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Barcelone, essai (?)
 Barcelone, essai (?)
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catégorie : création littéraire
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L'été passé, j’avais réussit à infléchir en ma faveur un désaccord entre adultes.
Mes cousins, trop petits pour supporter de traverser la France et l’Espagne en voiture étaient restés chez leurs grands-parents paternels. Je bénéficiais donc du statut « d’enfant unique ».

En ce mois d'août 1975, sur la terre désertique de « La Playa », premier camping au nord de la ville de Cambrils, la R5 jaune de ma tante et la R16 blanche de mon oncle, à l’arrêt, face à face, se défiaient. Ma tante exigeait que nous poursuivions jusqu’au sud d’Alicante ; mon oncle préférait faire une pause d’un ou deux jours à Cambrils.
Il disait en boucle que les embouteillages de Barcelone l’avaient épuisé, et que si ce n’était pas le cas pour ma tante, et bien il n’en avait rien à faire. Lui, pour aujourd’hui, il ne ferait plus un seul kilomètre. Elle pouvait prendre les devants, avec ma grand-mère, Mamète, et ma pomme sur le siège arrière de la R5, lui, il n’en avait rien à faire.

Pour moi, ce temps, immobile, sur l’autoroute au nord de cette ville immense, Barcelone, avait été une aventure incroyable.
J’avais 5 ans.
Je voyageais pour la première fois à l’étranger.
Mon seul intérêt consistait à tout tenter pour que la famille projette d’y retourner, peut-être une journée entière.
Et les larmes glissèrent sur mes joues et les adultes allaient devoir y mettre du leur avant que je ne leur ordonne de s’arrêter de couler.
La petite était-elle malade ? Souffrait-elle de la chaleur ? Avait-elle de la fièvre? Etait-ce le début d’un malaise ? Avec un peu d’endurance, j’avais une chance de gagner la mise.

Pour les français qui débutaient dans le tourisme, l’Espagne était souvent la première destination. Face à ceux qui, sceptiques, ne partaient jamais de chez eux et ne comprenaient pas l’intérêt d’abandonner le confort durement acquis de la maison dont ils étaient enfin propriétaire pour un morceau de tissus en guise de seul toit, une paillasse pour dormir à même le sol, et l’obligation de marcher de longues minutes pour accéder à un point d’eau courante.

Les apprentis touristes passaient leur temps à lister aux sédentaires réfractaires les avantages matériels liés au faible taux de change de la peseta. Que le pays soit encore isolé du reste de l’Europe, que les militaires prolifèrent dans les rues, sur les plages, enchaînent les arrestations, même de certains touristes, trop « court vêtus », ça, les futurs français campeurs n’en parlaient jamais.
Les certitudes des sédentaires vacillaient un peu. Un quotidien au coût cinq fois moins élevé que le leur, à 400 km de chez eux ressemblait à un coup monté, mais après tout, c’était peut-être vrai, et ils se demandaient, si eux aussi, l’été prochain, n’allaient pas se lancer dans l’aventure.

Dès que nous roulâmes sur l’immense autoroute à six voies qui traverse Barcelone, au nord, mon premier réflexe fût de guetter l’apparition des militaires qui allaient nous arrêter. Ma tante ne conduisait-elle pas sa R5 vêtue d’un simple bikini et mon oncle ne tenait-il pas son volant d’une main, et sa cigarette de l’autre, le coude en appui contre le rebord de la vitre ouverte ? Il y avait infraction. Pas de doute là-dessus. Mais rien, pas un seul représentant de l’armée à l’horizon.
La circulation était chaotique : queue de poisson, accélération, freinage intempestif, surtout de la part des taxis. Ils avaient l’allure de ceux de New York – que j’avais récemment découverts sur une page de publicité du magazine « Nous Deux » – avec leur carrosserie jaune. Mais au niveau du toit, ils étaient bizarres, comme coiffés d’un large chapeau noir qui encadraient aussi leurs vitres et leurs pare-brise. Peut-être revendiquaient-ils un deuil dont je ne connaissais pas l’origine ou leur particularité et leur appartenance seule et unique à la ville de Barcelone.

