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Onze pétales musicales d'une rose rouge berlinoise
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28 octobre 2005 ou une journée tant attendue!

Entre 11h00 et 12h00 de ce fameux vendredi (seule plage horaire de pause du jour), je me rue dans le premier bus me conduisant du campus universitaire au centre ville. A peine entrée chez Gibert, me voilà immédiatement postée devant un présentoir inmanquable à l'entrée du magasin. L'extase commence! Toutes mes semaines d'attente et d'impatience sont enfin "récompensées" en me retrouvant finalement devant l'objet tant attendu et tant convoité que les employés sont encore en train de mettre en vente. Je fais partie des premiers clients à être là pour cette sortie légendaire. Mes yeux restent fixés sur ce bijou durant quelques secondes, j'admire les coloris et les tons et apprécie très vite l'atmosphère qui s'en dégage.
Les lettres argentées R, A, M, M, S, T, E, I, N puis R, O, S, E, N, R, O, T m'emplissent de joie. C'est alors que je sors les mains de mes poches pour saisir avec profonde émotion le dernier opus du sextette allemand. Je palpe cet album, à l'allure d'un magnifique coffret. Il s'agit de l'édition limitée de l'album "Rosenrot" (= rose rouge) de Rammstein. Ca y est, j'ai enfin entre les mains l'objet de toutes mes attentes...! Je découvre une pochette différente des coloris du précédent album sorti un an auparavant, intitulé "Reise Reise"...mais les deux jaquettes évoquent toutes les deux un accident rencontré par deux moyens de transport différents, l'avion pour l'un, le bateau pour l'autre.
On découvre au premier abord que "Rosenrot" est donc le nom du navire de la pochette...désormais épave, enneigée et gelée sur la banquise. Les couleurs sont froides, les tons de bleu et de blanc dominants. Seules deux minuscules silhouettes humaines au pied du bateau évoquent la vie.

Sur le chemin de retour sur le campus, il a évidemment bien fallu que j'ouvre avec empressement cet album.
Une fois que la pochette est entrouverte, on reste toujours dans un environnement glacial...et là, on commence à entrer dans le monde martial du groupe avec un extrait de poème du chanteur Till Lindemann, inscrit sur la partie gauche de cette édition collector :
"Geboren in Bedrängnis
Und an eine Sau gelegt
Den Zitzen zum Verhängnis
Milch in beiden Ohren
So offen Ärgernis erregt
Gealtert in Vergängnis
Tod sei dank nicht neugeboren. (aus "Tod nach Noten", von Till Lindemann :)) )"
Lorsque le coffret est complètement ouvert, le paysage est plus que jamais enneigé, aucune végétation à l'horizon....et désormais plus aucune présence humaine, si ce n'est peut-être un château (qui, personnellement, m'évoque celui de de Neuschwanstein) qui montre une petite implantation de l'Homme. Et là, au beau milieu de cet environnement hostile, glacial et mystérieux, apparait le CD en question, accompagné d'un DVD de 14 minutes et 59 secondes précisément. Les deux disques sont eux aussi bleus et blancs...une belle part d'intrigue. Voilà qui apporte du changement si l'on considère l'énorme recherche de leur concerts, époustouflants avec tous les effets pyrotechniques, nombreux et impressionnants...que je conserve bien en mémoire depuis leur tournée 2005 "Reise Reise".
Comme c'est de coutume chez Rammstein, l'album se compose encore une fois de 11 titres : telle est la "tradition".
Le livret inclus dans le coffret fait place à de curieuses photographies des membres du groupe et de paysage des continents arctiques....

Enfin de retour chez moi à la fin de la journée, c'est le ventre vide que je me précipite sur ma chaîne hifi pour y déposer la galette.


