre ces cosmonautes habillés en « tous les jours » (s’agit-il d’extra-terrestres ?) et l’ameublement étrange et désuet de ce vaisseau spatial. On est intrigué par cet éclairage insuffisant, ces appliques murales qui ne diffusent qu’une vague lumière intimiste, jaune orangé, cette fausse cheminée, dont la présence est incongrue dans une navette spatiale. Au troisième plan, une statuette du « Greatest Hits » des Wings se dresse sur ce manteau. Nos astronautes, l’air absorbé et pensif, contemplent notre bonne vieille terre.
Cette image a un aspect Stanley Kubrick, « 2001 ». Habile montage qui consiste à changer les motifs du tapis en « vue de l’espace », point de vue de Sirius. Les Wings contemplent ce qu’Hendrix appelait magnifiquement « le troisième Caillou à partir du soleil ». Third Stone From The Sun…
La carrure de Paul s’encadre dans l’âtre noir de la cheminée. Linda, le menton dans la main, a une attitude particulièrement pensive. Denny Laine a une pâleur spectrale, un teint blême. Back To The Egg. D’autres images évoquent dans un coquetier de luxe une sorte d’œuf primordial ou un œuf de dinosaure. Le premier œuf de la première créature, le mythe des Origines.
Le titre indique une tendance au retrait, un repli sur soi, une goût pour la claustration (« happiness is in homeland » chantait Macca sur l’album précédent) après les tournées internationales, Wings in America, l’expansion du groupe « en cavale » autour du monde. « Cattle beware of snipers » (Getting Closer). Injonction. « Troupeau, fais attention aux tireurs isolés ». Rockestra Theme. Instrumental. Mot-valise (rock+orchestra). After the Ball/Million Miles. « Quand je suis arrivé, j’ai regardé autour de moi, mais la pièce était pleine d’étrangers, pas un visage ami, plus tard je me suis réveillé, la fête était finie, mais toi tu étais là, prête à m’emporter ».
Winter Rose/Love Awake. « Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise » disait déjà Agrippa d’Aubigné. « Now the snow is on the ground ». Le clip illustre les paroles. On voit Paul et Linda faire du cheval dans la neige. Album inégal cependant. Loin des sommets de Band On The Run.
Derniers singles : « Old Siam, Sir » (juin 1979), extrait de l’album. Wonderful Christmastime, en décembre 1979, une belle chanson de Noël. Le B-Side est une reprise, vaguement « reggae », d’un traditionnel, « Le petit renne au nez rouge » (« Rudolph The Red Nosed Reggae »). Mais « Coming Up », en avril 1980, ce sera sans les Wings.
J’ai écrit cet article pour « réhabiliter » les Wings. Y suis-je parvenu ? On est tellement plat quand on veut parler de McCartney... J’en ai bien conscience. Qui pourrait trouver les termes exacts ? Des écrivains ont su parler des Stones (François Bon), de la musique psyché (Alain Pire), de Neil Young (Houellebecq). Mais de McCartney ? Personne. Pourquoi ? Est-ce ineffable, éthéré, trop proche de nous, trop évident ? I really don't know…
Paul a écrit des mélodies capiteuses, qui vous poursuivent longtemps. C’est son principal mérite. De la “muzak,” ça ? Vous n’y êtes pas. The sound you make is so sweet to my ears. Voilà ce qu’aurait dû dire ce cher vieux John Lennon. Sans rancune pourtant.
On songe à ces statues médiévales, en bois polychrome, qui se dressent discrètement dans les niches des églises oubliées au fond des vieilles provinces. Les touristes grégaires n’en connaissent même pas l’existence. Les guides spécialisées n’en parlent pas, ou c’est pour les « casser »…
Personne n'a jamais réussi à parler convenablement de Paul Mac Cartney, Il a eu droit aux quolibets, au mépris, aux accusations de facilité, comme si la seule chose de valable qu'il eût faite, c'était « Yesterday ». Encore que certains aient trouvé à redire, même sur ce point. Cette mélodie, grave et intimiste, on l'a même trouvée un peu mièvre, plus ou moins "empruntée" au répertoire baroque…Mais Mozart lui aussi s'est fait cracher dessus. Il n'y eut personne pour suivre son corbillard, rien qu’un petit chien blanc.
Paul. Il faut oser parler de son immense talent, de son génie, de son bel enthousiasme, de sa vitalité, de sa joie de vivre. De son charisme, des belles inflexions de sa voix chaleureuse, de sa gentillesse, de son humanité. C'est l'oiseau perché sur la plus haute tour. Le roitelet posté sur la tête de l’aigle.
Les Beatles étaient géniaux. Mais quel était le gros problème des Fab Four ? Dans les Beatles, ce qui se joue, c’est peut-être avant tout le drame de Lennon, incapable de composer quelque chose d’aussi génial que « Yesterday », malgré « It’s Only Love », « Julia », « Cry, Baby, Cry », « I’m Only Sleeping », et autres merveilles.
Premier album solo (avril 1970)
J’ai la chance de posséder tous ces grands cercles de plastique noir. Le premier LP de Mc Cartney, enregistré « at home », dans sa cuisine, loin d'Abbey Road, est une sorte d'anti-Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Un rejet des six mois de studios et de claustration. Mais la démarche ne s'inscrit pas contre celle de George Martin. Paul a juste voulu faire quelque chose de différent, de plus spontané, un petit bricolage maison, où il joue de tous les instruments, un disque d'artisan, loin du raffinement des studios. On est au début des années 70. Une page de tournée. Le rock progressif n’intéresse pas Macca. Il suit la leçon de Dylan et du Band, qui, deux années auparavant, s’étaient éloignés de la sophistication ambiante, pour en revenir à l’essentiel, à des choses plus simples et peut-être plus importantes.
