Ce matin j'ai revu Vertigo d'Alfred Hitchcock. J'ai compris je pense pourquoi ce film est particulier dans sa filmographie. C'est avant tout un film vertical. Un film qui va du plus profond désespoir, de la perte du partenaire, de la folie, des hantises, des psychopathologies à son opposé : l'amour, l'accomplissement, l'esprit chevaleresque, le dépassement de soi. Vertigo avait reçu un accueil froid à sa sortie parce que l'intrigue policière est résolue 30 minutes avant la fin du film, ce qui veut dire que, narrativement, ce n'est pas ça l'important dans l'histoire. L'histoire c'est ce détective (James Stewart) qui tombe amoureux de cette femme mystérieuse (Kim Novak) qui ne s'avère pas être manipulatrice mais instrument, outil d'une machination. Il tombe amoureux de ce qui l'utilise.
Le choix de Kim Novak est un peu étonnant si on se réfère aux héroïnes hitchcokiennes classiques, elle n'a pas le côté moderne de Véra Miles, pas la sophistication de Grace Kelly, ni même l'image de la femme américaine d'une Eva Marie Saint. Kim Novak est loin d'être un laideron, c'est clair, mais elle ne s'impose pas immédiatement dans le film (malgré les costumes somptueux d'Edith Head). Hitchcock la fait habiller d'un tailleur gris (couleur n'allant pas aux blondes) pour la fâner un peu plus, pour lui donner une image passée, comme un icône. C'est un peu l'image de la femme qui n'existe pas, le fantasme qu'on n'attend plus (la scène de départ avec Barbara Bel Geddes et James Stewart où ils parlent du temps qui passent et des histoires qui ne se concrétisent pas vraiment). L'ambiance du film oscille entre l'ambiance policière des années 50 et une sorte de passion intime qui va se révéler dans la scène finale et qui me fait penser à l'aspect dramaturgique des Hauts de Hurlevent. Scottie (J. Stewart) se révèle totalement pris de passion, prisonnier d'une obsession qui va l'amener à se dépasser et donc à chercher la verticale qui va le faire remonter dans le clocher où il a cru avoir perdu la femme qu'il aimait. L'intrigue policière n'a plus d'importance à ce niveau là et c'est pour ça que ce film apparaît à présent comme un des chefs-d'œuvre (voire LE chef-d'œuvre) d'Alfred Hitchcock, c'est un film qui va chercher l'amour à travers ses aspects les plus romantiques et les plus profonds. Bien entendu on passe à nouveau en revue quelques fétichismes au passage : le travestissement, cette façon d'habiller une personne pour qu'elle vous rappelle quelqu'un d'autre et donc, les détails (la coiffure de Kim Novak, la couleur des chaussures et du tailleur), les lieux…
Le film est sublime au point de vue de la chromatique, une des plus belles images étant le baiser dans la chambre d'hôtel, lumière rouge passée sur éclairage turquoise, les corps pivotent, en un instant la chambre s'efface pour devenir l'hacienda (la mission) espagnole avant de redevenir une chambre éclairée aux néons. C'est une version remaniée du fond rouge d'"Autant en emporte le vent", un négatif. C'est le héros qui est faible, c'est lui qui est menacé de folie (scène de l'hôpital), à ce moment du baiser il n'est pas concentré sur Kim Novak mais ailleurs, sur ce qui est en train de se passer en dedans de lui. Vertigo est un film sur le lâcher prise sentimental et sur ses risques, c'est avant tout un film d'amour plus qu'un thriller. C'est pour ça que je le trouve différent des autres films d'Hitchcock, l'action y est devenue purement émotionnelle. C'est aussi un film sur l'espoir qui n'est souvent qu'une illusion et sur les faux semblants qui nous font préférer le fantasme à la réalité, non pas comme un rêve mais comme une fuite. Vertigo est un film profondément éblouissant.