Le premier titre démarre : il s'agit de "Benzin" (= essence), puissant avec des vocaux envoûtants, dans la plus pure tradition de Rammstein. Till nous enflamme avec son "Gib mir Benzin"! Chaque musicien, encore une fois, fait preuve d'un talent absolument hors norme. Un morceau vivace et fougueux pour réchauffer l’atmosphère et qui rappelle en quelque sorte l’esprit initial du groupe. Parfait comme premier single de « Rosenrot » ! De belles métaphores, de belles rimes, des guitares agressives…pour un plaisir intense.
« Mann gegen Mann » en deuxième position (= homme contre homme) débute avec la voix posée, séduisante, et envoûtante de Till, accompagnée de la batterie rythmée de Christoph Schneider qui nous mènent vers un premier refrain détonnant, puissant et énergique. Il faut se méfier de l’eau qui dort… Les guitares électriques nous transcendent, la batterie, magnifique et claquante, nous époustoufle, les ajouts électroniques de Flake au clavier font une fois de plus tout le charme si particulier à Rammstein. On retrouve l’esprit de nos six teutons avec une musique puissante, superbement orchestrée autour d’une voix sublime et d’une force unique. La langue allemande renforce le côté martial de leur art et c’est un vrai bonheur. « Mann gegen Mann » : un morceau viril, et pour cause ! Les six compères abordent ici de front le thème de l’homosexualité masculine. « Homme contre homme, ma peau appartient aux messieurs. Homme contre homme, qui se ressemble s’assemble volontiers » chante Till, avec une puissance éblouissante. Pour l’écrire, le chanteur s’est inspiré de plusieurs de ses amis homosexuels. Dès le 1èr février, le clip de ce troisième single sera diffusé sur les chaînes….les 6 hommes y seraient nus, dissimulés seulement derrière leurs instruments. Quant à Till, il faut s’attendre à le voir vêtu d’une combinaison en latex, et entouré de 500 body-builders.

« Rosenrot », plus douce, équilibre l’album. Voilà du 100% Rammstein sous la forme d’une « valse ». La voix de Till émeut. Dès qu’il prononce les deux premiers vers de la chanson, inspirés du poème « Heidenröslein » ( = petite rose de la lande) de Goethe, l’émotion est à son comble. Il y chante qu’il est nécessaire de se méfier de l’eau qui dort…alors que l’histoire se termine tragiquement. « Rosenrot » ou quand les frères Grimm rencontrent Goethe…. Du grand art et déjà un grand classique du groupe ! Emotion, intensité grâce à cette sorte de duo entre la batterie et la basse d’Oliver Riedel.

« Spring » (= saute), le quatrième titre, est certainement le plus touchant des dix autres qui composent l’album. C’est Till qui ouvre la marche en chantant, avant que quelques secondes plus tard, la batterie et les guitares menaçantes de Paul Landers et Richard Kruspe-Bernstein ne viennent l’accompagner, de manière magique. Ce titre est particulièrement rythmé, jusqu’à ce que le piano n’allège l’atmosphère avant que la chanson ne s’accélère avant le grand saut…dès lors, les guitares hurlent. Puis, Rammstein réduit la vitesse, les instruments meurent alors comme des vagues pour se terminer sur le bourdonnement d’une foule. « Spring » est touchant…et raconte l’histoire d’une personne qui cherche à s’approcher du paradis mais qui atterit finalement en enfer.

Puis, place au très grand « wo bist du ? » (= où es-tu ?) qui commence avec une flûte, puis des tambours et des claviers qui s’installent et dominent peu à peu. Le refrain est massif, Till gronde profondément et pose la question fatidique : « wo bist du ? ». Cette chanson en forme de film joue avec des paroles telles que « ich liebe dich, ich liebe dich nicht » et une accumulation de paradoxes avec :
« Die schönen Mädchen sind nicht schön
Die warmen Hände sind so kalt“
= „Les jolies filles ne sont pas belles
Les mains chaudes sont si froides »
Certainement l’un des titres de l’album le plus émouvant d’un point de vue musical. On y découvre le talent principal du groupe : celui de pouvoir créer avec facilité de la mélodie et des émotions, sur une musique métal.

« Stirb nicht vor mir / don’t die before I do » est un duo entre Rammstein et Sharleen Spiteri, chanteuse du groupe Texas. Il s’agit, sans surprise, d’une ballade pop qui manque, à mon goût au moins, malheureusement de charme pour rester dans les esprits. Une jolie chanson certes, mais rien de plus. Elle nous permet cependant de constater que les langues allemande et anglaise se marient bien. Bref, un titre plutôt banal…on aurait préféré un duo avec Nina Hagen ! :-D

« Zerstören » (= détruire) arrive à temps ! C’est LA chanson qui tombe à pic ! Le côté rapide et bourrin du groupe, sans pour autant l’être vraiment, resurgit soudainement…et c’est un plaisir, voilà que nos têtes s’agitent à nouveau dans tous les sens. On a envie d’hurler avec Till tout au long de ce titre qui se démarque des autres de « Rosenrot ». La batterie excelle vraiment ! Les guitares nous déchaînent ! Et Flake apporte une touche très particulière au titre…du Rammstein à l’état brut, qui nous évoque les premiers albums. Bref, il s’agit du titre le plus « brutal » de l’album. Au départ, c’est un muezzin (le membre de la mosquée chargé de lancer l’appel à la prière) qui ouvre le bal…puis, rien ne reste vraiment intact. Comme le titre l’indique, tout est écrasé, anéanti, détruit. Une destruction maximale autant lyrique que musicale. Till se calme à la fin de la chanson, lorsqu’il a finalement tout « détruit »….puis très silencieusement, il débite quelques mots poétiques alors qu’on entend une boîte à musique en fond sonore. Comme tous fans qui se respectent de l’album « Sehnsucht », c’est un morceau que j’adore.