Le disque sortit durant une période très riche en productions des plus diverses, l’immense quatrième album de Tyrannosaurus Rex, « A Beard Of Stars », où Bolan s'électrifie, le premier LP de Kevin Ayers, Joy Of A Toy, et… Let It Be, le testament raté des Beatles, ou plutôt le codicille bâclé, un disque imprudemment confié par Lennon à Phil Spector, avec le résultat que l'on sait. Une route longue, longue, éventée. Et parfois ennuyeuse.
L’album de Mac commence par une toute petite chanson sentimentale “flower power”, «The Lovely Linda”, “with the lovely flowers in her hair ». La mélodie est juste esquissée. A peine commencée, la voilà finie. Paul est amoureux, et ça se voit, ça s’entend. Une petite chanson très optimiste, mais elle ne dure qu’une fraction de seconde. En tout cas, placée en ouverture, elle donne le ton de l’album. Un hymne à Linda.
« Teddy boy », C’est l’évocation d’un rocker. L’histoire d’un « œdipe » mal résolu. Un orphelin déménage de chez sa mère. Il n’a pas supporté que sa maman, une veuve, ait trouvé un remplaçant. Il aurait sûrement voulu être « l’homme » de la maison, le substitut du père, parti trop tôt. Le père était soldat. Sa mère évoque souvent sa mémoire, et ça la rend triste. Le garçon la rassure, la réconforte : « Maman, ne t’en fais pas, je prendrai bien soin de toi ». Mais il ne peut supporter de voir sa mère retomber amoureuse d’un autre homme. Le garçon quitte le domicile familial, s’installe ailleurs. C’est une tranche de vie, ce que Hugo aurait appelé une « chose vue ».
Cette chanson figure sur l’ « Anthology # 3 » des Beatles. On peut donc en conclure qu’elle fut écartée par Lennon. C’est peut-être ce type d’éradication artistique (et les relations tendues que ça entraîne), qui sont à l’origine de la séparation définitive des « Fab Four ».
Il y eut jusqu’à cent prises de l’excellent « No Guilty », de George Harrison. Nos deux compères, Lennon, Mc Cartney, firent la fine bouche jusqu’à l’écarter définitivement. Ils avaient pourtant retenu le cacophonique « Revolution # 9 » sur le « White Album », joyeux bordel qui relève plus du « cut-up » mal agencé que de la chanson pop. Ils n’avaient pas hésité à garder la pochade « You Call My Name », vrai foutoir dilettante.
On peut comprendre l’amertume et l’aigreur d’un George Harrison. Qu’est-ce qu’il a dû avaler comme couleuvres, ce pauvre Georgio ! Mais Paul ne fut pas en reste. Lui aussi dut subir de telles blessures narcissiques.
Quand on sait que toutes les chansons que proposa Paul ne furent pas mieux reçues que celles de George, par un Lennon devenu exigeant, intransigeant et quasi tyrannique, on devine la somme de rancœurs et de frustration de ces musiciens.
C’est à ce moment que leurs plans de carrière (solo) commencèrent à germer et à émerger.
Ces refus, ces vetos, en tout cas, furent sûrement la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Leurs rapports n’avaient plus rien d’idylliques ou de fraternels, s’étaient détériorés. Le sous-marin jaune prenait l’eau de toute part.
Tout le monde sait qu’Harrison réussit à remplir facilement un triple album d’un excellent niveau, « All Things Must Pass », rien qu’avec ses chutes des sessions d’Abbey Road.
Les rapports conflictuels ne sont peut-être pas nés de ces refus des compositions des uns ou des autres, mais ils en ont été sûrement exacerbés.
On a dit que ce « split » eut lieu parce que Paul ne s’entendait pas avec Yoko, trop présente, mante des studios. Ou que John ne supportait guère Linda. Ou qu’il n’y avait plus d’atomes crochus entre Paul et George, trop de rebuffades. De mauvais accueils, de dédains, de refus accompagnés de paroles dures, de critiques sur tel ou tel solo, telle intervention instrumentale. Ou l’absence de complicité entre John et George Martin, au point que John refusa de lui confier la production de « Let It Be ».
Mais ici l’ostracisme d’un Lennon me semble évident. Cette façon qu’il avait d’exclure définitivement telle ou telle chanson, a dû jouer un rôle énorme.
Ce premier album solo de Paul est truffé de petits instrumentaux sympathiques, certains anodins, d’autres excellents (Junk). Les grandes chansons ici, ce sont « Maybe I’m Amazed », « Every Night » et « Junk (sing along) ».
« Maybe I’m Amazed ». Paul la faisait encore sur scène lors de sa tournée mondiale de 2003, « Back in the world », un tiers de siècle après sa création sur la cire.
« Every Night » fait également partie des temps forts de ce premier opus. Paul l’interprète toujours sur scène, alors qu’il a délaissé la majeure partie du répertoire des Wings, excepté l’album Band On The Run et quelques autres titres épars. « Every Night » comporte un enchaînement d’accords astucieux, F7, F7 sus 4, B bémol, Gm, Cm, G7, C, B bémol, Am, Gm.
« Junk » . Ma préférée du lot. C’est une belle chanson, à la fois contre la société de consommation, et la persistance des souvenirs rappelés parfois par des objets sans valeur .
« Achète » dit la pancarte dans la vitrine. « A quoi bon ? » répond l’épave dans la cour.
Ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais on relèvera quand même des automobiles, des tandems (« bicycles for two »), des parachutes, des bottines de l’armée, des sacs de couchage à deux places… Objets liés aux souvenirs de jeunesse, au scoutisme (« sentimental jamboree »). Cette évocation prend une tournure intimiste et touchante. « Memories for you and me ». Dans sa sobriété même, c’est l’un des meilleurs textes de McCartney, l’un des plus concis, donc des plus efficaces. Les accords en sont géniaux. Même David Crosby, avec ses « open tunings », n’a pas fait mieux. « Guinevere », sur le premier Crosby, Stills And Nash.
