la rencontre par affinités culturelles

  1. Rencontre des femmes et des hommes qui partagent vos passions.
  2. Créez vos listes d'oeuvres et d'artistes préférés
    parmi + de 2 millions de références.
  3. Partagez vos goûts, émotions, réactions en cinéma, musique, lecture, médias.
Je vibre
pour lui
Je l'ajoute
à mes amis
gratuit Je lui écris
Briser la glace
Je chatte
avec lui !
Une démonstration brillante!
 Une démonstration brillante!
rediger un nouveau commentaire sur Shining
catégorie : critique ou information sur l'oeuvre ou l'artiste
corps du commentaire en taille petitecorps du commentaire en taille moyennecorps du commentaire en taille grandeimprimer ce commentaireenvoyer ce commentaire à un ami
" Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel. " (Todorov, cité par Michel Ciment).

Je m'attaque à ma deuxième critique d'un film de Kubrick, et encore une fois ce n'est pas une mince affaire.
En effet, si Shining semble être un simple film de genre (l'épouvante), il en dépasse les frontières par une réalisation parfaite et minutieuse et des thèmes abordés complexes.

Shinning fut un des plus grands succès commerciaux de Kubrick, ce dont il avait sans doute besoin après l'échec cuisant de Barry Lindon. Il fut réalisé en 1980 d'après un roman de Stephen King, et il reste d'ailleurs à ce jour la meilleure adaptation jamais faite de l'un de ses romans (il faut dire que la plupart des adaptations de Stephen King sont des navets).


L'histoire
_______

L'écrivain Jack Torrance accepte un travail saisonnier qui consiste à garder un immense hôtel en montagne pendant l'hiver, dans lequel il sera seul avec sa femme Wendy et son fils Danny.

Celui-ci semble doté de pouvoirs étranges : il est capable de voir des images du passé et de communiquer avec des êtres ayant le même pouvoir, appelé le "Shining".

L'hôtel lui-même n'est pas tout à fait normal : l'un des précédents gardiens avait perdu l'esprit et s'était suicidé après avoir massacré toute sa famille.
Pendant une tempête de neige qui les coupe totalement du monde, Jack va être pris peu à peu de visions sanglantes et de désirs meurtriers, inspirés par ces visions. Mais ces apparitions sont-elles imaginées ou réelles ?


Analyse et critique
___________________

Kubrick a signé là l'un de ses nombreux chefs-d'oeuvre. Il a toujours aimé explorer le cinéma à travers des différents genres possibles (film noir, comédie parodique, film historique, film de guerre, science-fiction et horreur?) Avec Shining, il explore les schémas classiques du film d'épouvante tout en bouleversant notre vision du genre.

Qui aurait effectivement pu imaginer un film d'horreur se déroulant en pleine lumière, dans une montagne couverte de neige éclatante ? Au lieu de se plier à la première règle du genre, qui veut que le film d'épouvante se déroule dans un endroit sombre et inquiétant, confiné et claustrophobe, il choisit de placer l'action dans un gigantesque hôtel vide.

Ce choix est loin d'être innocent, car nous sommes vite pris par le vertige proche de l'agoraphobie de ces dimensions disproportionnées dans lesquelles les êtres humains évoluent comme de simples marionnettes. Le nom de l'hôtel, par ailleurs, " Overlook ", signifie à la fois " dominer du regard " et " jeter un sort ". Etrange?

Dès le début de l'action, on s'attend à voir le fantastique surgir de l'enfant, Danny, qui possède ce pouvoir qui nous est dévoilé rapidement. Non, le fantastique va s'immiscer très lentement et de manière très dérangeante. Au début, ce ne sont que des visions de sang submergeant les ascenseurs (image surréaliste) ou des filles jumelles? Puis, le comportement de Jack va nous inquiéter de plus en plus, jusqu'à ce que sa femme découvre que son roman en cours ne comporte aucun mot sensé ! Ce qui semble signifier que Jack était fou depuis le début !

Mais on croit que tout vient justement de la folie de Jack : la solitude et son travail créateur lui a fait perdre les pédales? Mais de nombreux indices vont nous faire nous interroger sur ce point. Des éléments extérieurs interviennent, et il sera de plus en plus difficile de croire à la seule folie de Jack.

La symétrie joue un rôle très important dans ce film. La symétrie des couloirs de l'hôtel, que nous rappelle les motifs de la moquette, le bruit lancinant de Danny roulant sur les tapis, et surtout le labyrinthe, symbole clé du film, puisqu'il symbolise à la fois l'hôtel, Jack et ses démons intérieurs. Jack domine du regard (" overlook ") la maquette du labyrinthe, pendant que sa femme et son fils y jouent, et semble à ce moment être un Dieu créateur (père / artiste / Dieu) observant sa création. D'ailleurs, la fin du film montre qu'il a toujours été lié à l'histoire de l'hôtel? Ce labyrinthe nous fait également penser aux méandres du cerveau de Jack dans lesquels il finit par se perdre. Shining est par ces détails aussi une réflexion sur le travail de création de l'artiste (artiste raté dans le cas de Jack)

Jack finit par vouloir tuer son propre fils, inversant le mythe d'?dipe, de même que David dans 2001 mettait fin à HAL l'ordinateur surdoué. Danny s'échappe du labyrinthe en utilisant une astuce digne du petit poucet, tandis que Jack se met à hurler comme le grand méchant loup !

L'insolite surgit à tout moment dans Shining. On est dérangé tout du long du film (je ne l'ai d'ailleurs pas aimé la première fois), tellement les images, la musique et les événements nous choquent. Des visions muettes ponctuent le film, tandis que l'ambiance sonore reste angoissante, grâce à une musique très bien choisie (Bela Bartok, Ligeti et Berlioz, entre autres). Les mouvements caméras eux-mêmes participent à ce sentiment d'angoisse : lents, fluides, parfois au ras du sol. La caméra utilisée pour cela est une SteadyCam, qui donne une impression de film vidéo. Ce rejet du standard Hollywoodien (le 70mm) montre bien le génie de Kubrick, qui suit les règles en les décomposant et en imposant ses propres normes.

Le choix des acteurs est excellent : Jack Nickolson a vraiment un visage de dément, voire animal. Il incarne le personnage à la perfection. Quant à Shelley Duvall, son physique légèrement morbide, fragile, femme-enfant aux yeux angoissés, ajoute une touche inquiétante à l'action.

De nombreuses scènes de Shining sont devenues des scènes cultes, après avoir marqué l'imagination des spectateurs, comme l'avaient fait 2001 et Orange Mécanique. Il y a tellement à dire sur ces ?uvres que je me sens intarissable à leur propos, mais j'attends vos commentaires avant de modifier et d'enrichir ces articles.

Si vous n'avez pas encore vu Shining, je vous conseille de le voir, à moins que vous ne soyez trop sensible ; et si vous l'avez vu, de le revoir.

Shining est un film d'épouvante mature (il va beaucoup plus loin que le puéril Exorciste), dérangeant, morbide, intelligent, maîtrisé de bout en bout, un oeuvre majeure dans la courte filmographie d'un auteur majeur.

réactions : 1
lectures : 159
votes : 7
Publier sur   Partager sur Wikio  Partager sur Scoopeo  Partager sur Digg  Partager sur Facebook  Partager sur Google  Partager sur Technorati  Partager sur del.icio.us  Partager sur blogmarks 
Voici la dernière réaction à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 05/08/06 à 15h52
Avant "Shining" Hithcock avait déjà réalisé une scène où la peur ne vient ni du noir ni de la claustrophobie: la scène avec Cary Grant dans un champ de maîs!