Le huitième titre « Hilf mir » (= aide moi) débute sur une guitare régulière, très électrique. Il s’agit d’une adaptation musicale du « Struwelpeter » (= Pierre l’Ebouriffé) de Heinrich Hoffmann et tout particulièrement de la fable de ‘la très triste histoire avec les allumettes’. L’histoire est touchante…le refrain émouvant tant au niveau lyrique que musicale. Ce morceau est très lourd, notamment grâce aux guitares. « Das Feuer liebt mich » répété par Till sur la fin est magnifique, avant de conclure sur plusieurs « Hilf mir » criés et chacun partagés entre quelques notes au piano. Bref, un titre qui se termine en beauté même si le début n’avait rien de particulièrement exceptionnel.

« Te quiero puta » rassemble le peu de mots espagnols connus du groupe. Till y prononce un « V » bien de chez nous… C’est un « Hey amigo » qui démarre les hostilités, puis une longue traversée du désert s’en suit, c’est-à-dire une fusion entre l’industriel et les trompettes, ce qui apporte une combinaison à la fois drôle et mystérieuse. Plus la chanson avance et plus la voix de Till devient massive alors que les trompettes donnent leur maximum. On y entend des tintements de bouteilles. Le titre se termine par le son de sabots frappants le sol alors que Rammstein pousse la plaisanterie à son extrême avec un puissant « hoi, hoi, hoi ». Voilà là le morceau fantaisiste de l’album, que je ne conseille pas comme découverte du groupe. Le seul bémol, pour moi, de cet opus.

« Feuer und Wasser » (=feu et eau) est interprétée très profondément par Till alors que le fond musical des instruments apporte des coups hypnotiques. La chanson est déterminée par la nostalgie profonde et la passion brûlante d’une femme. Les couplets, calmes et profonds, laissent place à un refrain rythmé, et comme toujours, à un refrain implacable.

Quant au dernier titre « ein Lied » (= une chanson), Till nous y chante posément ses rimes. Voici le titre-accalmie de la tempêté qui a emporté le « Rosenrot ». Voici, en réalité, une chanson destiné aux fans, qui se présente sous la forme d’une ballade sans batterie, très douce et très lente…d’une tranquilité rassurante. On retrouve toujours chez Rammstein onze titres, dont une « farce » (ici, « Te quiero puta » en l’occurrence) et deux morceaux calmes (« wo bist du ? » et « ein Lied »).

Bref, voici un album désormais incontournable de la carrière de Rammstein. Le groupe s’éloigne peut-être de l’esprit de ses premiers opus, plus brutaux, lourds, puissants mais « Rosenrot » se présente vraiment comme un chef d’œuvre. Personnellement, je le trouve même meilleur que « Reise Reise », et j’oserais dire que les six hommes ne sont pas loin du caractère magique et quasi parfait de leur avant-avant dernier opus « Mutter ».
La sensibilité des paroles marque encore une fois l’auditeur, en y déchiffrant quelques clins d’œil ici ou là à des grandes figures littéraires allemandes. Les guitares redoublent d’énervement, la batterie atteint la perfection, les claviers jouent de façon à donner le vertige, le chant est un bonheur pour les amateurs de musique martiale…. Un album phare de ce début de 21ème siècle, d’un groupe désormais mythique et légendaire !
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Voici les 12 dernières réactions à ce commentaire
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Rédacteur
 02/09/06 à 12h14
Une autre grande référence de l'industriel qui pourrait t'intéresser. Et pardon pour les fautes de frappe dans mon message précédent, je n'avais pas les yeux en face des trous, il fallait évidemment lire "martiale" et "Rammstein".
 01/09/06 à 22h11
Excellent commentaire. Connais-tu Laibach? Dans le genre musique martial, ce groupe slovène est une référence. A vrai dire, je les juge même plus talentueux que Ramnstein.
 02/02/06 à 19h18
J'ai adoré Reise Reise et je fus un peu déçu par Rosenrot qui me parait être un genre d'album composé avec les chutes du précédent tant il arrive si tôt à sa suite.
Mais je salue néanmoins la qualité de ton commentaire (comme un peu tout le monde en fait huhu).

