En ce samedi matin, arrivant sur mon lieu de travail, et profitant du fait qu'il n'y ait personne, j'achetais un petit fauteuil pour dactylo, conçu en principe pour éviter le mal de dos.
A 18 euros, je doutais un peu du résultat. Mais ce siège ne pouvait être pire que celui que j'utilisais depuis plus de 20 ans, et qui n'avait plus que la peau sur les os.
Telle une enfant, je passais à la caisse de mon jeune collègue. Les quelques blagues de circonstances ne manquèrent pas d'être irrémédiablement faites.
Mais le soir venu, au moment de la fermeture, me voyant passer avec mon fauteuil en kit à monter chez soi, rangé dans sa boite en carton, un regard suspicieux se fit sentir.
On ne me dit rien, mais je sentais que le patron se demandait si je l'avais bien payé.
Sans prendre gare, et soucieuse d'être justement à la gare à temps, je passais.
Rien ne sonna, évidemment, ce qui paru à peine rassurer le patron.
C'est le dos bien calé cette fois, que je me demandais cette après midi d'où me venait cette gène, l'impression d'être toujours prise pour une voleuse.
Une fois, quand j'avais 4 ans, j'avais volé un rouge à lèvres.
C'était lors d'un vernissage, à la fondation Maeght...
Moteur...
Du beau monde, de belles toiles, des lumières, du marbre et de magnifiques salles de bains. Trop petite pour atteindre le lavabo, et fatiguée des conversations trop compliquées pour moi, j'avais décidé de regarder ce qui était à ma hauteur.
Bouches d'égout, pieds de table, mollets de femmes, bas de portes.... J'en poussais une et découvrais une magnifique salle de bains, au blanc éclatant.
Et dans cette salle de bains, juste à la hauteur de mon bras, des placards où je trouvais une inattendue trousse de maquillage.
Wow, du maquillage !!
Ma mère n'en avait jamais eu. Jamais un rouge, jamais de fard, jamais de mascara.
J'ouvrais.
Mhh, ça sentait beau.
Mhh, c'était beau.
Donc, j'avais piqué un fard, dans tous les sens du terme.
J'ouvrais le tube de rouge, sans doute de grande marque, et trouvais la couleur si belle que je le piquais aussitôt.
Le lendemain, la réprimande fut sévère. J'étais la coupable désignée. Mais pas gênée de l'être.
L'expérience avait en tout cas été suffisante pour m'en garder un souvenir cuisant.
Mais pourquoi cette peur et ce sentiment d'être regardée telle une voleuse ?
En me posant la question, je me souvins d'autre chose.
La nature parfois charpadeuse de... ma mère.
Ses anciennes amies ne l'invitaient plus car au lendemain des soirées, manquait toujours quelque chose.
Et même lorsqu'elle vient chez moi, je m'aperçois peu après son départ de la disparition de petites choses.
Une paire de chaussures, un stylo, un échantillon de parfum...
Ce n'est pas bien grave, mais je me demande d'où vient cette petite tendance kleptomaniaque. Est-ce la pauvreté ? Est-ce l'envie de produits qu'elle ne peut s'offrir ? Ou est-ce tout autre chose ?
Oui, sans nul doute.
Je crois, si je ne me trompe, que c'est sans doute une manière pour elle de reprendre quelque chose qu'elle a le sentiment d'avoir perdu. Perdu ou qui lui aurait été volé. Par exemple l'attention de ses propres parents entièrement tournée vers ses autres soeurs.
Il y a sans doute aussi le plaisir de l'acte. Rapide, vif, caché, faisant monter l'adrénaline. Une jouissance corporelle, un enivrement de courte durée.
Maintenant, pourquoi me sentir coupable ?
Est-ce parce qu'il y aurait un désir caché ?
Est-ce que je me sens coupable "par nature" de prendre plus que je ne peux ou plus que je ne dois ?
Est-ce que je serais coupable de vouloir des choses qui ne sont pas pour moi ?
Est-ce que je me sens coupable pour elle ?
Ou est-ce l'idée plus subtile que lorsque j'achète quelque chose, ce n'est qu'une partie de moi qui passe en caisse, l'autre partie ne désirant pas vraiment ce que l'autre a mis dans son cadis ?
En tout cas, j'ai trouvé une bonne parade pour ne plus ressentir cette gêne : je me suis faite copine avec le gardien !
Sur ce, très bonne soirée à tous,
Sarah Lupin.
A 18 euros, je doutais un peu du résultat. Mais ce siège ne pouvait être pire que celui que j'utilisais depuis plus de 20 ans, et qui n'avait plus que la peau sur les os.
