Julien était un bel homme mais sans éclat, rien qui attirait . Sa timidité maladive mettait sous le boisseau tous ses reliefs , son extrême sensibilité . Il passait inaperçu . Longtemps il aurait voulu être transparent . Pourquoi cette timidité-tumeur s’était elle installée , il n’aurait su vraiment le dire .
La solitude , sa compagne de misère longtemps jalouse et tyrannique, au fil du temps perdait du pouvoir sur lui, elle rapetissait . Comme un vieux chien pouilleux elle restait tapie dans un coin, surveillant d’un œil les événements.
Les jours avaient glissés leur cours , ternes, à l’ombre, ses études comme un ruisseau tranquille traversant les sous-bois frais, puis le premier emploi qui lui permettait de ne pas trop s’exposer aux contacts avec autrui , l’installa dans une pseudo-routine.
Julien avait des braises en lui qui ne demandaient qu’un souffle. Il rêvait beaucoup , de ce qui lui paraissait inaccessible à lui. Inaccessible à cause de son secret. Secret-boulet qui s’alourdissait au fur et à mesure du calendrier. Il se sentait porteur d’un handicap invisible, un analphabétisme, une honte, un mal, une lèpre, une anomalie . Il avait deux jambes et pourtant c’était un unijambiste, un cul-de-jatte, un marionnettiste sans mains, un baryton muet.
Il approchait de la quarantaine et décida que tout n’était pas une fatalité, qu’il rassemblerait toute son énergie et que l’Hercule en lui bousculerait cette montagne.
Il aimait l’écriture et se poussa à s’inscrire à un atelier d’écriture ; là il pourrait s’exprimer , confronter, découvrir l’intériorité , l’imagination qui animaient les autres.
Il fit la connaissance d’une femme de quinze ans son aînée. Elle était joyeuse, ouverte et douce. Elle l’attirait terriblement , lui le bout de bois, l’homme pétrifié, l’homme-rocher.
Au fur et à mesure des séances, ils se retrouvaient après pour parler simplement dans un troquet, échanger.
Son cœur, son corps se dilataient , il rentrait comme ivre.
Les plaques tectoniques de son for intérieur commençaient à s’entrechoquer, l’échelle de Richter grimpait à des hauteurs inconnues. L’écorce craquait avec des bruits effrayants et délicieux.
Un jour, elle lui proposa de venir voir des livres de collection qu’elle affectait. Il la suivit. Leurs mains se touchèrent au fil des pages. La nuit voila petit à petit la réalité visible ; comme naturellement leurs lèvres s’effleurèrent puis se donnèrent comme une évidence.
Un instant il se paralysa, pris son souffle puis prit le parti de faire cet incroyable saut, pari , et de leurs faire confiance : à elle, à lui, à la vie .
Au petit matin, enlacés au chaud, elle lui dit doucement :
- « Alors cette première fois ? »
Elle savait donc ! La bulle noire éclata . Il était un homme .
Elle lui prit la main puis lui dit en la caressant :
-« Maintenant, tu vas pouvoir rencontrer des femmes de ton âge et fonder une famille si tel est ton désir, ta forteresse est ouverte « .
Oui, LA VIE le traversait à grands flots, brûlant les scories, laissant la lumière inonder.
Première fois à quarante ans , nouvel homme, VIE.
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l'histoire est peut être réelle quelque part, je fais confiance à votre imagination pour voir une suite ....pas mal de paramètres ....
Demander à un homme de renoncer à la paternité définitivement c'est peut être un peu lourd ? Tout dépend de l'un et de l'autre ...
Demander à un homme de renoncer à la paternité définitivement c'est peut être un peu lourd ? Tout dépend de l'un et de l'autre ...
moi aussi, j'aurais aimé une suite... et qu'il reste avec elle. 
Même s'ils font ce qu'ils veulent.
)
Certaines personnes sont des passeurs... (passeuses ?)