Si tu aimes Ramstein je ne peux que tu conseiller de jeter une oreille sur un groupe se nommant Oomph. C aussi un groupe allemand et Ramstein s'en fortement inspiré pour fonder leur propre identité. Je pense que ça pourrait te plaire.

Du hast
 01/02/06 à 17h30
En effet, le dvd live de la tournée "Reise Reise" va nous mettre des étoiles devant les yeux! De quoi encore alimenter le rêve J'ai hâte aussi, je trépigne d'impatience...
 30/01/06 à 22h06
Bravo !! rien a ajouter à votre com , Rosenrot est la suite logique de Reise Reise , les fans de la 1ere heure doivent etre déçus , mais on s'en fout , moi j'attend le 10 mars avec impatience ( sortie du dvd live de la derniere tournée )

 30/01/06 à 15h32
moi et Rammstein on est pas copains comme cochon, mais c'est vrai que t'as une manière de parler de ce que tu aimes future c'est convaincant...vais jeter une oreille sur cet album, j'ai rien à perdre ^^

PS: je me souviens avoir étudié une chanson de Rammstein au lycée...c'était pas mal, vachement sombre quand même mais pas mal. Je me souviens plus très bien pourquoi on l'avait étudié si je retrouve la raison un jour j'vous l'dis...
 29/01/06 à 15h32
albireo
bon mais ? ben je sais plus ce je voulais écrire derrière bon mais ...

merci sans doute )
 29/01/06 à 15h18
albireo
bon voilà maintenant quand je te verrai débouler désormaisje fredonnerai * hier kommt die sonne *
la seule que j'apprécie d'ailleurs, mais les choeurs y sont pour beaucoup : remarquables )
cela dit j'aime ton commentaire, et ça fallait le faire, ça parlait aussi de pétales de neige et de flocons de rose on va dire que c'est pour ça )

bon mais
 29/01/06 à 15h07
je suis d'acc' que c'est toujours agréable de découvrir de nouveaux morceaux du groupe (et de tous les groupes qu'on apprécie d'ailleurs) mais Reise et Rosenrot me semble un cran en dessous de Mutter, leur meilleur période à mon gout... Mais bon, c'est pour le plaisir de la critique. Je partage ton enthousiasme pour _Wo bist du_... L'une des plus belle de l'album.

A propos du contenant, il est clair qu'ils font bcp d'effort pour proposer des choses assez travaillé... le cartonnage, les deux galettes, le livret... Mais bon, le graphisme enneigé que tu apprécies est d'un point de vue technique assez minable pour un œil de graphiste un temps soit peu averti (morph' du chateau notamment), et puis ça reste qu'un emballage de CD. Si tous les éditeurs ne font pas autant, ça reste du carton imprimé en off-set avec des "encres techniques", vernis et un poil de gaufrage... pas de quoi casser la baraque non plus.

(En fait je suis positivement de ton avis en général mais c'est pour nuancer un peu que je dis ça).
 29/01/06 à 02h30
Merci beaucoup pour vos commentaires et je suis heureuse d'avoir pu donner envie d'écouter plus attentivement Rammstein qui, en outre, définit également ce que l'on appelait les "pierres embouties" du mur de Berlin.

5 albums studio, un album live, le DVD "Lichtspielhaus" et le "live aus Berlin" avant d'attendre la sortie du DVD de l'inoubliable tournée Reise Reise
 29/01/06 à 02h23
... Je 'apprécie pas Rammstein outre mesure: de temps à autre je dis pas, pour le zeste d'exotisme de ma vie.
Et j'ai vu un soir le clip de "Rosenrot" : oulala ! J'avoue avoir été mal à l'aise (mais j'aime bien cette sensation...mon côté SM refoulé).
Ceci dit, un groupe dont le nom est la base militaire américaine où eut lieu un des plus spectaculaires et meurtriers crash d'avions militaires dans les eigthies, ça laisse songeur.... Du coup les Allemands s'énervérent et commencérent à ne plus vouloir de bases américaines...Mais c'est une autre histoire.
Votre commentaire est passionant: vous êtes fan, et voilà pourquoi.
Moi du coup vais y prêter une oreille trés attentive...peut être qu'il y a des trucs que mon oreille n'avait pas vus.
Vais me germaniser un peu plus: Fassbinder, Can, Faust et Neu c'est bien.
Goethe aussi.
Alors on va voir Rammstein de plus prés... Merci pour l'ouverture !
PS : votre t-shirt kam' fait trés combat rock... tout s'explique: keep on rockin' the kasbah
 29/01/06 à 02h15
tu décris avec ferveur et talent tes émotions musicales !
Bravo!
Sonata.