Telle une enfant, je passais à la caisse de mon jeune collègue. Les quelques blagues de circonstances ne manquèrent pas d'être irrémédiablement faites.
Mais le soir venu, au moment de la fermeture, me voyant passer avec mon fauteuil en kit à monter chez soi, rangé dans sa boite en carton, un regard suspicieux se fit sentir.
On ne me dit rien, mais je sentais que le patron se demandait si je l'avais bien payé.
Sans prendre gare, et soucieuse d'être justement à la gare à temps, je passais.
Rien ne sonna, évidemment, ce qui paru à peine rassurer le patron.
C'est le dos bien calé cette fois, que je me demandais cette après midi d'où me venait cette gène, l'impression d'être toujours prise pour une voleuse.
Une fois, quand j'avais 4 ans, j'avais volé un rouge à lèvres.
C'était lors d'un vernissage, à la fondation Maeght...
Moteur...
Du beau monde, de belles toiles, des lumières, du marbre et de magnifiques salles de bains. Trop petite pour atteindre le lavabo, et fatiguée des conversations trop compliquées pour moi, j'avais décidé de regarder ce qui était à ma hauteur.
Bouches d'égout, pieds de table, mollets de femmes, bas de portes.... J'en poussais une et découvrais une magnifique salle de bains, au blanc éclatant.
Et dans cette salle de bains, juste à la hauteur de mon bras, des placards où je trouvais une inattendue trousse de maquillage.
Wow, du maquillage !!
Ma mère n'en avait jamais eu. Jamais un rouge, jamais de fard, jamais de mascara.
J'ouvrais.
Mhh, ça sentait beau.
Mhh, c'était beau.
Donc, j'avais piqué un fard, dans tous les sens du terme.
J'ouvrais le tube de rouge, sans doute de grande marque, et trouvais la couleur si belle que je le piquais aussitôt.
Le lendemain, la réprimande fut sévère. J'étais la coupable désignée. Mais pas gênée de l'être.
L'expérience avait en tout cas été suffisante pour m'en garder un souvenir cuisant.
Mais pourquoi cette peur et ce sentiment d'être regardée telle une voleuse ?
En me posant la question, je me souvins d'autre chose.
La nature parfois charpadeuse de... ma mère.
Ses anciennes amies ne l'invitaient plus car au lendemain des soirées, manquait toujours quelque chose.
Et même lorsqu'elle vient chez moi, je m'aperçois peu après son départ de la disparition de petites choses.
Une paire de chaussures, un stylo, un échantillon de parfum...
Ce n'est pas bien grave, mais je me demande d'où vient cette petite tendance kleptomaniaque. Est-ce la pauvreté ? Est-ce l'envie de produits qu'elle ne peut s'offrir ? Ou est-ce tout autre chose ?
Oui, sans nul doute.
Je crois, si je ne me trompe, que c'est sans doute une manière pour elle de reprendre quelque chose qu'elle a le sentiment d'avoir perdu. Perdu ou qui lui aurait été volé. Par exemple l'attention de ses propres parents entièrement tournée vers ses autres soeurs.
Il y a sans doute aussi le plaisir de l'acte. Rapide, vif, caché, faisant monter l'adrénaline. Une jouissance corporelle, un enivrement de courte durée.
Maintenant, pourquoi me sentir coupable ?
Est-ce parce qu'il y aurait un désir caché ?
Est-ce que je me sens coupable "par nature" de prendre plus que je ne peux ou plus que je ne dois ?
Est-ce que je serais coupable de vouloir des choses qui ne sont pas pour moi ?
Est-ce que je me sens coupable pour elle ?
Ou est-ce l'idée plus subtile que lorsque j'achète quelque chose, ce n'est qu'une partie de moi qui passe en caisse, l'autre partie ne désirant pas vraiment ce que l'autre a mis dans son cadis ?
En tout cas, j'ai trouvé une bonne parade pour ne plus ressentir cette gêne : je me suis faite copine avec le gardien !
Sur ce, très bonne soirée à tous,
Sarah Lupin.
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Voici les 22 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
05/11/07 à 21h26
Frederic 75
tu es directrice des ventes chez Fly avec un CDI en or.
illégal de faire travailler les gens sans les payer.... il y a des CDD qui se transforme en CDi pour moins que ça selon la loi.... d'accord avec Arbaces, parle-leur un peu des prud'hommes....
toutes tes heures doivent être payées ! Rappelle- leur cette loi et touche- leur un mot des Prud'hommes... ça devrait leur rafraîchir la mémoire... 

