la rencontre par affinités culturelles

  1. Rencontre des femmes et des hommes qui partagent vos passions.
  2. Créez vos listes d'oeuvres et d'artistes préférés
    parmi + de 2 millions de références.
  3. Partagez vos goûts, émotions, réactions en cinéma, musique, lecture, médias.
Grandir
 Grandir
rediger un nouveau commentaire sur Souvenirs d'enfance : Le Château de ma mère
catégorie : tranche de vie
corps du commentaire en taille petitecorps du commentaire en taille moyennecorps du commentaire en taille grandeimprimer ce commentaireenvoyer ce commentaire à un ami


Le jeudi avant Pâques, il y a six ans. Le tout début d’après-midi. Beaucoup de vent, le ciel d’un bleu que je ne peux même pas regarder – trop net, trop franc, trop je ne sais pas quoi.

Je devrais être au bureau. Au lieu de ça je bronze. Je grille une énième cigarette assis sur les marches en plein soleil. A côté de moi, des infirmières qui clopent aussi. Je pense que je pourrais écrire un livre sur les hôpitaux. J’appelle mon patron. Je lui dis où je suis. Je lui dis que je suppose que c’est la fin, j’ajoute que je ne vais pas venir travailler cet après-midi parce que ça n’aurait pas de sens. Absolument aucun, après ce que je viens de voir, et à cause de ce que je pressens maintenant. Il connaît bien l’histoire depuis quatre ans qu’elle dure. Il me répond qu’il n’y pas de souci.

Elle est tellement épuisée que j’ai dû abréger ma visite. A peine dix minutes. Pas la peine de me faire un dessin. Si elle vient d’être transférée dans une chambre à une seule place, il y a une raison. Pas pu rester plus de dix minutes. Elle m’a demandé d’approcher d’elle le boîtier de commande qui permet de régler l’inclinaison du lit. Elle s’est mise dans la position du sommeil. Je suis parti sans faire de bruit.

Elle ne me l’a pas dit avec des mots mais le message est passé. Ceci est le dernier jour où j’ai une mère. Elle veut aller seule jusqu’au bout de la route. Tout l’après-midi, le même ciel bleu. J’habite à une heure de route de l’hôpital. Je sais que c’est fini et cette distance-là me fait du bien. Elle veut être seule. Je ne voudrais pas être à côté. Alors c’est bien. J’ai deux ou trois conneries à faire pour me vider l’esprit. Je taille le lierre et le sureau, ça m’empêche de penser que j’ai envie de me taper la tête contre les murs. La cisaille obéit parfaitement. Jamais eu autant d’énergie. Je casse le manche du balai en faisant le ménage, et je pète diversement les plombs.

J’ai un téléphone qui a une sonnerie mélodieuse. C’est elle qui me réveille à une heure du matin. Les chiffres rouges sur le cadran de la radio. Pas la peine de me dire. Je sais que c’est ça, je pourrais presque me dispenser de décrocher. L’infirmière en chef, une femme qui a des tonnes de métier. Une voix amicale, douce – en fait, la plus aimable que j’aie jamais entendue. Elle me dit qu’elle a trouvé mon nom et mon adresse sur un papier posé sur la table de chevet. Mais il n’y avait pas de numéro de téléphone. Et je ne suis pas dans l’annuaire. Alors elle a regardé sur le minitel. Des fois il y a des cas d’homonymie. Elle doit vérifier. Est-ce que j’ai un lien de parenté avec madame Louise C, qui est hospitalisé dans son service ? Je lui dis que suis son fils, et que je ne suis pas étonné. Et elle poursuit, très simplement. Voilà, elle nous a quittés. Elle avait demandé qu’on lui enlève la sonde qui la gênait trop, c’était un choix. Je peux venir quand je souhaite. Même en pleine nuit, mais il faudra que j’entre par les urgences. Et est-ce qu’elle doit réveiller mon père. Non, je veux être le premier. Je me rendors, juste pour deux heures. Pour être plus frais.

Et j’y vais. Elle porte une chemise de nuit bleue à petites fleurs blanches. Je ne l’ai jamais vue si petite, si vulnérable. Elle n’a plus aucun relief. Je lui parle doucement. Je m’assois à côté d’elle comme si elle dormait. Je n’ai pas peur. Il est cinq heures du matin. C’est fini, je ne porte plus officiellement plus de culottes courtes.
réactions : 25
lectures : 1415
votes : 17
Publier sur   Partager sur Wikio  Partager sur Scoopeo  Partager sur Digg  Partager sur Facebook  Partager sur Google  Partager sur Technorati  Partager sur del.icio.us  Partager sur blogmarks 
Voici les 25 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 02/09/08 à 23h29
Ma mère, ma Terre d'origine. Ma mère, mon jardin secret pour les jours pluvieux et sans rires. Ma mère, ma vie. Première image du monde, premiers bras réconfortants, premières paroles sorties comme par instinct et qui font chaud au cœur. Ma mère, une photo noir et blanc avec un large sourire qui accueille tout de moi. Pour mes naufrages insignifiants de ma petite vie. Ma mère, ma vie. Ma mort aussi.
 01/09/08 à 17h21
"le baiser à une princesse" ! et bien pourquoi pas ... en guise d'attention amicale Cavalier .... le signe d'une Renaissance ...., il est bon d'exprimer son chagrin ... les héros aussi en ont ... cela ne les empêche pas de chevaucher vers leur destin avec courage ...

