Gorby se pavane. Il vient de chiper une cigarette au bout d’un bras qui traînait imprudemment à sa hauteur, et il se balade, mégot au bec, yeux plissés.
Gorby, c’est le petit dernier de la maisonnée, un corbeau. Après une chatte sauvage à l’instinct maternel hypertrophié, un hérisson boulimique, et un rat à la progéniture exponentielle, également connu sous le nom d’Akhératon, il a rejoint la maisonnée à la suite d’une mauvaise chute du nid parental. Sous la tutelle protectrice des êtres humains, il a appris à chiper, à enfouir son butin sous les petits cailloux du jardin et, perché sur l’épaule du maître, il a même pris des leçons de vol plané. Mais allez donc apprendre à un corbeau à voler quand vous n’avez que deux jambes pour courir!
Voilà bien longtemps que Gorby, fasciné par les appels de ses congénères, a réussi à décoller et à quitter la maisonnée amie, mais son petit œil noir intelligent et sa façon de tourner la tête pour vous fixer dans les yeux en se marmonnant des histoires me sont revenus à l’esprit, tout à l’heure, en regardant un corbeau planté au sommet du mât vide de drapeaux, devant ma fenêtre.
Mémoire, pensée…
C’est justement ce qu’incarnent les deux corbeaux perchés sur les épaules d’Odin dans la littérature germanique, invoqués par Hugo Pratt comme passeurs dans ses "Celtiques".
Pour les Irlandais, le corbeau hante les champs (avant qu'ils ne deviennent chants) de bataille. Il y figure Macha la déesse, un des aspects de la grande mère, sous son visage tout à la fois redoutable et accueillant de la mort. Au tournant des XVIème et XVIIème siècle, une des chansons anglaises les plus emblématiques de cette époque, qui vit balades populaires et chansons de cour rivaliser de virtuosité, évoque les héritiers de Macha, trois corbeaux assis sur un arbre qui guettent le moment d’aller dépecer un chevalier mort protégé des agresseurs par ses lévriers, ses faucons et finalement une biche qui vient l’enterrer avant de mourir de tristesse.
Mais avant de dresser sa silhouette squelettique sur les champs de bataille du triste occident, le corbeau fut jadis symbole d’espoir.
Dans la version babylonienne du déluge, qui précède de plus de mille ans le récit qu’en feront les Hébreux dans la bible, à l’occasion de leur déportation en exil dans la cité de Nabuchodonosor, il est étrange de voir que ce n’est pas la colombe, lâchée hors de l’arche qui annonce le reflux des eaux, mais le corbeau, oiseau sage et prospère.
Pensée et mémoire…
Qu’est-ce donc que ce corbeau voulait me rappeler tout à l’heure, sinon l’histoire d’une vieille alliance entre nos deux races ?
Gorby, c’est le petit dernier de la maisonnée, un corbeau. Après une chatte sauvage à l’instinct maternel hypertrophié, un hérisson boulimique, et un rat à la progéniture exponentielle, également connu sous le nom d’Akhératon, il a rejoint la maisonnée à la suite d’une mauvaise chute du nid parental. Sous la tutelle protectrice des êtres humains, il a appris à chiper, à enfouir son butin sous les petits cailloux du jardin et, perché sur l’épaule du maître, il a même pris des leçons de vol plané. Mais allez donc apprendre à un corbeau à voler quand vous n’avez que deux jambes pour courir!
Voilà bien longtemps que Gorby, fasciné par les appels de ses congénères, a réussi à décoller et à quitter la maisonnée amie, mais son petit œil noir intelligent et sa façon de tourner la tête pour vous fixer dans les yeux en se marmonnant des histoires me sont revenus à l’esprit, tout à l’heure, en regardant un corbeau planté au sommet du mât vide de drapeaux, devant ma fenêtre.
Mémoire, pensée…
C’est justement ce qu’incarnent les deux corbeaux perchés sur les épaules d’Odin dans la littérature germanique, invoqués par Hugo Pratt comme passeurs dans ses "Celtiques".
Pour les Irlandais, le corbeau hante les champs (avant qu'ils ne deviennent chants) de bataille. Il y figure Macha la déesse, un des aspects de la grande mère, sous son visage tout à la fois redoutable et accueillant de la mort. Au tournant des XVIème et XVIIème siècle, une des chansons anglaises les plus emblématiques de cette époque, qui vit balades populaires et chansons de cour rivaliser de virtuosité, évoque les héritiers de Macha, trois corbeaux assis sur un arbre qui guettent le moment d’aller dépecer un chevalier mort protégé des agresseurs par ses lévriers, ses faucons et finalement une biche qui vient l’enterrer avant de mourir de tristesse.
