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Envers et contre moi
 Envers et contre moi
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Je me posais la question : en quoi la différence ?

En quoi quelle différence ? Me direz-vous.

Et bien en quoi la différence de goûts, puisque ce site invite à faire étalage de nos goûts.

Et de manière plus problématique, comment se fait-il qu'en règle générale, et hors mis certains principes comme la liberté ou la République, je déteste ce que tout le monde aime.

Je déteste la variété, ne supporte pas le rap, pas même de loin, ni de très très loin, et pire encore le R&B, Mission Impossible ne me fait même pas rire et quant à la plupart de ce qui fait le top des top des ventes, j'avoue n'être pour rien dans l'envolée des demandes.

Pourtant, le mécanisme d'amour d'une chose, d'un film ou d'une musique, est le même.
Identification, recul et appréciation du propos, bavage devant une tête bien faite, fantasme devant une situation elle-même phantasmatique.

C'est ainsi que je prends souvent plaisir à expliquer aux têtes blondes en quoi certains films, souvent taxés de violence, sont néanmoins dignes d'intérêt mais pas forcément pour les raisons auxquelles on pense.

Autrement dit, ce qui fait qu'au bout de dix minutes nous n'étions plus que deux dans la salle diffusant "Irréversible" n'est pas forcément ce pour quoi il fallait à l'inverse, rester.
D'ailleurs, j'aurais du tailler une discut' avec cet autre spectateur, qui sait… entre pervers, on devrait bien se comprendre !

Mais ce n'est pas d'Irréversible dont je désirais parler, mais de "seul contre tous".
Le type même du film qui me plait.

Pourquoi chercher le trash, mais un trash qui n'a rien à voir avec l'obscène des films pornos, ni avec la cruauté des films gore.
Pourquoi cette recherche du jusqu'au boutisme ?

Sans doute cela a-t-il correspondu, chez moi comme chez nombre d'entre vous, à des périodes de jeunesse où l'amour devait faire très mal, où la jupe devait être très courte, les lèvres très maquillées et les positions très acrobatiques. Autant dire, y a une éternité !

Le jusqu'au boutisme, c'est se confronter au réel, toujours le même, celui dont parle Lacan.
Ce sur quoi on bute comme une mouche sur une vitre.
Et comme dit l'histoire, c'est l'histoire d'un mec, il meure.

Le comble de l'anti fantasmatique, j'en avais dessiné un story board avec mon père quand j'étais petite, une histoire qu me faisait beaucoup rire.
On y voyait James Bond, en plein préparatifs avec son chef, pour sa nouvelle mission.
Pendant des pages, tout était passé en revue et l'on voyait par avance des scènes d'action prendre vie.
La secrétaire se léchait les babines en rêvant les yeux grand ouverts face à ce visage "so british", ce qui donnait lieu aux quelques scènes obligées de covoiturage horizontal.
Et lorsque prenait fin la réunion, James sortait du bâtiment, se dirigeait vers sa voiture, et là, une voiture toute simple passait par là et pof.
C'était fini.

Seul contre tous, c'est pareil, sauf que les scènes engagées ne sont pas celles d'action et de sexe sans autre finalité que de montrer la virilité du brave James.

Non, ces scènes montrent l'autre côté de la pièce, ce qui anime vraiment les actions, mais ce qui reste caché, a priori hors langage, non formulable, ici formulé.

En somme, c'est l'histoire d'un mec qui s'est trompé de dimension de vie.
Au lieu de vivre dans le Symbolique, il vie dans le Réel, alors ses désirs ne trouvent satisfaction que dans la chose réellement accomplie, au lieu de se satisfaire (même si c'est sommairement) de leurs substituts.

Certains auteurs pensent que c'est là le comportement devenu règle dans notre société actuelle.
Je ne pense pas ainsi, car même lorsqu'il y a adéquation de l'objet du désir et de l'objet dont on tire une jouissance (par ex un membre de la famille dans le cas du désir oedipien) et bien reste toujours le désir, même après et malgré l'acte commis, car le désir, lui, ne tient pas de l'objet, mais de l'interdit.
Le désir ne se satisfait que de la loi l'interdisant.

Et c'est pourquoi, dans ce film, seule la dernière phrase est mauvaise, à mon sens.
Mais, rien n'est irréversible !


Bien à vous,
Sarah
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Voici les 3 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 29/08/06 à 14h31
gregintranslation
Tres interessant film en effet ! On peut pour beaucoup le relier à des evenements passés vécus ou vus. Ce qui m'ennuie le plus c'est que beaucoup le regardent pour tester leurs propres limites.
 15/08/06 à 13h56

..que l'excès (ou sa recherche en matière de goûts et couleurs) est aujourd'hui très commune. Voire beaucoup plus commune que d'assumer sa simple banalité émotionnelle. Mais bon, ce serait dire que pour aller contre le sens du vent, il faudrait savoir s'y fondre très très très simplement.

Bref, sinon, pour ce qui est du désir qui n'existerait que grâce à l'interdit, je ne suis pas vraiment d'accord. A moins qu'il ne s'agisse d'envie... Parce que, comme le disait machin, plus généralement : "on ne désire pas ce que l'on possède".
 15/08/06 à 12h03
Comme à l'accoutumée ton texte est très intéressant, et comme dans presque chacun de tes textes tu évoques ton père.
Ton esprit si analytique attribue t il cela au hasard, notamment avec un pareil titre?

amicalement