Ça commencerait comme ça. Avec la supposition de la chaleur. Tu imagines qu’il ferait dans les 28° degrés dans l’appart – malgré la clim qui ronfle à donf – et tu imagines aussi que le chergui est un vent très sec qui souffle depuis l’Atlas et rend légèrement fou. Ensuite, il te reste juste à admettre que me viendrait l’idée d’ouvrir le bac à glaçons et d’avaler un remontant. Quelque chose de doux qui cogne un peu, mais pas trop – tout en cognant quand même suffisamment.
De mon côté, les conditions sont réunies. Le verre est posé devant moi, sur la table, couvert de condensation ; j’écoute une sorte de jazz pour me la jouer frime. Et là, très simplement, je te demande si tu veux jouer à North by Nortwest avec moi.
Tu me réponds quelque chose comme oh oui, chic alors. Tu ajoutes que ça tombe bien, et en même temps tu te dis que ça va peut-être faire des jalouses sur pécécé. C’est inévitable, que veux-tu. Elles sont archi-mignonnes mais pour ce coup-là, désolé les filles, tous les rôles sont distribués. Quand on se connaîtra un peu mieux on jouera aussi. Celui-là, c’est un spécial Grenadine, pour nos bientôt un an sur pécécé. Sur ce, c’est parti. Générique. On peut faire gueuler le lion de la MGM.
Ce serait un enchaînement implacable où, case après case, je me retrouverais dans la mélasse jusqu’en haut du cou. Scène d’ouverture dans le hall d’un grand hôtel, où j’ai un rendez-vous d’affaires. Je porte un costume gris clair, Prince de Galles coupe croisée si je pouvais choisir. Il y aurait une rangée de cabines téléphoniques, qui me ferait penser que j’ai un appel passer. Et là, juste au moment où je viens de raccrocher, deux très sales gueules me colleraient la main sur le paletot. Ils me prendraient pour un certain George Kaplan, que je ne suis pas. Non je ne suis pas ce monsieur Kaplan puisque mon nom est Roger O. Thornhill. Ils me forceraient à les suivre sans me laisser d’autre choix que celui d’obtempérer – et pas un mot, monsieur Kaplan.
Je saute quelques scènes, pressé que je suis de faire ta connaissance. Après m’avoir forcé à écouter un tas d’absurdités, ces vaches me forceraient à descendre une bouteille entière de Glennmorangie, bien que personnellement je préfère de très loin le Lagavulin, voire le Laphrohaig. Puis ils me flanqueraient dans une bagnole, persuadés de m’avoir rincé, de m’avoir mis la dose qui fait prendre les virages pour des lignes droites. Ensuite, mon honorable mère très déjantée refuserait de croire qu’on a voulu kidnapper son grand dadais de fils, tout ça - je raccourcis - pour en arriver à un meurtre commis sous yeux, meurtre dont on me croit coupable et qui me vaut d’avoir ma photo en première page du journal. C’est pour ça que je suis dans le train, sans billet, avec des lunettes de soleil. J’ai la police aux fesses et je dois prendre le large. Accessoirement, j'ai aussi un sérieux reste de hangover.
Dans un couloir de wagon de première classe, je t’aperçois pour la première fois. Tailleurs gris émeraude demi-saison, coupe fin des années cinquante, petit sac à main pochette, blonde, impeccable, un peu glacée, distinguée et tellement mystérieuse. Les flics me cherchent dans tous les compartiments mais toi tu as la bonté de les envoyer dans la mauvaise direction. Une très chic fille, donc.