Mais avant de dresser sa silhouette squelettique sur les champs de bataille du triste occident, le corbeau fut jadis symbole d’espoir.
Dans la version babylonienne du déluge, qui précède de plus de mille ans le récit qu’en feront les Hébreux dans la bible, à l’occasion de leur déportation en exil dans la cité de Nabuchodonosor, il est étrange de voir que ce n’est pas la colombe, lâchée hors de l’arche qui annonce le reflux des eaux, mais le corbeau, oiseau sage et prospère.
Pensée et mémoire…
Qu’est-ce donc que ce corbeau voulait me rappeler tout à l’heure, sinon l’histoire d’une vieille alliance entre nos deux races ?
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les mieux nourris et protégés car l'on dit que le jour où il n'y aura plus aucun corbeau à cet endroit la royauté n'existera plus...
http://youtube.com/watch?v=u71lVaE3zQs
http://youtube.com/watch?v=u71lVaE3zQs
Décidément, les corbeaux sont partout.
super com'.
et ça m'éclaire les corbeaux dans le ciel lourd d'un tableau de vincent van gogh, merci
et ça m'éclaire les corbeaux dans le ciel lourd d'un tableau de vincent van gogh, merci

c'est que en francais, on parle de Nuée de corbeau (comme des nuages, ou des pluies), et qu'en anglais, on dit murder of crows.
(il fume). Belle maisonnée; comm rafraîchissant, avec des réactions au diapason: ça fait du bien.
un p'tit crôassant, Lucie ?
J'ai l'impression d'avoir deux corbeaux perchés, un sur chaque épaule.
L'un me sussure à l'oreille gauche, l'autre crôasse à mon oreille droite.
L'un me sussure à l'oreille gauche, l'autre crôasse à mon oreille droite.
revenons à nos corbacs...
tu connais le crapaud qui voulait devenir plus gros que la vache ?
zétaient pas perchés sur un gruyère plutôt ?
de problème heing ???
Et bien sûr, tous deux perchés sur la bruyère en pensant je bois l'eau, mais demain je me mets au pinard ! 

y a atchev !
(à vos souhaits !)
(à vos souhaits !)
mâle : un molière
femelle : une racine
femelle : une racine
Un mâle corbeau, une femelle corbeau.
Un mâle corneille, une femelle corneille .
Un mâle grenouille, une femelle grenouille .
Un mâle crapaud, une femelle crapaud.
( à apprendre par coeur et recopier cent fois )
Sinon, pour le dimorphisme sexuel chez ces oiseaux-là, quasi imossible à savoir à l'oeil nu : peut-être la longueur d'UNE seule plume, parfois même moins d'indices .
Des fourbes !
Un mâle corneille, une femelle corneille .
Un mâle grenouille, une femelle grenouille .
Un mâle crapaud, une femelle crapaud.
( à apprendre par coeur et recopier cent fois )
Sinon, pour le dimorphisme sexuel chez ces oiseaux-là, quasi imossible à savoir à l'oeil nu : peut-être la longueur d'UNE seule plume, parfois même moins d'indices .
Des fourbes !
mais après avoir lu ce comm. et ces réactions (très inspirées ma fois), je vais sans doute revoir ma position...
cependant, entre nous, je suis surprise qu'un oiseau noir symbolisait l'espoir...on en apprends tous les jours sur PCC
cependant, entre nous, je suis surprise qu'un oiseau noir symbolisait l'espoir...on en apprends tous les jours sur PCC

persan... 

Comment sait-on si un corbeau a l'instinct maternel hypertrophié ?
Au fait, c'est quoi le nom de la femelle du corbeau ? (Oui, je sais que ça n'est pas la corbeille !)
Et euh... à quoi reconnaît-on qu'on a affaire à Madame ou à Monsieur ?