« Man We Was Lonely » avec sa faute de syntaxe lourdingue, plaisanterie qui sera reprise par Harrison (« When We Was Fab », sur le génial « Cloud Nine », 1988).
Paul se fait plaisir en jouant de la guitare solo. Il en avait rarement l’occasion avec son « groupe précédent ». D’ailleurs le « plaisir » est le maître mot de l’ouvrage. Paul se fait plaisir en s’improvisant batteur, multi instrumentiste.
Ram
Ram (mai 1971) est peut-être son album le plus réputé avec Band On The Run (décembre 73). Même les « Inrock » l'ont porté aux nues, oubliant un instant leur gros snobisme naïf. Deuxième album solo, sorti treize mois après le tout premier, et après le split.
Le titre "Ram On" qui signifie "Fonce ! Vas-y !", est une astuce sur un des premiers surnoms de McCartney : "Ramon", sobriquet espagnol. C'est l'un des disques les plus chaleureux qui soient. C'est bon comme un bon chocolat. Du Gianduja. Chocolat et pâte de noisettes. C'est l'album de mes 20 ans. Il me rappelle des tas de bons souvenirs. De la solitude aussi.
Too Many People. Basée sur la guitare rythmique et une basse bourdonnante. Les enchaînements d'accords font Beatles : G, Cm6, G, F, C, D7, G. Surtout le break : G, G7, C6, Cm6. Les paroles s'attaquent aux donneurs de conseils : "Too many people preaching practises, Don't let 'em tell you what you wanna be". « Trop de gens veulent te montrer l'exemple…Ne te laisse pas faire… ». Un solo de guitare un peu saturée, ponctuée de jappements. Les couches de guitares superposées du final sont des plus exaltantes.
Three Legs. C'est un blues électrifié. "Quand je vais me promener, conduis mon cheval tout en haut de la colline, Quand je vole au-dessus de la foule, Au-dessus des foules démentes, Tu peux me toucher, avec une plume, Mais tu sais que tu n'en as pas le droit, Il y a un chien ici, Mon chien, il a trois pattes, Il ne peut plus courir". Ce style de notes décousues, c’est tout à fait caractéristique des paroles de McCartney, volontiers elliptique, mais souvent indigent. Three Legs, c’est le Yer Blues de Sir Paul.
Ram. Ouverture : grand piano. Puis la simplicité du banjo. On y ajoute des chœurs. Dernier couplet : sifflé (décontraction).
Dear Boy. Mélodie typiquement « mcCartneyienne », polyphonique. Comment les gens ont-ils pu passer à côté d'un tel chef-d'œuvre, qui n'a rien à envier aux grandes réussites des Fab Four ? On dirait du Bach moderne.
Uncle Albert/Admiral Helsey. Un morceau de choix. Le titre fait très "Beatles". Un collage de plusieurs mélodies, qui s'enchaînent à merveille. Les changements de rythmes sont toujours convaincants et enthousiasmants. Sans arrêt des accélérations. On se croirait à bord d’une voiture décapotable, grand tourisme, et ça serait Paul qui actionnerait le levier de vitesse. L'impression d'intimité est renforcée par les collages atmosphériques. L'orage éclate à l'extérieur du cottage. Des nappes de violons parfaitement orchestrées. Puis la voix au mégaphone et les chorus géniaux. C'est toute ma jeunesse qui défile dans ce morceau. Linda a une voix merveilleuse. On a dit avec perfidie que Paul l'avait charitablement accueillie dans son groupe, mais c'était une chanteuse géniale, et leurs voix se mariaient merveilleusement bien. On enchaîne avec un blues bien enlevé et saturé à souhait, Smile Away. Bien que ce morceau soit un peu facile, il est magnifiquement interprété (voix, guitare, jappements, glapissements pré-jacksoniens). Cette première face constitue un sans faute. 20 sur 20. C'est du génie à l'état pur. Paul y est un nouveau Mozart.
Heart Of The Country. Le titre est une catachrèse, une métaphore figée, comme on dit « au cœur de la ville », « au cœur de la forêt », sans pour autant songer à un immense organisme..
Avec une jolie guitare jazz. Paul chante les joies de la campagne et de la simplicité. Cette chanson est géniale, c'est ma préférée de l'album."Cherchant une vraie maison au fin fond de la campagne". Vantant les bonnes nuits de sommeil, la présence réconfortante des animaux domestiques, cheval et mouton. C'est le côté "Poor young country boy, Mother Nature's Son" de Sir Paul.
Monkberry Moon Delight. L'un de ses rocks les mieux enlevés et les plus appuyés. Dans la lignée d'I'm Down et d'Helter Skelter, en plus réussi. Paul force sa voix, la "noircit". On dirait presque du Beefheart parfois. Paul crie et les chœurs restent étonnamment calmes. Une voix mélancolique ponctue les cris et psalmodie. L'histoire commence "in medias res". La situation initiale est tronquée : "Alors je m'étais assis dans le grenier, un oreiller sur le nez, et le vent jouait son horrible cantate. J’étais énervé par l'horrible bruit des tomates. Le ketchup, il ne faut pas l'oublier". Les images ont tout de l'évocation d'un mauvais trip, dont on parlerait après coup d’une façon distanciée, avec du recul. Mais la réalité a dû être tout autre.
Eat At Home. C'est un titre assez faible. On dirait un B-Side des Beatles, oublié. Mais il y a tout de même, comme toujours, de l’invention dans la mélodie et l’interprétation. Encore un morceau entêtant. Le son est assez proche de celui du single Another Day.
Long Haired Lady. Encore un titre où l'on retrouve toute la douceur dont est capable McCartney. Plusieurs mélodies s'enchaînent, avec une douce guitare, presque hawaïenne, aérienne. La reprise de Ram, presque au final, assure la circularité de l'album.
Back Seat Of My Car. Cette chanson semble alors un « bonus track ». On dirait un morceau de l'époque d'Abbey Road. Une composition ambitieuse, où plusieurs mélodies s'enchaînent. Une partie vocale difficile, un arrangement somptueux. Le titre a plusieurs fins, qui assurent sa complexité et sa réussite.
