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Sylvia plath repose en paix au paradis des écrivains
 Sylvia plath repose en paix au paradis des écrivains
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Sylvia Plath : écrivain américain poète mort en 1963.

"Le temps : vague colossale, la marée qui déferle sur moi, me noyant, me noyant."

Ami lecteur - tu permets que je te tutoies ? - ne crois surtout pas que je cherche à faire l'intello en parlant d'un écrivain presque totalement inconnu. Non, non, je veux seulement te faire découvrir la sensibilité d'une femme disparue trop tôt.

Car Sylvia Plath s'est suicidé 11 février 1963, à l'âge de 31 ans.

Tragique histoire d'une femme d'une sensibilité à fleur de peau, qui ne s'est jamais senti à sa place dans la société.

Née le 27 octobre 1932 d'Otto Plath et Aurelia Schober près de Boston, Sylvia rencontre très tôt la poésie. A neuf ans, la lecture d'un poème de Matthew Arnold la bouleverse. Elle écrira dans son journal, 20 ans plus tard : "Je réalisais que j'avais la chair de poule. Je ne savais pas pourquoi. Je n'avais pas froid. [...] Je venais de découvrir une nouvelle manière d'être heureuse."
Quelque temps plus tard, son père Otto meurt, et Sylvia ne se remettra jamais de cette disparition qui vient hanter tous ces écrits (cf. "le jour où M. Prescott est mort").
Elle commence alors à tenir un journal dès l'âge de 13 ans, puis commence à écrire des poèmes.
Voici ce qu'elle écrit à 14 ans :

"Je me croyais invulnérable
Je me croyais insensible à la souffrance."

Douce illusion de croire que la poésie peut aider à vivre : très vite, Sylvia Plath montre des signes d'une grande agitation, d'une nervosité maladive. Manque de confiance en elle, sans doute, voilà un mal que, tu en conviendras ami lecteur, de nombreuses personnes partagent mais expriment différemment.

Sylvia écrit, écrit, mais ne se trouve jamais assez bonne. Elle a soif de vivre et de découvrir toujours plus de choses et de créer plus. A 20 ans, elle écrit :

"Je suis totalement affolée : des choix et des événements insignifiants me semblent d'insurmontables obstacles, le sens même de la vie m'échappe."

Les moments de joie extrême et de déprimes se succèdent, au gré des réussites littéraires et des refus. A 20 ans, elle fait une première dépression, une première tentative de suicide, suite à un refus. Court séjour à l'hôpital psychiatrique où elle subit des électrochocs. Elle racontera cette descente aux enfers dans "The Bell Jar", 7 ans plus tard.

Perdue et contradictoire, elle ponctue ses lettres à sa mère de "je suis si heureuse", jusqu'à sa mort.

En 1955, elle part étudier à Cambridge. Ses lettres à sa mère s'efforcent toujours d'être rassurantes, mais son journal montrera ses inquiétudes, qu'elle essaie de fuir grâce à l'humour et à l'auto-ironie.
En 1956, elle rencontre le poète Ted Hugues, qu'elle mord à la joue lorsqu'il essaie de l'embrasser. Quelques mois plus tard, ils se marient.

Pendant 6 ans, elle calme ses démons intérieurs dans cette vie rangée : elle a 2 enfants et continue à publier. Mais son mari écrit plus vite qu'elle, et son sentiment d'infériorité se renforce.

L'explosion a lieu à l'automne 1962, lorsqu'elle apprend que son mari voit une autre femme, également poète. Elle le quitte aussitôt et part en Irlande, puis à Londres, où elle loge dans l'ancienne maison du poète Yeats. Pendant les derniers mois de sa vie, elle écrira ses plus beaux poèmes, avant le lever des enfants, chaque jour à l'aube. Elle continue à écrire à sa mère : "je n'ai jamais été aussi heureuse".

Elle est retrouvée morte le matin du 11 février.

Voilà, ami lecteur, l'histoire d'une femme comme une autre en apparence, qui rêvait d'être heureuse, mais qui, idéaliste, a été déçue de la vie, violente, absurde et cruelle. Il aura suffi de cette soudaine séparation pour que tout ce qu'elle avait commencé à construire disparaisse.

J'ai pour ma part découvert Sylvia Plath par hasard, il y a près de 15 ans, en lisant un article dans Télérama. Cet article m'avait touché, et j'avais noté son nom dans un coin de ma mémoire. Je trouvai peu après une réédition de ses "carnets intimes", suivis de quelques nouvelles.

Mais il existe d'autres ouvrages dans la collection Poésie de Gallimard, dont "Arbres d'hiver, précédé de la Traversée". Tu peux aussi trouver, cher lecteur, un recueil intitulé "The colossus".