Finalement, un chat, c'est assez pratique, non ?
l'art du peuple haida et certaines iles sont classées patrimoine mondial de l'UNESCO.
http://youtube.com/watch?v=1RZx1mysvNg
http://youtube.com/watch?v=1RZx1mysvNg
Le cheval, qui ne sent ni le mors ni la selle,
Toujours fuit, et toujours son sang coule et ruisselle,
Sa chair tombe en lambeaux ;
Hélas ! voici déjà qu'aux cavales ardentes
Qui le suivaient, dressant leurs crinières pendantes,
Succèdent les corbeaux
Les corbeaux, le grand-duc à l'oeil rond, qui s'effraie,
L'aigle effaré des champs de bataille, et l'orfraie,
Monstre au jour inconnu,
Les obliques hiboux, et le grand vautour fauve
Qui fouille au flanc des morts, où son col rouge et chauve
Plonge comme un bras nu !
Tous viennent élargir la funèbre volée ;
Tous quittent pour le suivre et l'yeuse isolée
Et les nids du manoir.
Lui, sanglant, éperdu, sourd à leurs cris de joie
Demande en les voyant : qui donc là-haut déploie
Ce grand éventail noir ?
La nuit descend lugubre, et sans robe étoilée.
L'essaim s'acharne, et suit, tel qu'une meute ailée,
Le voyageur fumant.
Entre le ciel et lui, comme un tourbillon sombre,
Il les voit, puis les perd, et les entend dans l'ombre
Voler confusément.
http://www.youtube.com/watch?v=9XTpwihpddI
Toujours fuit, et toujours son sang coule et ruisselle,
Sa chair tombe en lambeaux ;
Hélas ! voici déjà qu'aux cavales ardentes
Qui le suivaient, dressant leurs crinières pendantes,
Succèdent les corbeaux
Les corbeaux, le grand-duc à l'oeil rond, qui s'effraie,
L'aigle effaré des champs de bataille, et l'orfraie,
Monstre au jour inconnu,
Les obliques hiboux, et le grand vautour fauve
Qui fouille au flanc des morts, où son col rouge et chauve
Plonge comme un bras nu !
Tous viennent élargir la funèbre volée ;
Tous quittent pour le suivre et l'yeuse isolée
Et les nids du manoir.
Lui, sanglant, éperdu, sourd à leurs cris de joie
Demande en les voyant : qui donc là-haut déploie
Ce grand éventail noir ?
La nuit descend lugubre, et sans robe étoilée.
L'essaim s'acharne, et suit, tel qu'une meute ailée,
Le voyageur fumant.
Entre le ciel et lui, comme un tourbillon sombre,
Il les voit, puis les perd, et les entend dans l'ombre
Voler confusément.
http://www.youtube.com/watch?v=9XTpwihpddI
d'un cimetière où sont plantés de grands arbres et où de l'autre côté du mur s'amusent les enfants de l'école, la mort côtoie la vie et les vivants viennent visiter les morts. Lorsque j'entre dans cet endroit, je croise souvent un vieux corbeau, je suis sur son domaine et il ne s'éloigne pas, il n'a pas peur, il est ici le roi.
Banshee.
C'était au début des années 90, juillet 1992, j'étais à Bagnolet chez un Bdiste d'occasion. Etales fournis, murs de couleurs à travers les toiles des couvertures exposées en fresques. Les allées, organisées autour de grands présentoirs, comme d'immenses tables, offrant sur des étagères basses des linéaires de casiers, où s'enchevetraient une multitude de titres, de série, de collections, laissaient libre cours à l'évasion et offraient dans leurs recoins tous les raisons pour se laisser enfermer dans ce labirynthe.
Aux détours de quelques hazards, je rencontrais Banshee. Je tombais sous le charme de cette irlandaise, intrigué par cette mélancolie naît de l'incertitude des lendemains en des temps tourmentés. J'aurai donné beaucoup pour la croiser, son souvenir m'a toujours accompagné entre idéal et flâneries sentimentales.
Elle flotte dans l'univers des légendes celtiques annonciatrice de la mort pour ceux qui entendent son cri.
Je m'amuse d'avoir été tout ce temps accompagné par le souvenir d'une héroïne imaginaire qui porte le prénom d'une sorcière, à priori, de mauvais présage. Mon idéal, tacheté, devenait subliminal.
J'ai peut-être croisé ma Banshee. Voix un peu cassée, frimousse espiègle, teint moucheté, attitude démarquée, détonnante, élégante, enivrante. Son charme tout singulier, sans apparat, m'agite tout au long de la nuit. Ce n'est plus un simple rêve, comme un agglomérat cosmique, aujourd'hui il se matérialise en une étoile dont la lumière atteint enfin les longueurs d'onde du visible. Je suis comme aveuglé mais , comme en sacerdoce, je marche sans crainte. Je suis avide mais je me laisse porté au rythme du temps. Son souvenir se focalise dans un zoom continu et laisse en arrière plan le flou quotidien. Je surprends une grande sensibilité sous une détermination agitée apparente, une sincérité simple naturelle dont je me délecte tout simplement.