Wings (1971)
En revanche, le premier Wings (décembre 1971) trahit une baisse de régime. Il y a eu d’abord un quarante-cinq tours, engagé politiquement, « Give Ireland Back To The Irish ». Mais l’album paraît avoir été enregistré à la va-vite. S’il traduit une certaine spontanéité, une joie de vivre évidente, il ne contient que deux titres qui tiennent vraiment la route, Tomorrow et Dear Friend. Le reste est bien plus négligeable, superficiel, sans jamais être indigne.
Une jolie pochette dans un cadre de verdure, une sorte de mare (au diable ?). Trois musiciens sont perchés sur une branche. Seul Paul est dans l’eau, jusqu’à mi-cuisse. La pochette illustre la « wild life ». C’est un disque qui a un parfum écolo. Les Ailes en question sont celles des colombes, des pacifistes. Il y a quatre de ces volatiles sur la pochette. Ce nouveau groupe est censé donner des ailes à Paulo, passant des Scarabées aux oiseaux. Mais les Byrds et les Yardbirds, c’était déjà pris.
Le pivot du groupe, c’est inattendu, c’est son vieux copain Denny Laine. Un bluesman fou de Buddy Holy (il lui rendra hommage en 1976, en enregistrant tout un album de reprises). Denny Laine vient des Moody Blues. C’est lui le créateur du Go Now, l’une des plus belles chansons des sixties, et de Bye Bye Bird, blues frénétique où l’on entend un harmonica hanté, déjanté, à faire pâlir Brian Jones. On aurait cru que le Denny Laine en question serait tenté par le blues pur et dur, étranger à la moindre concession, une sorte d’Alexis Corner new look. Or il rejoint un groupe qui dès ses premières armes se voit taxé des pires complaisances commerciales ou sirupeuses. La critique, impitoyable, ne cessera d’essayer de « casser » du McCartney par tous les moyens. Mais la bave du crapaud n’atteindra jamais les « Ailes » de la blanche colombe…
Some People Never Know n’est pas mauvais, mais trop long. « Some People Never Know » constitue une première réponse au cynisme vachard de Lennon. « How Do You Sleep At Night ? » lui demandait Lennon, l’accusant implicitement d’avoir écrasé les scarabées, provoqué/anticipé/programmé la fin des Beatles, alors qu’il en était à coup sûr largement responsable lui-même, inféodé à Yoko et à ses réactions épidermiques. Mais nous ne voulons pas relancer la polémique à ce sujet, ce serait stérile. Le passé est le passé et les erreurs sont partagées. Everything must pass… Paul, stigmatisant le Peace and Love de Lennon (?) lui répond ici, Some people can sleep at night time believing that love is just a lie, a lie, a lie…” Soit le naïf, dans l’affaire, ce n’est pas moi, c’est bien toi, tu crois en l’amour, ce n’est qu’un leurre.
Tomorrow. C’est encore une réponse ironique aux sarcasmes vachards du Walrus. « La seule chose que tu aies faite, c’est Hier ». Non je n’ai pas fait qu’Hier, lui réplique Paulo, j’ai également fait Demain !
Dear Friend semble une lettre adressée à John Lennon. Nous étions des amis et nous voilà à couteaux tirés. Que s’est-il donc passé pour que nous en soyons arrivés là ? Lennon ne faisait ni dans la dentelle, ni dans la langue de bois (norvégien…).
Le reste de l’album n’est guère convaincant : Be Bop est trop facile, quasi « bubble gum ». Ce morceau est une erreur. Il a joué sur la crédibilité du groupe. Il y a eu une erreur dans le choix du single, des passages à la radio. Pourquoi n’a-t-on pas choisi Tomorrow, dont l’enthousiasme et la mélodie très « beatles » auraient fait certainement fait l’unanimité, auraient été pleinement convaincants ? Ont-ils été mal conseillés ?
En mai 1972, sort un deuxième quarante-cinq tours deux titres, « Mary Had A Little Lamb ». Entre la comptine et le petit livre d’or. Rien à voir avec « Give Ireland Back To The Irish ».
Puis un autre “single” controversé, “Hi,Hi,Hi”, en 1972. On accuse McCartney de faire l’apologie de l’herbe. Il répond que sa chanson parle du sexe.
Redrose Speedway (avril 1973)
On dirait déjà la pochette d’un disque solo, avec ce gros plan sur « Macca ». Red Rose Speedaway, Band On The Run (1973), et même encore, dans une moindre mesure, Venus And Mars (1975), constituent les pics de la production des Wings, une sorte de trilogie indispensable.
Mais on constate un certain déclin, ou un déclin certain, à partir de 1976, avec Wings At The Speed Of Sound jusqu’à l’ultime Back To The Egg.
Sans être des albums totalement ratés, il s’agit de LPs moins réussis, moins cohérents, moins homogènes que les précédents. Des albums dans lesquels Paul se serait moins investi. L’inspiration ne l’a pas déserté, mais ils contiennent nettement moins de gemmes, moins de grandes mélodies. Aucun caillou cependant. Juste des pierres semi-précieuses. Rien d’indigne, mais rien de notable. Il y a un essoufflement, un filon qui se tarit, une veine qui s’épuise. La formule du groupe se sclérosera. C’est la fin d’un processus qui incitera Paul à en revenir à une production solo, dès 1980, avec les « dispensables » Mc Cartney 2 et Tug Of War.
Il y aura bien de temps en temps quelques éclairs, d’autres morceaux intéressants, mais pas un second souffle. Tout comme George, Paul ratera la New Wave, passera à côté. Pourtant Temporary Secretary était prometteur, les synthés bien programmés. Etait-ce donc juste un exercice de style ? En tout cas, l’essai ne fut pas transformé.