Même s'ils font ce qu'ils veulent.
)Certaines personnes sont des passeurs... (passeuses ?)
Bises.


c'est sympa !!! biz!
parler de libido créative ! 

c'est pas un Picasso ce Julien
picasso lui est sans pudeur , il a pris des risque énorme ; on peut penser de lui ; quel désastre , et pourtant regarder ce qu'est picasso ; toujours en vie et roulant à toute allure ; le coupable dans tout celà : la crétion !
picasso lui est sans pudeur , il a pris des risque énorme ; on peut penser de lui ; quel désastre , et pourtant regarder ce qu'est picasso ; toujours en vie et roulant à toute allure ; le coupable dans tout celà : la crétion !
ah! il arrive parfois un peu de tendresse dans ce monde de brute ! 

un échange en feu d'artifice ... qui ne s'oublira jamais ....
Très beau ce texte ... bises allo oui et à plus tard ... *****
Très beau ce texte ... bises allo oui et à plus tard ... *****
07/10/08 à 18h43

cata : la chanson qui révèle que rien n'est simple ...Mais c'est ce qui en fait aussi le charme 

vos réactions me confirment que vous êtes ouverts, larges d'esprit et intelligents . Ce récit est une image qui met en relief les valeurs et tabous d'une société .
La virginité dans certains pays est un honneur, une fierté, pour d'autres une honte . Elle est vécue différemment si c'est une femme ou un homme et l'age .
Les pressions sociales peuvent enfermer des personnes fragilisées inutilement.
L'important n'est il pas de vivre selon ses désirs profonds, son rythme, ses valeurs propres ?
Non, rien d'autobiographique dans cette histoire , seulement des questions que je me suis posées en rencontrant certains hommes .
A chacun d'inventer le suite ... et de réfléchir au pourquoi ? La différence d'age est elle si importante ? Pourquoi ? Comment peut on souffrir à ce point du regard des autres ?
Bonne journée à vous tous !
Bien amicalement ,
M.
La virginité dans certains pays est un honneur, une fierté, pour d'autres une honte . Elle est vécue différemment si c'est une femme ou un homme et l'age .
Les pressions sociales peuvent enfermer des personnes fragilisées inutilement.
L'important n'est il pas de vivre selon ses désirs profonds, son rythme, ses valeurs propres ?
Non, rien d'autobiographique dans cette histoire , seulement des questions que je me suis posées en rencontrant certains hommes .
A chacun d'inventer le suite ... et de réfléchir au pourquoi ? La différence d'age est elle si importante ? Pourquoi ? Comment peut on souffrir à ce point du regard des autres ?
Bonne journée à vous tous !
Bien amicalement ,
M.
le délicieux séisme! le seul qui n 'ait pas de conséquences facheuses.
Joli texte agréable à lire. Merci.
Joli texte agréable à lire. Merci.
... car enfin, le laisser s'envoler, ça ne doit pas être si aisé ...
Merci pour ce beau texte plein de sensibilité sur l'ouverture au monde de la vie après tant de temps perdu au fond de soi.
Merci pour ce beau texte plein de sensibilité sur l'ouverture au monde de la vie après tant de temps perdu au fond de soi.
06/10/08 à 20h51
de cette femme à cet homme ! Texte tout en délicatesse, merci Allo-oui ! 
dépasser ses craintes, ses doutes, se "surpasser" croit-on parfois semble d'un point de vue extérieur si facile pour certain(e)s mais tu relates avec ton style toujours aussi agréable à lire, sans juger ni railler. peu importe les préjugés....il entame une nouvelle vie et va vers un nouveau bonheur. c'est tendre et plein d'espoir.
Nos amis prennent la vie du bon côté et ils ont bien raison. Ils nous font tous sourire. Mais il ne faut pas oublier que dans cette histoire très certainement vécue, le garçon a vécu l'enfer du regard des autres.
Le "elle savait" dans sa tête était peut-être un "ils savaient".
Inutile donc d'en rajouter, si ce n'est que c'est une belle histoire.
Le "elle savait" dans sa tête était peut-être un "ils savaient".
Inutile donc d'en rajouter, si ce n'est que c'est une belle histoire.
à moins que vous ne relatiez un fait vrai, ce qui m'étonnerait.
Alors, Julien va-t-il rester avec sa première conquête ou pas ?
Alors, Julien va-t-il rester avec sa première conquête ou pas ?
ne viendrons pas a bout de cette complicité ravageuse .
Maintenant qu'il a sauté la rivière, il va vouloir gambader dans la prairie, Julien, on ne peut pas lui en vouloir.

Je réagis à ce commentaire en
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allo-oui
publié le 6 oct. 08