Certaines suggèrent quand vous les croisez, l'effroi, aujourd'hui je suis sous l'émoi, j'ai découvert un trésor.
C'était au début des années 90, juillet 1992, j'étais à Bagnolet chez un Bdiste d'occasion. Etales fournis, murs de couleurs à travers les toiles des couvertures exposées en fresques. Les allées, organisées autour de grands présentoirs, comme d'immenses tables, offrant sur des étagères basses des linéaires de casiers, où s'enchevetraient une multitude de titres, de série, de collections, laissaient libre cours à l'évasion et offraient dans leurs recoins tous les raisons pour se laisser enfermer dans ce labirynthe.
Aux détours de quelques hazards, je rencontrais Banshee. Je tombais sous le charme de cette irlandaise, intrigué par cette mélancolie naît de l'incertitude des lendemains en des temps tourmentés. J'aurai donné beaucoup pour la croiser, son souvenir m'a toujours accompagné entre idéal et flâneries sentimentales.
Elle flotte dans l'univers des légendes celtiques annonciatrice de la mort pour ceux qui entendent son cri.
Je m'amuse d'avoir été tout ce temps accompagné par le souvenir d'une héroïne imaginaire qui porte le prénom d'une sorcière, à priori, de mauvais présage. Mon idéal, tacheté, devenait subliminal.
J'ai peut-être croisé ma Banshee. Voix un peu cassée, frimousse espiègle, teint moucheté, attitude démarquée, détonnante, élégante, enivrante. Son charme tout singulier, sans apparat, m'agite tout au long de la nuit. Ce n'est plus un simple rêve, comme un agglomérat cosmique, aujourd'hui il se matérialise en une étoile dont la lumière atteint enfin les longueurs d'onde du visible. Je suis comme aveuglé mais , comme en sacerdoce, je marche sans crainte. Je suis avide mais je me laisse porté au rythme du temps. Son souvenir se focalise dans un zoom continu et laisse en arrière plan le flou quotidien. Je surprends une grande sensibilité sous une détermination agitée apparente, une sincérité simple naturelle dont je me délecte tout simplement.
Certaines suggèrent quand vous les croisez, l'effroi, aujourd'hui je suis sous l'émoi, j'ai découvert un trésor.
Nan, je demande, parce que j'en ai deux chez moi depuis hier... Ma fille les a reçus d'un camarade. D'un sens, comme NAC je préfère ça aux mygales ou aux pythons, mais si en plus ça pouvait être symbole de quelque chose...
... tu nous écriras la ballade du dos fin ?

Mais pas en même temps .
Je confirme, le bestiau est remarquablement intelligent, facétieux et affectueux, si si .
Mais alors, je te dis pas le voisinage quand je jardinais ou me promenais avec mon " oiseau de mauvaise augure" sur l'épaule !!!
Et l'un de deux enfoirés, Crow, se mettait dans la brouette PLEINE de gravats à l'aller, et sur mon épaule lorsque je l'avais vidée : jamais pu lui faire admettre de faire l'inverse !
Je confirme, le bestiau est remarquablement intelligent, facétieux et affectueux, si si .
Mais alors, je te dis pas le voisinage quand je jardinais ou me promenais avec mon " oiseau de mauvaise augure" sur l'épaule !!!
Et l'un de deux enfoirés, Crow, se mettait dans la brouette PLEINE de gravats à l'aller, et sur mon épaule lorsque je l'avais vidée : jamais pu lui faire admettre de faire l'inverse !

Les Améridiens et Poe, j'y pensais.
Et il n'y a pas une vieille légende, quelque part, où le corbeau est voleur de soleil?
Et il n'y a pas une vieille légende, quelque part, où le corbeau est voleur de soleil?
toujours d'apres mes souvenirs, ce sont les haidas, les kwaikiutl et les tlingit qui le pratiquait.
Sans compter leurs splendides totems.
Sans compter leurs splendides totems.
28/05/08 à 23h46
qui permettait justement les rencontres entre différentes familles d'îles différentes et l'occasion de recevoir en faisant des dons. Marcel Mauss, anthropologue, les a bien étudiés dans son ouvrage "Essai sur le don".