Quelques rares titres émergeront dans les années 80 et 90. Notamment Say, Say, Say, avec Michaël Jackson, dont la vidéo fut si soignée, si élaborée, si réussie. On y voyait les deux compères en saltimbanques, en « minstrel boys ». Ils s’en donnaient à cœur joie. Leur complicité semblait réelle, mais elle ne fit pas long feu.
Aucun album vraiment satisfaisant, digne de ce nom, digne des Beatles, n’émergea de cette période. Lennon assassiné, Paul en panne d’inspiration, la relève sera assurée par George, en 1988, avec le magnifique Cloud Nine, qui contient neuf pépites, dont When We Was Fab, un morceau à la fois nostalgique et serein, à cause de la distance que le « Quiet Beatle » a su prendre avec sa gloire passée.
Il faudra attendre peut-être plusieurs décennies, et 2001, avec Driving Rain, pour que Paul se retrouve vraiment lui-même, retrouve ce génie mélodique, cette fraîcheur qui le caractérise, et ce sera, entre autres, avec deux chansons consacrées à ses Muses. Avec le quasi instrumental qu’est « Heather » (du nom de sa nouvelle compagne). Avec « Magic », où il évoque une nouvelle fois sa rencontre avec la regrettée Linda.
Single Pigeon. Très belle ouverture, digne des Beatles. Une mouette isolée au-dessus du canal de Regent’s Park (parc londonien). « As-tu besoin d’une amie pour une minute ou deux ? Moi c’est mon cas ».
When The Night. Une riche mélodie. Les paroles peuvent en sembler « creuses », mais les choses de l’amour sont toujours ineffables, et les mots pour le dire échappent aux amants.
« And the light of the night fell on me », « Et la lumière de la Nuit tombait sur moi ». Cet oxymore, doublé d’un paronyme, avait déjà été utilisé dans « Blackbird », sur le double album blanc, en 68 : « Blackbird fly into the light of a dark black night » (« Le merle, envole-toi dans la lumière d’une nuit obscure »). L’oxymore est une figure majeure, parce qu’elle permet de dire l’indicible. Que ce soit la « féconde paresse » de Baudelaire, « la hardiesse candide » du regard d’Emma Bovary, la « tendresse hardie » du regard de Coupeau. On se souviendra du « soleil noir de la mélancolie » de Nerval, ou de la « lumière noire » qu’aurait vue Hugo agonisant. Ou de l’oxymoron des Moody Blues, Nights in White Satin. “ Nuits de blanc satin, dont on ne voit jamais la fin…”
Big Barn Bed
Encore une chanson campagnarde de McCartney. On chante les louanges des gros lits dans les granges. On y fait des jeux de mots basés sur des sortes de paronymes. On « pleure » sur le « saule », par exemple. « Weeping on a willow, sleeping on the pillow ». Cela rappelle Apollinaire, « Qui donc a fait pleurer les saules riverains » (Mai, Les Rhénanes), ou les paroles « marabout-bout-de-ficelle », plutôt faciles, d’un Roger Waters (Take Thy Stethoscope And Walk). Ce procédé permet d’écrire de petits textes absurdes, de dire des riens d’une façon faussement décontractée. Cela ne mange pas de pain. Paul est un compositeur exigeant, mais en tant que parolier, il ne vaut pas tripette. Il se contente bien souvent des premières facilités venues. Il faut dire, à sa décharge, que la musicalité de sa langue est telle qu’elle permet des facilités qui seraient inconcevables en français.
My Love. "And when the cupboard's bare", "Et quand le placard est vide" en fait, c'est un jeu de mot sur "cupboard love", la reconnaissance du ventre (littéralement "l'amour du placard ou du buffet"). Chanson de crooner, mais avec des accords très soignés et quasi jazzy : Bbmaj7, Am7, D9, Gm7, Am7, Bbmaj7, Dm, F, Gm7, Bb, F. Le « single » sort en avril 1973.
Only One More Kiss. « Encore un petit baiser, je n’avais l’intention de te faire du mal, petite fille, j’ai dit quelque chose de stupide la nuit dernière, mais j’ai retrouvé mes esprits ».
Il s’agit d’une chanson de réconciliation et de départ, comme « Hello Goodbye ».
Little Lamb Dragonfly. C’est une supplique d’amoureux délaissé. Les paroles en sont très banales, aussi faibles que la mélodie en est complexe.
En parallèle à l’album, le « single » Live And Let Die, B.O. d’un James Bond du même nom, se taille la part du lion dans les charts, et sa partie instrumentale sera même reprise, pendant des années, pour le générique d’une célèbre émission télévisée. Juin 1973.
Band On The Run
Décembre 1973. Un orchestre en cavale. Chef-d’œuvre. Les médisances et les persiflages de Ginger Baker : Mc Cartney ayant voyagé Afrique Noire, à Lagos, l'ancien batteur des Cream l'accusa d'avoir plagié la musique ethnique sur Mamounia. Les grands hommes sont habituellement suivis d'un long sillage de poussière et de calomnies.
Band On The Run. Premier emploi du synthé, qui a détrôné le mélotron. On est loin du contexte mélodramatique dans lequel l’utilise Robert Wyatt sur Rock Bottom, pour ponctuer sa souffrance et sa mélancolie (The Sea Song). Mine de rien, ce genre de morceau peut servir de chaînon manquant entre un certain rock prog et la New Wave à venir. Collage de deux mélodies différentes, changements de rythme.
