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 "un double (fantomatique et méticuleux)"
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catégorie : tranche de vie
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la fatigue sur les paupières.

dîner dehors comme si c'était déjà l'été. la tension du ciel à l'heure bleue juste dans l'alignement des réverbères.

et pour s'oublier dans la nuit, se finir à la prune de Maria Au Bon Coin.

vrombissement assourdissant des voitures descendant la rue.
dans la remontée vers Lamarck, les marches de l'escalier entre les immeubles sont comme obliquées par l'alcool.

[Elle] s'accroche à son épaule en soufflant.

l'appartement, un peu plus haut dans la rue Caulaincourt. un peu plus en retrait au fond de la cour.
par dessus l'été, l'histoire se retisse : remonter ou descendre la rue Ramey. attendre le 60 rue Ordener, le 56 à Château rouge, le 80 rue Custine. la librairie de Paris ou celle sur le butte, ouverte même le dimanche.
plus loin, si vague, Paul aux Abbesses et avoir perdu tout courage pour l'appeler.

là, en bas, la rue Montcalm encore tapie jusqu'au 17ème arrondissement.
une sombre histoire. des gestes nerveux qu'on croit reconnaître devant cet horrible Pradel.

sur la gauche, vers Rochechouart, ce qui se tisse en parallèle, ce qu'[Elle] tais.
le nom d'un autre au bord des lèvres.

parcours balisé d'une géographie sensible, d'ici, [Elle] se souvient _cimetières des dimanches, appuyée contre la balustrade.
en face, au bout de la cour, le cimetière Montmartre. c'était la fin de l'été. une pluie torrentielle, ce 20 août là, entre les tombes.
contre la balustrade, [Elle] pourra attendre, Place de Clichy, que la pluie cesse de tomber.
à la fin de cet été, [Elle] sourira aux des cormorans, vastes oiseaux des mers, qui hurlent en descendant la rue d'Anvers.

et de semaine en semaine, croiser le cadavre à Charonne.

c'est toujours là : l'absence, la déliaison.
quelques secondes de silence entre ses phrases.
l'ombre d'une autre derrière ses gestes.

[Elle] fume dans le fauteuil blanc au milieu du couloir, l'un de ses carnets noirs oublié au bout du bras.

un peu plus haut dans la rue Caulaincourt, comme on a tout arrêté il y a 6 mois.
ou comme on a tout recommencé, il y a 4 ans.

suspension temporelle.
toutes les rues qui serpentent depuis la butte en attendant la fin de l'hiver.

7h du matin. ne pas dormir avant d'avoir l'assurance que le soleil est levé.
un reste des peurs d'enfance lorsqu'on refusait d'éteindre la petite lampe de chevet.
la lumière qui pourtant, ne protège de rien.

au présent, son être difracté par les fenêtres des cafés plongeant vers les avenues. chaque jour, elle croise des dizaines de reflets de son visage.

jouer à s'amuser de la nouveauté.
donner le change alors qu'elle est vidée depuis bien des années.
ployer le corps comme attendu.

sourire par dessus les désastres.
répéter comme l'ultime prière d'un incroyant.
sourire par dessus les désastres.


les autres, rarement, de plus en plus rarement, [Elle] se souvient des prénoms.

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réactions : 14
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Voici les 14 dernières réactions à ce commentaire
 Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
 29/01/08 à 22h58
le mien de Un homme qui dort est là http://fr.youtube.com/watch?v=aU0wP3xu1fA
et c'est le seul film de Bernard Queysanne
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! Mais non cent fois non !

"L'homme qui dort", c'est un très beau film de Kohei Oguri (1990), sur l'âme du mort qui s'attarde n'est-ce pas, Charonne, Pradel et tous les piliers de tombeaux de Montmartre en savent quelque chose !!
http://www.trigon-film.ch/fr/movies/Sleeping_man

Ah là là je suis déçu chère Words, moi qui t'imaginais "sourire aux astres, insensible aux désastres", narguant l'éternité d'un bon sommeil de plomb ! Mais croire à ton regard d'enfant devant sa lampe est une compensation.
 29/01/08 à 22h05
c'est avec Perec qu'il faut voir ça.
c'est donc une citation d'Un homme qui dort
 29/01/08 à 19h44
avec ravissement dans tes méandres.
 29/01/08 à 19h18
Ce texte sans le titre, ce serait trop dommage !
parisiennes où vous semblez comme en errance de vous-même.Vous avez une très belle plume!
 29/01/08 à 13h52
plus pratique que de trouver un nom de personnage. et moins artificiel (enfin, si on peut encore trouver quelque chose de plus artificiel que le texte lui même), surtout.
puis oui, ça flirte avec un [Je] décalé. parce que ça m'amuse.
la Prune de Maria, parce que chacun ses références et son morceau de butte.
Comment t'appelles-tu déjà ?
La prune de Maria, bon, d'accord, mais pourquoi pas l'opium ?!

Ces numéros toujours, comme des bouées. Des pointillés.

Au coeur du cimetière Montmartre vaque un petit âne d'osier, dans sa prairie de tickets de métro. A l'étage en-dessous, il poinçonnait aux Lilas. Il n'aurait non plus renié ni l'opium, ni Maria - non plus que Marilou, sous la neige.

Mes cormorans de la Place de Clichy, qui remontent son avenue, sont oiseaux d'autre volée, ou plutôt d'autre genre : nyctalopes, transformé-e-s, soustracteurs de portefeuilles à la volée, qui ne rechignent pas à hurler à leur tour, à geindre ou à miauler, à perforer l'aurore : les Créatures. Camus parlait "d'oiseaux en cage" - mais en son temps hormones et chirurgie n'avaient pas ces pouvoirs.

Les latences, c'est cela - espaces absents, temps morts, fêlures des rêves ou gersures liminales, lumières d'aurores qui nous retiennent. Sometimes it snows in april. Mais "Quand la folie des hommes nous mène à l'horreur / Nous mène au dégpût (...) / Même si tu ne crois plus à l'aurore / Tu verras, le jour se lève encore".

Etonnés, on reprend le corps à corps.
Mais, qui est [Elle] ?
 29/01/08 à 10h56
camilleclaudel
géographie des lieux, la précision du vocabulaire, les déambulations dans Paris, les je-me-souviens... C'est épuré et très beau.
C'est plein de trous tout ça, de toute façon.
 29/01/08 à 10h09