et je n'ai rien à ajouter... si ce n'est : "ça sera tout pour aujourd'hui, nous reprendrons lors de notre prochaine séance" 

05/11/07 à 12h52
de 3 jours, et non de 20, et que les deux derniers que j'ai faits ne seraient pas payés : ils avaient oublié de me signaler la date exacte de fin... J'en ai m...
rouge à lèvres, moi j'dis, c'est du talent !! 

05/11/07 à 09h12
Mais l'ambiance y est agréable, le travail sympathique, l'équipe jeune et ... d'ici 15 jours, à force de faire monter les ventes, j'aurais peut-être droit à une prolongation !
04/11/07 à 23h17
dans la salle de bain et rester de longues minutes, que j'entends les pots s'ouvrir, que je sens le parfum des crèmes.
Avant je titillais, mais je crois que depuis que ma propre situation est pour le moins précaire, je m'en moque totalement et même, à chaque fois, je lui donne des produits que j'ai. Mais ce qui est intéressant c'est de constater qu'elle n'utilisera pas ceux que je lui ai donnés, mais toujours ceux qu'elle prendra en douce.
Je ne pense pas qu'il y ait usurpation d'identité, mais il y a certainement une certaine agressivité maniaque, obsessionnelle et incontrolable.
Tant qu'elle ne me pique pas mes petits copains !
Avant je titillais, mais je crois que depuis que ma propre situation est pour le moins précaire, je m'en moque totalement et même, à chaque fois, je lui donne des produits que j'ai. Mais ce qui est intéressant c'est de constater qu'elle n'utilisera pas ceux que je lui ai donnés, mais toujours ceux qu'elle prendra en douce.
Je ne pense pas qu'il y ait usurpation d'identité, mais il y a certainement une certaine agressivité maniaque, obsessionnelle et incontrolable.
Tant qu'elle ne me pique pas mes petits copains !
entre piquer chez quelqu'un ou dans un magasin.
Dans un magasin, on ne prend à personne; chez quelqu'un, on s'approprie un peu de la personne à laquelle on prend.
Ma soeur a piqué dans les magasins (elle recommence un peu
), mais aussi chez moi, ça a été de l'argent, qu'elle a disctèrement remis ensuite en place quand j'ai évoqué l'air de rien mon étourderie à propos de ma "planque à sous"; c'était des emprunts de fringues, même si elle ne rentrait pas dedans (j'ai râlé, elle est crado, ça me gêne), c'est me chiper ou utiliser à mon insu des crèmes ou parfums; c'est regarder les papiers comptes ou lettres qui trainent (maintenant, je gare tout dès qu'elle annonce son arrivée).
C'est une façon d'usurper l'identité d'une autre.
Je redoute, pas pour le chapardage, mais pour ce que ça signifie.
Dans un magasin, on ne prend à personne; chez quelqu'un, on s'approprie un peu de la personne à laquelle on prend.
Ma soeur a piqué dans les magasins (elle recommence un peu
), mais aussi chez moi, ça a été de l'argent, qu'elle a disctèrement remis ensuite en place quand j'ai évoqué l'air de rien mon étourderie à propos de ma "planque à sous"; c'était des emprunts de fringues, même si elle ne rentrait pas dedans (j'ai râlé, elle est crado, ça me gêne), c'est me chiper ou utiliser à mon insu des crèmes ou parfums; c'est regarder les papiers comptes ou lettres qui trainent (maintenant, je gare tout dès qu'elle annonce son arrivée).C'est une façon d'usurper l'identité d'une autre.
Je redoute, pas pour le chapardage, mais pour ce que ça signifie.
on t'a reconnue, Lara Croft ! 

04/11/07 à 23h03
sans doute comme ça que l'on m'a chopée !
J'ai toujours été d'une totale discrétion, j'aurais du devenir agent secret !
J'ai toujours été d'une totale discrétion, j'aurais du devenir agent secret !
Lithographie de René Gruau, voyons ! je ne l'ai point usurpée 

j'en ajouterai une autre : t'en as marre de payer... dans tous les sens du terme.
L'as-tu essayé au moins, ce rouge ?
L'as-tu essayé au moins, ce rouge ?

une urgence par ici!!!
kiss 


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objet-petit-a
publié le 4 nov. 07