On se retrouve dans le wagon restaurant. A la même table. J’ai l’air d’un type dépassé par les événements mais j’assure quand même comme une bête mon image de séducteur, c’est un minimum. Tu te la joues un peu distante pour commencer, tu fumes une longue cigarette tout en lisant quelque chose de très sérieux – James Joyce ou le Wasington Post, au choix. Je ne sais pas que tu es une espionne séductrice. Ni que tu connais mon point faible. Pour me faire tourner la tête, me désarmer, tu me montres des photos d’animaux. Celle qui tape dans l’œil, c’est ton petit moineau tombé du nid. Et je craque complètement quand tu me dis qu’il s’appelle Spoutnik. Toi, tu es très émue quand je te parle de mon souriceau Tallulah qui est une petite chose insolente couleur marron glacé. Tallulah, comme Bankhead. Je suis subjugué, en quelque sorte. J’ai de furieuses raisons de supposer que cette histoire va se poursuivre dans une chambre d’hôtel, avec un petit prélude dans ton compartiment couchette, où je vais décoiffer ton brushing – si je peux me permettre, si bien sûr tu n’as rien contre, et en oubliant évidemment qu’aux blondes dans la vraie vie je préfère les bruns.
Et ça ne loupe pas. Je me trompe rarement quand j’ai ce gente d’intuition. Mais, ayant peu l’expérience des espionnes - à part X-27 - je tombe dans le piège que tu me tends, qui consiste à me rendre à un mystérieux rendez-vous sur une route de campagne déserte, en bordure d’un champ de maïs. Tout le monde connaît la scène. Donc je passe.
On se retrouve à la salle des ventes, où je te dis comme ça que j’ai compris ton manège et tes manigances. Tu es une espionne monstrueuse, une créature perverse qui a tout fait pour qu'un avion me réduise en bouillie. Je suis très très méchant avec toi parce qu’il y a un type à tes côtés - le genre protecteur fortuné. En plus d’être indiscrète, tu te fais entretenir. Le comble. Lui, c’est le chef des espions – et j’ignore qu’en te parlant de la sorte je te mets en danger.
Et puis j’apprends la vérité. En fait, tu n’es pas une espionne. Tu es un agent du bon côté. On nous arrange une petite entrevue à deux dans une forêt de séquoias et après, pour noyer le poisson, il y a cette simulation de querelle d’amoureux dans la cafétéria face au Mont Rushmore. Tu dois me descendre d’un coup de révolver – Grenadine, déconne pas STP. Vérifie que ton pétard est chargé à blanc. Pan, je suis par terre.
Et c’est déjà la fin. Toi et moi on court à perdre haleine. Le final de Bernard Herrmann est grandiose. Tu portes ta belle robe orange, on n’a pas fait mieux pour marcher sur le nez d’un président. Désolé, ma fille, il faut me virer ces talons aiguilles. Si, j’insiste. Je t’en achèterais d’autres, des douzaines de paires quand tu seras ma femme, tu t’entendras bien avec Maman, mais là il faut que le salop arrête de m’écraser les doigts. Je ne vais pas te lâcher ma douce. Non jamais. Je te hisse. Bon dieu cette crampe et la grimace que je tire. Encore un petit effort. On y est presque, Eve, future madame Thornhill, et la suite est strictement confidentielle.
De mon côté, les conditions sont réunies. Le verre est posé devant moi, sur la table, couvert de condensation ; j’écoute une sorte de jazz pour me la jouer frime. Et là, très simplement, je te demande si tu veux jouer à North by Nortwest avec moi.
Tu me réponds quelque chose comme oh oui, chic alors. Tu ajoutes que ça tombe bien, et en même temps tu te dis que ça va peut-être faire des jalouses sur pécécé. C’est inévitable, que veux-tu. Elles sont archi-mignonnes mais pour ce coup-là, désolé les filles, tous les rôles sont distribués. Quand on se connaîtra un peu mieux on jouera aussi. Celui-là, c’est un spécial Grenadine, pour nos bientôt un an sur pécécé. Sur ce, c’est parti. Générique. On peut faire gueuler le lion de la MGM.