Le choix de Kim Novak est un peu étonnant si on se réfère aux héroïnes hitchcokiennes classiques, elle n'a pas le côté moderne de Véra Miles, pas la sophistication de Grace Kelly, ni même l'image de la femme américaine d'une Eva Marie Saint. Kim Novak est loin d'être un laideron, c'est clair, mais elle ne s'impose pas immédiatement dans le film (malgré les costumes somptueux d'Edith Head). Hitchcock la fait habiller d'un tailleur gris (couleur n'allant pas aux blondes) pour la fâner un peu plus, pour lui donner une image passée, comme un icône. C'est un peu l'image de la femme qui n'existe pas, le fantasme qu'on n'attend plus (la scène de départ avec Barbara Bel Geddes et James Stewart où ils parlent du temps qui passent et des histoires qui ne se concrétisent pas vraiment). L'ambiance du film oscille entre l'ambiance policière des années 50 et une sorte de passion intime qui va se révéler dans la scène finale et qui me fait penser à l'aspect dramaturgique des Hauts de Hurlevent. Scottie (J. Stewart) se révèle totalement pris de passion, prisonnier d'une obsession qui va l'amener à se dépasser et donc à chercher la verticale qui va le faire remonter dans le clocher où il a cru avoir perdu la femme qu'il aimait. L'intrigue policière n'a plus d'importance à ce niveau là et c'est pour ça que ce film apparaît à présent comme un des chefs-d'œuvre (voire LE chef-d'œuvre) d'Alfred Hitchcock, c'est un film qui va chercher l'amour à travers ses aspects les plus romantiques et les plus profonds. Bien entendu on passe à nouveau en revue quelques fétichismes au passage : le travestissement, cette façon d'habiller une personne pour qu'elle vous rappelle quelqu'un d'autre et donc, les détails (la coiffure de Kim Novak, la couleur des chaussures et du tailleur), les lieux…
Le film est sublime au point de vue de la chromatique, une des plus belles images étant le baiser dans la chambre d'hôtel, lumière rouge passée sur éclairage turquoise, les corps pivotent, en un instant la chambre s'efface pour devenir l'hacienda (la mission) espagnole avant de redevenir une chambre éclairée aux néons. C'est une version remaniée du fond rouge d'"Autant en emporte le vent", un négatif. C'est le héros qui est faible, c'est lui qui est menacé de folie (scène de l'hôpital), à ce moment du baiser il n'est pas concentré sur Kim Novak mais ailleurs, sur ce qui est en train de se passer en dedans de lui. Vertigo est un film sur le lâcher prise sentimental et sur ses risques, c'est avant tout un film d'amour plus qu'un thriller. C'est pour ça que je le trouve différent des autres films d'Hitchcock, l'action y est devenue purement émotionnelle. C'est aussi un film sur l'espoir qui n'est souvent qu'une illusion et sur les faux semblants qui nous font préférer le fantasme à la réalité, non pas comme un rêve mais comme une fuite. Vertigo est un film profondément éblouissant.
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trop terre à terre.
Un truc que je ne suis jamais parvenue à m'expliquer ; le personnage de Kim Novak est une prostituée un rien vulgaire, terre à terre, comment arrive-t-elle à jouer (elle, la prostituée, pas Kim Novak) une femme mystérieuse, brumeuse, lointaine ? Qui fait perdre la tête à Scottie ? Bien sûr, elle est manipulée et payée par l'ancien copain de Scottie (qui est le méchant), mais alors cela veut dire qu'elle est une sacrée bonne comédienne, et pas seulement une prostituée limitée et vulgaire...
Un truc que je ne suis jamais parvenue à m'expliquer ; le personnage de Kim Novak est une prostituée un rien vulgaire, terre à terre, comment arrive-t-elle à jouer (elle, la prostituée, pas Kim Novak) une femme mystérieuse, brumeuse, lointaine ? Qui fait perdre la tête à Scottie ? Bien sûr, elle est manipulée et payée par l'ancien copain de Scottie (qui est le méchant), mais alors cela veut dire qu'elle est une sacrée bonne comédienne, et pas seulement une prostituée limitée et vulgaire...
de l'insuccès du film et l'a attribué au vieillissement du visage de James Stewart, avec qui le public avait désormais du mal à d'identifier.
C'est l'un des rares Hitch dans lequel ne figure aucun méchant. Dans certaines scènes, la Novak fait un peu boudin à la ramasse (désolé, Paul) - sauf quand elle plane dans le musée, je le concède. Le générique de Saul Bass, d'une très grande force, est peut-être ce que le film a de moins ennuyeux.
Marnie, film presque répudié par Alfred, se regarde avec moins d'ennui. Enfin, je trouve.
C'est l'un des rares Hitch dans lequel ne figure aucun méchant. Dans certaines scènes, la Novak fait un peu boudin à la ramasse (désolé, Paul) - sauf quand elle plane dans le musée, je le concède. Le générique de Saul Bass, d'une très grande force, est peut-être ce que le film a de moins ennuyeux.
Marnie, film presque répudié par Alfred, se regarde avec moins d'ennui. Enfin, je trouve.
Bravo, un truc comme ça faut déjà l'écrire !!! 
Rita Hayworth est pas pourrie non plus, et Ava Gardner c'est pas le dernier des boudes !

Rita Hayworth est pas pourrie non plus, et Ava Gardner c'est pas le dernier des boudes !


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vittoriovon
publié le 16 août 08