Sidonie était arrivée tard dans la nuit. Elle avait voyagé de longues heures, cumulant les trains express et les tortillards de province. Elle avait gardé en sûreté le bout de papier froissé que lui avait remis sa logeuse où était inscrite l'adresse du correspondant qu'elle devait rejoindre. La description que lui en avait faite sa marraine était des plus succintes. Un homme jeune, de taille moyenne, sans signe particulier. De toute façon, ce qui comptait pour Sidonie, ce n'était pas l'aspect physique mais la personalité qu'elle allait découvrir. Et pour cela, rien ne remplaçait le contact direct.
Volilà un an qu'elle était ballotée de lieux nouveaux en personnes inconnues, acceptant tous les expédients pour gagner de quoi survivre et elle commençait à se plaire dans cette existence faite d'imprévus et de rebondissements. Le seul inconvénient, c'est qu'elle avait perdu ses papiers et de ce fait, devait se cantonner dans une position marginale, frôlant sans jamais la franchir, la mouvance officielle. Cette vie de bohème inattendue laissait peu à peu quelques empreintes imperceptibles sur ce visage immaculé d'enfant dorlotée. Elle-même ne s'en rendait pas compte car son regard n'avait plus rencontré de miroir depuis de longs mois. Une cachotière, c'est ainsi q'uon la dépeignait. Les personnes qui l'avaient croisée sur son chemin n'avaient pas pu apprendre grand chose sur elle. Elle se livrait peu, usant avec art de sa faculté de parler sans jamais rien dire de révélateur. Certains avaient essayé en vain de deviner son âge. Tantôt gamine, tantôt femme qui en sait trop, on était décontenancé par ce caméléon aux couleurs sans cesse renouvelées.
On la trouvait parfois revêche. Elle souriait peut et pourtant ses rares sourires irradiaient son entourage avec une telle force qu'on avait envie de fuir de peur d'être happé par ce souffle puissant. Elle avait quelque chose de la mégère, de la furie. On ne saurait dire pourquoi mais on le ressentait confusément. Sidonie restait une énigme.
Le petit train poussif achevait sa course. Quelques voyageurs épars ornaient dans une tonalité grisâtre le compartiment vieillot, témoin de tant de villégiatures dans ce Sud-ouest hostile de la France.
C'est à Pessac qu'elle allait. Petite localité de la Gironde, ce devait ête le nouveau domicile d'une rebelle sans cesse en cavale. Pessac ou autre chose se disait-elle, pourquoi pas? Dépourvue de sens de l'orientation, elle confondait les quatre points cardinaux, les reliefs et les régions. Seuls demeuraient en elle les noms mélodieux, les accents, le souvenir d'un trottoir où une femelle hargneuse l'avait heurtée au passage, la vision d'un visage d'enfant, le regard d'un compagnon de route. Mais tout se mêlait, s'enchevêtrait pour ne former qu'un immense kaléidoscope de hiéroglyphes disparates.
Le train s'arrêta paresseusement avec un grincement qui rappelait le bâillement d'un sexagénaire bedonnnant. Elle n'avait pour tout bagage qu'une sacoche de toile bleu marine usée jusqu'à la trame. Elle se leva soudain, surprise par cet arrêt inopiné qui interrompait le flot de sa rêverie. Son coeur battait car elle n'aimait pas être dérangée. Elle attrapa son sac par la bandoulière pour l'accrocher à son épaule, geste qui lui appartenait tellement qu'il en devenait un signe distinctif.
Elle avait beaucoup imaginé son arrivée car elle était toujours pressée d'atteindre son but. Il était rare que la réalité coïncidât avec son imagination. Cette nuit-là, à la gare de Pessac, elle découvrit un quai parsemé de rares voyageurs non attendus dont elle faisait partie. Paresseuse de nature, elle rechignait déjà à l'idée de marcher pour parvenir à destination. Il faudrait sans doute interroger des passants pour trouver l'adresse. Quelle fatique de devoir demander, chercher, saluer, remercier. Passons, se disait-elle, ce n'est qu'un mauvais moment.
La rue était noire de nuit. Quelques voitures parquées devant la gare semblaient avoir largé leurs amarres pour l'éternité. Une torpeur s'empara de Sidonie qui n'arrivait pas à se décider à marcher. Elle eut un sursaut de volonté et s'élança d'un bond sans savoir où elle s'engageait. Elle connaissait par coeur l'adresse de cet inconnu :
Monsieur Edouard Valère
5, passage des Maraîchers
Elle avait déjà photograhié ce lieu jusque-là imaginaire : un nuage de nuit se repliant sur une demeure fantomatique, où devaient régner en maîtres la tradition et l'avarice. C'est cette description onirique qui allait la guider dans sa quête d'un foyer de fortune
Volilà un an qu'elle était ballotée de lieux nouveaux en personnes inconnues, acceptant tous les expédients pour gagner de quoi survivre et elle commençait à se plaire dans cette existence faite d'imprévus et de rebondissements. Le seul inconvénient, c'est qu'elle avait perdu ses papiers et de ce fait, devait se cantonner dans une position marginale, frôlant sans jamais la franchir, la mouvance officielle. Cette vie de bohème inattendue laissait peu à peu quelques empreintes imperceptibles sur ce visage immaculé d'enfant dorlotée. Elle-même ne s'en rendait pas compte car son regard n'avait plus rencontré de miroir depuis de longs mois. Une cachotière, c'est ainsi q'uon la dépeignait. Les personnes qui l'avaient croisée sur son chemin n'avaient pas pu apprendre grand chose sur elle. Elle se livrait peu, usant avec art de sa faculté de parler sans jamais rien dire de révélateur. Certains avaient essayé en vain de deviner son âge. Tantôt gamine, tantôt femme qui en sait trop, on était décontenancé par ce caméléon aux couleurs sans cesse renouvelées.