Ce serait un enchaînement implacable où, case après case, je me retrouverais dans la mélasse jusqu’en haut du cou. Scène d’ouverture dans le hall d’un grand hôtel, où j’ai un rendez-vous d’affaires. Je porte un costume gris clair, Prince de Galles coupe croisée si je pouvais choisir. Il y aurait une rangée de cabines téléphoniques, qui me ferait penser que j’ai un appel passer. Et là, juste au moment où je viens de raccrocher, deux très sales gueules me colleraient la main sur le paletot. Ils me prendraient pour un certain George Kaplan, que je ne suis pas. Non je ne suis pas ce monsieur Kaplan puisque mon nom est Roger O. Thornhill. Ils me forceraient à les suivre sans me laisser d’autre choix que celui d’obtempérer – et pas un mot, monsieur Kaplan.
Je saute quelques scènes, pressé que je suis de faire ta connaissance. Après m’avoir forcé à écouter un tas d’absurdités, ces vaches me forceraient à descendre une bouteille entière de Glennmorangie, bien que personnellement je préfère de très loin le Lagavulin, voire le Laphrohaig. Puis ils me flanqueraient dans une bagnole, persuadés de m’avoir rincé, de m’avoir mis la dose qui fait prendre les virages pour des lignes droites. Ensuite, mon honorable mère très déjantée refuserait de croire qu’on a voulu kidnapper son grand dadais de fils, tout ça - je raccourcis - pour en arriver à un meurtre commis sous yeux, meurtre dont on me croit coupable et qui me vaut d’avoir ma photo en première page du journal. C’est pour ça que je suis dans le train, sans billet, avec des lunettes de soleil. J’ai la police aux fesses et je dois prendre le large. Accessoirement, j'ai aussi un sérieux reste de hangover.
Dans un couloir de wagon de première classe, je t’aperçois pour la première fois. Tailleurs gris émeraude demi-saison, coupe fin des années cinquante, petit sac à main pochette, blonde, impeccable, un peu glacée, distinguée et tellement mystérieuse. Les flics me cherchent dans tous les compartiments mais toi tu as la bonté de les envoyer dans la mauvaise direction. Une très chic fille, donc.
On se retrouve dans le wagon restaurant. A la même table. J’ai l’air d’un type dépassé par les événements mais j’assure quand même comme une bête mon image de séducteur, c’est un minimum. Tu te la joues un peu distante pour commencer, tu fumes une longue cigarette tout en lisant quelque chose de très sérieux – James Joyce ou le Wasington Post, au choix. Je ne sais pas que tu es une espionne séductrice. Ni que tu connais mon point faible. Pour me faire tourner la tête, me désarmer, tu me montres des photos d’animaux. Celle qui tape dans l’œil, c’est ton petit moineau tombé du nid. Et je craque complètement quand tu me dis qu’il s’appelle Spoutnik. Toi, tu es très émue quand je te parle de mon souriceau Tallulah qui est une petite chose insolente couleur marron glacé. Tallulah, comme Bankhead. Je suis subjugué, en quelque sorte. J’ai de furieuses raisons de supposer que cette histoire va se poursuivre dans une chambre d’hôtel, avec un petit prélude dans ton compartiment couchette, où je vais décoiffer ton brushing – si je peux me permettre, si bien sûr tu n’as rien contre, et en oubliant évidemment qu’aux blondes dans la vraie vie je préfère les bruns.
Et ça ne loupe pas. Je me trompe rarement quand j’ai ce gente d’intuition. Mais, ayant peu l’expérience des espionnes - à part X-27 - je tombe dans le piège que tu me tends, qui consiste à me rendre à un mystérieux rendez-vous sur une route de campagne déserte, en bordure d’un champ de maïs. Tout le monde connaît la scène. Donc je passe.
On se retrouve à la salle des ventes, où je te dis comme ça que j’ai compris ton manège et tes manigances. Tu es une espionne monstrueuse, une créature perverse qui a tout fait pour qu'un avion me réduise en bouillie. Je suis très très méchant avec toi parce qu’il y a un type à tes côtés - le genre protecteur fortuné. En plus d’être indiscrète, tu te fais entretenir. Le comble. Lui, c’est le chef des espions – et j’ignore qu’en te parlant de la sorte je te mets en danger.