Jet. Avec un saxo à la Bowie. « Je me souviens encore de leurs visages amusés, le jour où tu as annoncé que tu allais bientôt te marier, et Jet, je croyais que le seul endroit où l'on est vraiment seul c'était sur la lune. Ton père était-il aussi courageux qu'un sergent major ? Moi je pensais que le maréchal des logis, c’était une suffragette »… Ces paroles étranges semblent autant d’allusions à Bowie, au « Major Tom », le cosmonaute de « Space Oddity », et à « Sufragette City » (sur « Hunky Dory »). Quant à l'orchestration, elle évoque celle d’ « Aladin Sane », avec ce saxo flamboyant. Sur le live « Back in the world », c’est une guitare qui imite le son du saxo, mais c’est nettement moins réussi, ça déchire moins l’oreille. Les paroles semblent en tout cas hyper référentielles, parsemées de « private jokes », de plaisanteries indéchiffrables. Elles passent au-dessus des oreilles du commun des mortels, avec des allusions et des clins d'œil réservés au clan.
Sur Bluebird, le pendant du Blackbird du « White Album », il y a ces fameux accords en septième majeur, qu’on retrouvera sur Magic, sur Driving Rain, en 2001, ou sur le « Little Wing », de Neil Young (« Hawks and Doves »).
Helen Wheels. Cette chanson, sortie en single, ne figurait pas sur l'édition française en 1973, mais elle a été rajoutée sur l'édition en CD pour fêter le trentième anniversaire de la parution
Paul y rend hommage à Glasgow et à l'Ecosse en général. Les paroles préfigurent donc celles de Mull Of Kintyre."Glasgow town never brought me down". « La ville de Carlisle ne m'a jamais semblé aussi charmante, et l'autoroute de Kendal si rapide. Ralentis, chauffeur, je veux rester vivant ».
Country Dreamer. B-Side du single “Helen Wheels” (1974). “J'aimerais marcher dans un champ en ta compagnie, ôter mon chapeau et mes bottes, j'aimerais m'étendre dans un champ avec toi. N'aimerais-tu pas faire la même chose ? J'aimerais me plonger les pieds dans un cours d'eau, retrousser mon pantalon et ne pas me sentir cafardeux, j'aimerais me laver dans la rivière avec toi. Ça ne te plairait pas à toi aussi ? Moi je ne suis qu'un rêveur de campagne. Fais que mon rêve campagnard devienne réalité. J'aimerais grimper en haut d'une colline en ta compagnie. Me dresser au sommet, admirer le paysage. J'aimerais dégringoler de la colline avec toi. Ça ne te plairait pas à toi aussi ? ».
Mamounia est le nom d'un hôtel prestigieux à Marrakech. Les paroles en sont très décevantes, mais il y a un emploi lyrique du synthé.
Tout l’album est génial. « Picasso’s Last Words (Drink To Me, Drink To My Health)” semble échappé de Sgt. Pepper’s. L’arrangement des cordes y est fabuleux. Quant à « 1985 » (Nineteen Hundred And Eighty Five) , c’est l’un des rocks les plus puissants que Paul ait composés. La deuxième face est impeccable.
En novembre 1974, un 45 tours, « Junior’s Farm ». B-Side, « Sally G ».
Venus And Mars (mai 1975).
Préoccupations astrologiques. La conjoncture est bonne. Tout est OK.
Rock Show, c’est un morceau pour la scène, pour chauffer la salle. C’est un peu anodin ou du moins convenu, sans surprise. McCartney fait ici ce qu’on attend de lui. C’est donc décevant. On aime être surpris. Où sont passées ces mélodies qui nous scotchaient à chaque nouvel album ? Les Beatles nous avaient fait croire au Père Noël. On s’attend donc à chaque fois à retomber dans les mêmes illusions euphoriques, rayonnantes.
Love In Song est une chanson douce, fort émouvante. Quelle maestria, quel savoir-faire. Paul y est passé maître et de longue date. Love In Song rappelle un peu And I Love Her, sur A Hard Day’s Night (1964). You Gave Me The Answer a un parfum 1925, qui peut faire songer à When I’m Sixty-Four.
Magneto And Titanium Man semble parler de l’implication d’une jeune femme dans une histoire de cambriolage. C’est une belle mélodie, pleine d’allant, c’est le McCartney que l’on aime. « Spirits Of Ancient Egypt ». « Esprits de l’ancienne Egypte, fantômes de l’ancienne Rome, pendus au téléphone ». L’anachronisme est savoureux. Listen To What The Man Say a un côté un peu jazzy. Voyage à la Nouvelle-Orléans.
Speed Of Sound (mars 1976).
La pochette intérieure nous apprend que « Speed of Sound » une boîte de nuit où se produit le groupe. « Wings at the speed of sound » porte assez mal son nom. Ce titre aurait mieux convenu à « 1985 » sur « Band On The Run ».
Les premières chansons sont douces, feutrées, intimistes. « Let’em In » est une bien belle ballade, un peu trop calme. « The Note You Never Wrote », chantée par Dennis Layne, a un côté cafardeux. Jimmy McCulloch a un jeu de guitare torturé, qui rappelle les fioritures de Luther Grosvenor, au sein des Spooky Tooth.