Je viens de lire "Arbres d'hiver" en édition bilingue.
Sentiment étrange. Cette écriture semble encore si vivante, si proche. On aimerait au final en savoir plus sur cet auteur, qui met tant d'elle-même dans ce qu'elle écrit. Elle me touche pour tellement de raisons : sa sensibilité, les raisons de sa révolte, la recherche du soi, le dédoublement, la folie.

Ses poèmes sont pour la plupart assez violents, sombres, car il y exprime sa révolte. Révolte par exemple contre son mari qui l'a quittée, dans "Gigolo", où elle se met dans la peau de l'homme chasseur et égoïste, narcissique :

"Ebloui,
Tout un oeil aux jeux d'eau
Sur lequel, tendre moi,
Je m'incline et me vois."

Ce dernier quatrain est un bon exemple de la difficulté à traduire la poésie anglo-saxonne. Voici le même dans sa version originale :

"Gratified,
All the fall of water an eye
Over whose pool I tenderly
Lean and see me."

Tu noteras, lecteur, les répétitions des sons "all", "ou" et "eye/I", ce qui est impossible de transposer en français. D'où l'intérêt de mettre face à face les deux versions, traduites et originales.

Cet ouvrage est en outre très bien documenté (préfaces, notes, biographie).

Je ne vais pas chercher plus que ça à te convaincre de courir découvrir Sylvia Plath, hélas méconnue, mais j'aimerais recopier un dernier poème avant de te quitter pour te laisser à ton occupation quotidienne.


" Lettre d'amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j'étais morte alors,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m'inquiète,
Et je restais là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m'as pas simplement un peu poussée du pied, non -
Ni même laissé régler mon petit oeil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.

Ce n'était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l'hiver -
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d'attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
Mais je n'étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.

Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j'ai vue n'était que de l'air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d'écailles de mica,
Me déroulais pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d'oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m'y suis pas trompée. Je t'ai reconnu aussitôt.

L'arbre et la pierre scintillaient, ils n'avaient plus d'ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J'ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l'air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu'un pain de glace. C'est un don."
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Voici les 7 dernières réactions à ce commentaire
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c'est ça le titre, roman, de Sylvia. Chez l'imaginaire ( dans mon souvenir), car moi aussi ça doit faire 15 ans que je l'ai lu. Il faudrait parler aussi de violette leduc...Simone de Beauvoir l'admirait beaucoup comme Jean-Paul Sartre, Jean Genet, on peut dire que Jean était à Jean Paul ce que Violette était à Simone, deux individus écrivains qui brassaient la vie à pleines mains, pleines dents, avec des éraflures partout, des stries, à vif, saignantes, des embardées contre des murs, avec des hématomes qui ne guérissaient jamais mais pourquoi les murs ne céderaient-ils pas, Violette et Jean, étaient tout , sauf des intellectuels, des écrivains, des vivants, trop vivants, c'est peut-être pour ça qu'ils avaient l'admiration ( secrète? ) de Simone et de Jean Paul, mais c'est un autre débat...
 12/10/06 à 18h32
ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu parler d'elle, et ça me fait plaisir, un plaisir rare, et partagé, grace à pcc, car qui ( les deux ou trois amis exceptés) aujourd'hui, qui étant inconnu de moi, peut me parler de Sylvia, si ce n'est via pcc... Je me souviens particulièrement d'un livre d'elle, de la prose...Il faut que je retrouve le titre. Il est dans ma bibliothèque mais ma bibliothèque est dans les cartons depuis trois ans. Je retrouve le titre et je le donne.
 12/06/06 à 23h34
qui fait un bel hommage tout en nous plongeant dans l'oeuvre qu'on ne oeut qu'avoir envie de découvrir !
D'autant que son parcours de vie me fait un peu penser à John Kennedy Toole d'une certaine manière (sans doute le suicide, le rapport à sa mère et le connu écrivain inconnu) donc je vais aller lire Sylvia Plath !
 12/06/06 à 21h49
Moby Dick
sur ce fantastique écrivain qui figure ds mes préférés avec Dorothy Parker, le cynisme en moins.
Bravo Chnain pour ton talent et ta sensiblilité! Je me replongerai un de ces jours dans ses oeuvres mais mon moral ne me le permet guère en ce moment...
 12/06/06 à 20h05
pour m' avoir permis de connaître un écrivain !
Certains êtres ultra-sensibles ne trouvent pour s' échapper de leur néant qu' un autre néant...
Serenity.
 12/06/06 à 16h38
Chez L'harmattan :
Sylvia Plath - Une écriture embryonnaire
de Taïna Tuhkunen-Couzic (à qui j'adresse une pensée amicale...)