J'ai bien aimé ta conclusion .... "breton que je suis, je sais quand le vent est plus fort que moi" : une extrème sagesse ....
Biz et à plus ...
 31/08/08 à 21h11
brianRobert
J'aime bien ce que tu dis. je t'embrasse sur la bouche, d'ailleurs, que tu permettes ou pas. Cavalier, je suis. La bonne éducation, le tact, fait chier des fois.
. Et j'écoute en ce moment une très belle musique d'un film magnifique. En général, je tiens bien droit face au vent. Mais quand j'ai envie de ployer et de dire que ça fait mal, je me fait pas chier. Je le dis. Je le dis pas souvent, mais quand je le dis, je le dis, et là je viens de le dire. Et quand c'est dit, c'est dit. On n'est pas un héro tous les jours. J'assume complètement d'avoir les boules de temps en temps. Soupape. Et après, je me redresse.

Et pour conclure : Breton que je suis, je sais quand le vent est plus fort que moi. Toujours savoir ça.
que nous recevons comme un présent, une sorte de cadeau précieux et unique que l'on peut partager .....

Cette lumière qui irradie nos souvenirs, cette chaleur que l'amour transmet restera à tout jamais dans nos mémoires ..... : nous ne serons donc pas "orphelin" lorsque le temps décidera du "départ" .... !

Le bonheur que nos échanges ont pu apporter, les joies et les souffrances cotoyées, l'écoute ... en fait ... l'instant où nous sommes deux resteront gravés sur les chemins que nous emprunterons ....

Grandir ... oui, grâce aux "éléments de force" qu'elle a su mettre en toi , qui aujourd'hui te font dire "officiellement plus de culottes courtes" :

cette impression de Valeur qui t'a fait avancer et qui te font découvrir enfin, le vrai sens de la vie, ..... la liberté de continuer : avec sa tendresse qui a su te protéger sans t'empêcher d'avancer en te donnant le "goût" d'avancer avec elle et .... sans elle !"

En parler .... pouvoir en parler est déjà un pas vers une nouvelle vie à construire .... en gardant dans un coin de son coeur, ce trésor d'amour : le souvenir affectueux et tendre de sa maman ....

Bonne route .... et à + *****

L'AVC de papa(com précédent),et à peu près à la même époque le décès de maman, il y a 6 ans déja...
Six ans plus tard, tu en parles: c'est que ça devait te travailler.
Orphelin, ça se digère...mais ça prend du temps.
Je ne parlerai pas de moi, mais si je réagis c'est qu'il y a des résonnances...
Toute ma sympathie.
 31/08/08 à 04h36
Une belle chanson de Linda Lemay à écouter intitulée "Une mère"
c'est très bien.
 30/08/08 à 21h50
brianRobert
Simples préparatifs de voyage, de déménagement, de bateau, Je sais pas faire les Simey, mais je smile.
 30/08/08 à 21h11
brianRobert
Oui, merci, belle chanson.

Et Merci à tous autres. je peux pas le dire individuellement, mais faîtes comme si. Sinon, ça va très bien. C'est une période de péparatifs.
Et puis, c'est ma manière à moi de rendre hommage à celle qui fut, est, et restera ta maman.
http://www.youtube.com/watch?v=55qf3GOOCmM
Ah ! un dernier mot : merci.
 30/08/08 à 20h21
Pas de pathos, pas d'affèteries, encore une fois. A la fois pudique, fort et juste. Merci.
 30/08/08 à 20h03
ces moments là, même bien des années après, on les oublie pas.
on se souvient des détails comme si c'était hier, et pourtant c'est si loin déjà, une autre vie presque
Pas de pathos, c'est un événement douloureux mais somme toute naturel .
Beaucoup de dignité dans cette fin de vie .

La dernière phrase, montre que cette étape te rend adulte .

Récit humain où transparait une certaine philosophie de vie .
Parfois, on peut réagir en ce recroquevillant davantage. Vous avez affronté ce scandale qu'est la mort de votre mère avec un courage et une énorme pulsion de vie.
 30/08/08 à 18h00
question qui me taraude : Louise C était vraiment le nom de votre maman???
truc con et cucul à souhait mais quand même...(l'émotion doit elle être réservée uniquement aux grands esprits???)
 30/08/08 à 17h47
 30/08/08 à 17h36
vous dites les choses simplement, avec beaucoup de sensibilité
Quel que soit l'âge où on perd nos parents, on se sent orphelin...
 30/08/08 à 17h08
*****