Et puis j’apprends la vérité. En fait, tu n’es pas une espionne. Tu es un agent du bon côté. On nous arrange une petite entrevue à deux dans une forêt de séquoias et après, pour noyer le poisson, il y a cette simulation de querelle d’amoureux dans la cafétéria face au Mont Rushmore. Tu dois me descendre d’un coup de révolver – Grenadine, déconne pas STP. Vérifie que ton pétard est chargé à blanc. Pan, je suis par terre.
Et c’est déjà la fin. Toi et moi on court à perdre haleine. Le final de Bernard Herrmann est grandiose. Tu portes ta belle robe orange, on n’a pas fait mieux pour marcher sur le nez d’un président. Désolé, ma fille, il faut me virer ces talons aiguilles. Si, j’insiste. Je t’en achèterais d’autres, des douzaines de paires quand tu seras ma femme, tu t’entendras bien avec Maman, mais là il faut que le salop arrête de m’écraser les doigts. Je ne vais pas te lâcher ma douce. Non jamais. Je te hisse. Bon dieu cette crampe et la grimace que je tire. Encore un petit effort. On y est presque, Eve, future madame Thornhill, et la suite est strictement confidentielle.
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
que tu as la classe de Cary Grant ! E.M Saint l'héroïne hitchcockienne par excellence, je ne lui ressemble pas du tout, même si j'admire cette élégance très fifty's.
Sinon j'adore les préludes dans le train
cet Alfred quel coquin tout de même ...
Happy birthday too honey !
Sinon j'adore les préludes dans le train
Happy birthday too honey !
comme ça. Si tu le connais, takaluidire. Un vrai petit coeur...
c'est un bonnet de Barbie Turik d'aboreuh 

bien sûr !
dans les marches du passage Pommeraye.... Pffff. Mais je crois qu'elle n'aimait pas assez le cinéma pour tourner plus de fims qu'elle n'en a fait. Il fait quel temps en France sinon ?
le personnage principal vieilissant incarné par Burt Lancaster, évoque des souvenirs d'enfance, sa mère qui s'assoit sur un canapé relève sa voilette et c'est le merveilleux visage de Dominique Sanda qui apparaît...
Je ne sais même plus si elle a réellement un chapeau avec une voilette, mais c'est comme ça que je me la rappelle...
Je ne sais même plus si elle a réellement un chapeau avec une voilette, mais c'est comme ça que je me la rappelle...
Je viens de voire les Fizzi-Contini et le Conformiste, deux films où elle termine très mal....
Fanny Ardant, la belle brune du cinéma français (la plus belle blonde étant pour moi Dominiqua Sanda)...
Et puis, j'ai hâte de voir entrer en scène Brian Trintignant !
Et puis, j'ai hâte de voir entrer en scène Brian Trintignant !
C'est plus qu'un petit lien.
Je te ferai un spécial pour toi, soit "Vivement Dimanche" où tu seras en Fanny Ardant. A moins que tu préfères Ocean's Eleven, pour être avec l'un de ces messieurs.
Sinon, as usual, lien ver mon blog. COmmencer par rubrique "mode d'emploi" :
http://kranzler.over-blog.com/
Je te ferai un spécial pour toi, soit "Vivement Dimanche" où tu seras en Fanny Ardant. A moins que tu préfères Ocean's Eleven, pour être avec l'un de ces messieurs.
Sinon, as usual, lien ver mon blog. COmmencer par rubrique "mode d'emploi" :
http://kranzler.over-blog.com/
j'ai oublié de te dire qu'avec ton peti bonnet de Santa Klaus, tu es irrésistible. Tu le sais ? Ben je te le dis.
exprime-toi si tu as quelque chose à dire.
04/08/08 à 11h41
... il sera hors-sujet ? Je préfère le savoir de suite parce que...


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brianRobert
publié le 4 août 08