Winno Junko, c'est un vrai morceau de groupe. Paul est en retrait. C'est Jimmy McCulloch qui l'interprète. Chanson sur l’accoutumance, sur les médecins complaisants, qui sont en fait de vrais dealers. Les paroles rappellent celles de Doctor Robert, sur Revolver (1966). « Le docteur Tom, tout ce qu’il fait, c’est signer l’ordonnance. J’ai eu des trucs, mon cerveau chante, mais je retomberai dans mon marasme. Je joue avec le feu, je vais de plus en plus haut, mais je retomberai bien bas… ». Chanson désabusée sur les risques de l’addiction She’s My Baby ne décolle pas vraiment. On a connu Paul plus en forme. Retour de flamme sur Beware My Love, qui ne déparerait pas le répertoire des Supremes. On dirait du Holland-Dozier-Holland. Quant à Silly Love Songs, c’est une nouvelle réponse à Lennon, après Tomorrow et Dear Friend. Mais, cette foi, sans polémique. On a calmé le jeu. Les temps ont changé. Les vieux compères se sont retrouvés (sur Let’em In : « Brother John »). Ou, du moins, les hostilités ont cessé. « Tu pensais que les gens en avaient assez de ces gens idiotes qui ne parlent que d’amour ». Mais ce n’est pas le cas. Quand Lennon publiera son dernier album, « Double Fantasy » (1980), où figure le superbe « Woman », dédié à Yoko, la vieille Muse, la vieille égérie, le magazine Rolling Stone titrera, avec son ironie habituelle : « Silly love songs »…
Cook Of The House dessert l’ensemble. C’est une chanson de Linda. Elle nous dit que c’est elle qui fait la cuisine, quels ingrédients elle utilise, tout ça…Les invités apprécient ses petits plats, OK…Elle fait de la salade, du riz, des haricots verts. Y ajoute du poivre, de l’ail, du curry. Elle est végétarienne et a l’air d’apprécier les plats épicés, mais tout cela est bien anecdotique. Time To Hide, de Denny Laine, a l’air d’une chanson de fugitif, comme l’était Hey Joe. Supplique à une petite amie pour qu’elle accepte de cacher le fuyard. Hey Joe était une chanson de criminel en cavale. San Ferry Anne, petite mélodie intimiste. Une de ces petites miniatures comme seul Paul sait en réaliser. Cependant, dans l’ensemble, c’est un album mineur. La magie n’a pas vraiment disparu, mais elle s’est drôlement estompée.
Wings Over America
Les Ailes à la conquête de l’Amérique. Ce triple album n’est guère convaincant. Mais c’est la première fois que Macca ose s’attaquer au répertoire des Beatles. Lady Madonna, I’ve Just Seen A Face, Blackbird, et même le mythique Yesterday, sa chanson-fétiche. Ce « live » est trop copieux (six faces…). Les versions studio sont meilleures que celles proposées ici. Il y a bien la reprise de Go Now par Denny Laine, mais elle ne vaut pas l’originale des Moody Blues (qui, à l’époque, ne faisaient ni dans le satin blanc ni dans la soupe).
Mull of Kintyre (novembre 1977).
« Oh, cette brume qui vient de la mer ! Mon plus grand désir c’est de vivre ici. J’ai voyagé bien loin, j’ai vu tant de choses. Mais je reviens toujours chez moi, au Cap de Kintyre ».
Cette belle chanson sur la terre natale, ce fut le plus gros succès des Wings. Ce fut un hit international. Jamais on n’avait vu de telles ventes. Le texte et la mélodie en sont soignés. Heureux qui comme « Macca » a fait un beau voyage, puis s’en est retourné vivre entre ses parents le reste de son âge… Le même mois, une video sera filmée avec the Campbeltown Pipe Band, formation celtique de cornemuseux.
London Town (fin mars 1978).
1978. Pochette urbaine, en contraste avec celle du premier Wings, écolo et marécageuse. Retour en forme. Le dernier grand Wings.
London Town. Les paroles se poétisent. Cela ressemble à du Donovan. Paul y évoque de petites anecdotes de la vie quotidienne. « Purple afternoon » sent le crépuscule. « Un après-midi violet, comme je marchais dans la rue, je fus accosté par un aboyeur (un bonimenteur) jouant une petite mélodie sur sa flûte. La pluie d’argent tombait sur le sol sale de Londres. Les gens passent devant moi, dans une rue imaginaire. Les gens ordinaires, impossible de les rencontrer. Tenant des conversations toujours inachevées », « that are always incomplete ». Une allusion aux intermittents du spectacle : « A nouveau au chômage, l’acteur divertit sa femme, toujours avec les vieilles histoires de sa vie sans grand intérêt. Peut-être en rajoute-t-il, peut-être exagère-t-il les problèmes et les difficultés », (« May be he exagerates the trouble and the strife »).
Café On The Left Bank. C’est un « Medium rock beat ». Une grande réussite. Les accords et la mélodie sont absolument extraordinaires. C’est digne d’une chanson des Beatles. Il s’agit de l’un des textes les plus intéressants et les plus personnels de McCartney, qui a rarement eu le talent de parolier d’un Lennon. Il semble y relater de lointains souvenirs d’un séjour à Paris, sa découverte de la capitale au début des années 60, en compagnie de John et George, avant que les Beatles ne soient les Beatles, ou lors de leur premier passage à l’Olympia. Sa fascination devant ce Paris d’autrefois. De Gaulle passant à la télé, et les « téléspectateurs » collés à la vitrine du magasin d’électroménager. On a connu de telles scènes au début des années 60. Tout le monde n’avait pas la télé. C’était encore un objet de luxe. On allait dans les halls des quotidiens, ou devant les devantures des commerçants, pour voir des images en noir et blanc. « Tiny crowd of French men round a TV shop, watching Charles de Gaulle make a speech ». La vie nocturne l’a fasciné : « Dancing after midinight ». En Angleterre, on se couche bien plus tôt. Dans les bars on vous sert du café, du pain et des croissants : « Continental breakfast in the bar ». Les gens y parlent trop fort, loin de la discrétion typiquement britannique : “English speaking people, drinking German beer, talking far too loud for their ears”. Sublimation évidente. Dans les petits bistrots du Quartier latin, on boit du vin ordinaire. La vie y est douce et décontractée, toutes les filles y sont jolies… « Touching all the girls with your eyes »
I’M Carrying. L’amoureux transi est de retour. « Dès les premières lueurs de l’aube, je reviendrai vers ton appartement, avec mon oeillet caché par mes paquets »
Backwards Traveller. Cette chanson, très courte, est une réussite complète. C’est le thème de l’Odyssée. Ulysse, héros du retour. « Je suis le voyageur du retour, le démêleur de laine, navigant sur des chansons, faisant voile vers la lune ». Ces images peuvent faire songer au « Crystal Ship », des Doors. Macca s’embarque à bord du Hollandais Volant.
Cuff Link. Instrumental. Rock au rythme modéré (« moderately slow Rock beat »).