On la trouvait parfois revêche. Elle souriait peut et pourtant ses rares sourires irradiaient son entourage avec une telle force qu'on avait envie de fuir de peur d'être happé par ce souffle puissant. Elle avait quelque chose de la mégère, de la furie. On ne saurait dire pourquoi mais on le ressentait confusément. Sidonie restait une énigme.
Le petit train poussif achevait sa course. Quelques voyageurs épars ornaient dans une tonalité grisâtre le compartiment vieillot, témoin de tant de villégiatures dans ce Sud-ouest hostile de la France.
C'est à Pessac qu'elle allait. Petite localité de la Gironde, ce devait ête le nouveau domicile d'une rebelle sans cesse en cavale. Pessac ou autre chose se disait-elle, pourquoi pas? Dépourvue de sens de l'orientation, elle confondait les quatre points cardinaux, les reliefs et les régions. Seuls demeuraient en elle les noms mélodieux, les accents, le souvenir d'un trottoir où une femelle hargneuse l'avait heurtée au passage, la vision d'un visage d'enfant, le regard d'un compagnon de route. Mais tout se mêlait, s'enchevêtrait pour ne former qu'un immense kaléidoscope de hiéroglyphes disparates.
Le train s'arrêta paresseusement avec un grincement qui rappelait le bâillement d'un sexagénaire bedonnnant. Elle n'avait pour tout bagage qu'une sacoche de toile bleu marine usée jusqu'à la trame. Elle se leva soudain, surprise par cet arrêt inopiné qui interrompait le flot de sa rêverie. Son coeur battait car elle n'aimait pas être dérangée. Elle attrapa son sac par la bandoulière pour l'accrocher à son épaule, geste qui lui appartenait tellement qu'il en devenait un signe distinctif.
Elle avait beaucoup imaginé son arrivée car elle était toujours pressée d'atteindre son but. Il était rare que la réalité coïncidât avec son imagination. Cette nuit-là, à la gare de Pessac, elle découvrit un quai parsemé de rares voyageurs non attendus dont elle faisait partie. Paresseuse de nature, elle rechignait déjà à l'idée de marcher pour parvenir à destination. Il faudrait sans doute interroger des passants pour trouver l'adresse. Quelle fatique de devoir demander, chercher, saluer, remercier. Passons, se disait-elle, ce n'est qu'un mauvais moment.
La rue était noire de nuit. Quelques voitures parquées devant la gare semblaient avoir largé leurs amarres pour l'éternité. Une torpeur s'empara de Sidonie qui n'arrivait pas à se décider à marcher. Elle eut un sursaut de volonté et s'élança d'un bond sans savoir où elle s'engageait. Elle connaissait par coeur l'adresse de cet inconnu :
Monsieur Edouard Valère
5, passage des Maraîchers
Elle avait déjà photograhié ce lieu jusque-là imaginaire : un nuage de nuit se repliant sur une demeure fantomatique, où devaient régner en maîtres la tradition et l'avarice. C'est cette description onirique qui allait la guider dans sa quête d'un foyer de fortune
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C'est mince pour l'imaginaire.
"Non, où devait régner le maître dont l'avarice et la tradition l'avaient attirée"
"une quête sans réponses" ...
"Non, où devait régner le maître dont l'avarice et la tradition l'avaient attirée"
"une quête sans réponses" ...
je vais de ce pas lire immédiatelement la suite !
celui de trouver dans sa quête "un foyer de fortune" ... : un accueil riche en images nouvelles, une "personnalité à imaginer" avant que le "contact" ne s'établisse et que l'échange avec l'inconnu n'éclabousse le cours de ses pensées ...
je vais lire la suite ... bonne journée *****
je vais lire la suite ... bonne journée *****
je vais le lire votre comm. tranquillement demain à tête reposée
il mérite toute mon attention
il mérite toute mon attention
Ô oui, merveille : un tramway nommé désir
j'irai voir votre lien
C'est vrai : un peu emberlificoté
en somme un com tortillard j'adore ....euh un peu
merci : il y a une suite
on la suit !
oui, il y a une suite
j'espère que la suite est dans les tuyaux


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rivale
publié le 7 sept. 08