28/05/08 à 23h39
saxons bien sûr...
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, – murmurai-je, – qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela et rien de plus. »
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, – et qu’ici on ne nommera jamais plus.
Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; – c’est cela même, et rien de plus. »
Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, dis-je, ou madame, en vérité, j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu frapper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; – les ténèbres, et rien de plus.
Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » – C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » Purement cela, et rien de plus.
Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, – dis-je, – sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; – c’est le vent, et rien de plus. »
Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; – il se percha, s’installa, et rien de plus.
Alors, cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, – lui dis-je, – soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que – Jamais plus !
Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, – jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : Sans doute, – dis-je, – ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : « Jamais – jamais plus ! »
Mais le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son – Jamais plus !
Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur : je cherchai à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, – ah ! jamais plus !
Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient les séraphins dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre. « Infortuné ! – m’écriai-je, – ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : «Jamais plus ! »
« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, – dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! – hurlai-je en me redressant. – Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, – jamais plus
E.A.Poe
Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, – et qu’ici on ne nommera jamais plus.
Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; – c’est cela même, et rien de plus. »
Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, dis-je, ou madame, en vérité, j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu frapper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; – les ténèbres, et rien de plus.
Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » – C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » Purement cela, et rien de plus.
Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, – dis-je, – sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; – c’est le vent, et rien de plus. »
Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; – il se percha, s’installa, et rien de plus.
Alors, cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, – lui dis-je, – soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que – Jamais plus !
Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, – jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : Sans doute, – dis-je, – ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : « Jamais – jamais plus ! »
Mais le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son – Jamais plus !
Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur : je cherchai à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, – ah ! jamais plus !
Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient les séraphins dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre. « Infortuné ! – m’écriai-je, – ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : «Jamais plus ! »
« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, – dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Prophète ! – dis-je, – être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! – hurlai-je en me redressant. – Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »
Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, – jamais plus
E.A.Poe
c'est eux qui faisait le pochtlatch, je crois.
que la deuxieme partie de mon prenom, Bertrand, signifie Corbeau Glorieux.
Et effectivement, deux corbeaux accompagnent le Pere de Tout, Seigneur des Potences.
Mais le corbeau a en general une image ambivalente. Il est messager, malin, perspicace, mais aussi charognard. Dans les poemes nordique, ils sont appelés "cygne de sang" (c'est un kenning), montrant ainsi leur role apres les batailles.
sans compter les mythologie amerindienne ou, avec coyote dans certains endroit, il est le farceur malin qui va defier les dieux et se moquer d'eux. Role primordial dans toute les mythologie.
Bref, j'aime bien les corbeaux.
Et effectivement, deux corbeaux accompagnent le Pere de Tout, Seigneur des Potences.
Mais le corbeau a en general une image ambivalente. Il est messager, malin, perspicace, mais aussi charognard. Dans les poemes nordique, ils sont appelés "cygne de sang" (c'est un kenning), montrant ainsi leur role apres les batailles.
sans compter les mythologie amerindienne ou, avec coyote dans certains endroit, il est le farceur malin qui va defier les dieux et se moquer d'eux. Role primordial dans toute les mythologie.
Bref, j'aime bien les corbeaux.
et beauté, cela à le mérite d'être souligné, un petit brin de mémoire dans un écrin d'histoire...
Je vous en remercie. A bientôt
Je vous en remercie. A bientôt
28/05/08 à 23h24
une famille. Les mariages devaient se conclure entre les deux principales familles, celle du corbeau et celle de l'aigle. ce sont des populations situées dans l'Archipel de la Reine-Charlotte au Sud de l'Alaska.
se reposent sur le trône d'Odin : Hugin, l'esprit et Munnin, la mémoire.
Brünnhilde les envoie vers Wotan au moment de son "sati" (elle se jette dans le bûcher funéraire de Siegfried - Crépuscule- Acte III). Punaise ! La fin des dieux est proche !
http://www.youtube.com/watch?v=e8RCVX7wAOA
Brünnhilde les envoie vers Wotan au moment de son "sati" (elle se jette dans le bûcher funéraire de Siegfried - Crépuscule- Acte III). Punaise ! La fin des dieux est proche !
http://www.youtube.com/watch?v=e8RCVX7wAOA
mais ils ne se laissent pas faire, les bougres !


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seleucie
publié le 28 mai 08