Children Children. Baisse de régime. La mélodie est un peu facile, mais c’est du Denny Laine (cosigné McCartney-Laine).. Macca lâche la bride, lâche du lest. Wings se démocratise. On a affaire à un vrai groupe. Chacun y va de sa petite chanson. Les paroles en sont douces et gentillettes. Mignardes. « Je connais une petite cascade, un petit endroit magique, où nous pourrons jouer et regarder les poissons nager. Les enfants, les enfants, où êtes-vous passés ? Cachés dans la forêt ? Jouant sous la pluie ? J’espère que vous n’êtes pas trop loin et que vous reviendrez me voir. Je sais où il y a une fée qui nous invitera à prendre le thé, mais elle ne me laissera pas entrer tout seul, il faut que vous veniez avec moi. » OK…
Girlfriend. L’un des sommets de l’album, une mélodie très haute, très difficile à chanter. « Petite amie, je vais en parler à ton petit ami. Dis-lui exactement ce que tu fais, ce que tu me fais, tard dans la nuit, quand le vent est libre. Nous devons lui dire que tu seras seulement ma petite amie, la mienne, jusqu’à ce que la rivière arrête de couler, jusqu’à ce que le vent ne veuille plus souffler, jusqu’à les fleurs arrêtent de pousser, jusqu’à ce que les océans se changent en banquise. » I’ve Had Enough est plus énergique. C’est un rock viril.
Back To The Egg (juin 1979).
Le morceau le plus marquant de cette période, c’est bizarrement B-Side d’un single, Goodnight Tonight, (avril 1979), qui ne figure pas sur l’album. Gros succès dans les boîtes de nuit, grâce à la version « 12 pouces », la version du maxi. En cela, McCartney est un précurseur des années 80, où fleuriront d’excellents maxi singles, avec des versions à rallonge de « Fade To Grey », « A Forest », « I’m A Wonderful Thing Baby », etc.
Pochette étrange. A la fois SF et onirique. Ce n’est pas une photo mais une peinture hyper réaliste. Elle relève du « steampunk », à cause du décalage entre ces cosmonautes habillés en « tous les jours » (s’agit-il d’extra-terrestres ?) et l’ameublement étrange et désuet de ce vaisseau spatial. On est intrigué par cet éclairage insuffisant, ces appliques murales qui ne diffusent qu’une vague lumière intimiste, jaune orangé, cette fausse cheminée, dont la présence est incongrue dans une navette spatiale. Au troisième plan, une statuette du « Greatest Hits » des Wings se dresse sur ce manteau. Nos astronautes, l’air absorbé et pensif, contemplent notre bonne vieille terre.
Cette image a un aspect Stanley Kubrick, « 2001 ». Habile montage qui consiste à changer les motifs du tapis en « vue de l’espace », point de vue de Sirius. Les Wings contemplent ce qu’Hendrix appelait magnifiquement « le troisième Caillou à partir du soleil ». Third Stone From The Sun…
La carrure de Paul s’encadre dans l’âtre noir de la cheminée. Linda, le menton dans la main, a une attitude particulièrement pensive. Denny Laine a une pâleur spectrale, un teint blême. Back To The Egg. D’autres images évoquent dans un coquetier de luxe une sorte d’œuf primordial ou un œuf de dinosaure. Le premier œuf de la première créature, le mythe des Origines.
Le titre indique une tendance au retrait, un repli sur soi, une goût pour la claustration (« happiness is in homeland » chantait Macca sur l’album précédent) après les tournées internationales, Wings in America, l’expansion du groupe « en cavale » autour du monde. « Cattle beware of snipers » (Getting Closer). Injonction. « Troupeau, fais attention aux tireurs isolés ». Rockestra Theme. Instrumental. Mot-valise (rock+orchestra). After the Ball/Million Miles. « Quand je suis arrivé, j’ai regardé autour de moi, mais la pièce était pleine d’étrangers, pas un visage ami, plus tard je me suis réveillé, la fête était finie, mais toi tu étais là, prête à m’emporter ».
Winter Rose/Love Awake. « Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise » disait déjà Agrippa d’Aubigné. « Now the snow is on the ground ». Le clip illustre les paroles. On voit Paul et Linda faire du cheval dans la neige. Album inégal cependant. Loin des sommets de Band On The Run.
Derniers singles : « Old Siam, Sir » (juin 1979), extrait de l’album. Wonderful Christmastime, en décembre 1979, une belle chanson de Noël. Le B-Side est une reprise, vaguement « reggae », d’un traditionnel, « Le petit renne au nez rouge » (« Rudolph The Red Nosed Reggae »). Mais « Coming Up », en avril 1980, ce sera sans les Wings.
J’ai écrit cet article pour « réhabiliter » les Wings. Y suis-je parvenu ? On est tellement plat quand on veut parler de McCartney... J’en ai bien conscience. Qui pourrait trouver les termes exacts ? Des écrivains ont su parler des Stones (François Bon), de la musique psyché (Alain Pire), de Neil Young (Houellebecq). Mais de McCartney ? Personne. Pourquoi ? Est-ce ineffable, éthéré, trop proche de nous, trop évident ? I really don't know…
Paul a écrit des mélodies capiteuses, qui vous poursuivent longtemps. C’est son principal mérite. De la “muzak,” ça ? Vous n’y êtes pas. The sound you make is so sweet to my ears. Voilà ce qu’aurait dû dire ce cher vieux John Lennon. Sans rancune pourtant.
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Quel commentaire ! Walpurgis ne ménage pas sa peine et son talent pour rendre hommage à un très grand musicien et très grand parolier.
Félicitations à l'un et à l'autre, à l'artiste et à l'amateur !
Félicitations à l'un et à l'autre, à l'artiste et à l'amateur !
je l'aime bien celle ci!
heu sinon c'est peut être complet mais c'est touffu hein ?
heu sinon c'est peut être complet mais c'est touffu hein ?


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walpurgis
publié le 7 sept. 06