L’autoroute s’encastrait entre de hauts immeubles de brique d’un grenat clair.
Parfois il y avait des interstices et j’apercevais des ruelles latérales. Respectant le dénivelé de la montagne, elles semblaient chuter toutes vers le même point, invisible. Leurs proportions, issues d’un temps qui n’avait rien de commun avec celui des immeubles modernes de quinze étages du bord de l’autoroute, capturaient la lumière et la transformaient en ombre obscure, qui paraissait distiller un air rafraîchi des plus attirants. Ces ruelles ne divulguaient aucun volume distinct et identifiable et cela paraissait idéal pour être le repère des militaires. Ils pouvaient ainsi se camoufler, surveiller la population. Si la R5 jaune de ma tante ou la R16 blanche de mon oncle pouvaient se tromper d’itinéraire, bifurquer vers une sortie, se perdre dans ces ruelles pour que j’assiste, enfin, à l’une de ses mystérieuses arrestations dont j’avais surpris le récit, sur un ton grave, entre mon oncle et mon grand-père quelques jours avant la date de notre départ. Mais rien ne se passa ainsi. Les deux voitures continuèrent à se suivre, sans quitter l’autoroute.
Alors je me contentai d’observer ce qui était à ma portée. L’espace et la lumière ne manquaient pas. Pourtant la perspective ne pouvait pas réellement prendre son essor et mon regard butait sur le même alignement des balcons des façades du même grenat clair uniforme. Aucun habitant ne se montrait. La température dépassait les 40 degrés. Il suffisait d’être à l’arrêt, dans une voiture, toutes fenêtres ouvertes et sans un seul courant d’air pour que chaque respiration ne se transforme en suffocation. Les occupants des appartements au bord de l’autoroute avaient trouvé la solution pour à la fois trouver un peu de protection et optimiser les mètres carrés qui leur avait été octroyés : de longs stores de bois ou de plastique du même vert sombre, déployés dans le vide, fermaient leurs balcons. Cette technique, reproduite d’un appartement à l’autre, sur quinze étages de haut et sur des kilomètres de long, tenait la chaleur à distance et prodiguait aux pièces qui se succédaient une obscurité la plus étanche possible.
Peut-être que lorsque le soleil disparaitrait derrière la crête de cette montagne escarpée, visible de l’autoroute, les habitants sortiraient sous leur abri et protégés des regards, et pourtant en plein air, ils se laisseraient envelopper par une fraîcheur ténue. Peut-être resteraient-ils là, jusqu’à très tard dans la nuit et ils mangereaient en regardant la télévision et ils parleraient avec leurs voisins, et ils riraient.


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Voici les 6 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 11/10/08 à 09h00
à Barcelone.
 18/05/08 à 15h40
Langueurs_estivales
Au total les perceptions qu'on estime fondatrices de soi, il est important de les écrire, même si ohh cruelle désillusion, elles ne rencontrent pas le public dont on imaginerait qu'il puisse exister.
A 5 ans j'ai traversé l'espagne dans une ondine avec un perroquet sur la plage arrière , alors je comprends ce que tu cherches à dire !

Mais y a peu de monde qui a partagé ça lol !
 18/05/08 à 12h47
je ne sais pas si je continue mon feuilleton version espagne encore franquiste des années 70 perçue par une gosse de 5 ou 6 ans.
Seul Langueur estivales a l'air de m'y encourager...
Quand a Aragorn, toujours le mot juste. Les bordels à l'âge de 5 ans, mais bien sur!
Quand à sanata2007, je suis désolée, mais je ne souhaite pas du tout me marier bon courage quand même
Voltuan, merci de ta constance...
 18/05/08 à 01h03
je me nommejunior je suis celibatire je vie en cote d' ivoire je recherche un homme pour faire ma vie avec lui si tu as recus mon message ecris moi immediantement a mon mail traora.junior@yahoo.fr


 17/05/08 à 19h26
Langueurs_estivales
j'étais à arenis de mar avec des potes à ce moment là, mais j'avais 15 ans de plus !

Mais j'ai aussi traversé l'espagne à 5 ans , en 1959...et j'ai eu les mêmes impressions que toi.

Tume plais vachement comme fille, (pour le reste je sais pas), racontes encore stp