Ce samedi, ski nautique sur la mangrove. Un ami de Christian nous emmène sur un
Zodiac.
Avant l’embarquement, échange de plaisanteries sur les crocos guettant leurs proies, de préférence les nouveaux venus à la peu blanche ; propos péremptoires du propriétaire du Zodiac, très « white hunter ». Il y a beaucoup de crocodiles dans la mangrove. Ce n’est pas dangereux, le bruit du moteur les effraye, ils se sauvent. Il est né ici, skie une fois par semaine depuis l’âge de huit ans, n’a jamais été témoin d’une attaque. Du moins, tant que le skieur reste sur les skis, précise-t-il dans le plus pur humour colonial. Auquel j’ajoute ma touche personnelle, à l’intention de Jean-Charles :
- Eh bien, tu vois, si tu tombes, tu n’auras qu’à faire « vroom vroom » le plus fort possible ! Pas « pimpon », « vroom, vroom ». Te trompes pas.
Nous partons. La chaleur se met en mouvement, comme brassée par un gros ventilateur. Une pensée me taraude depuis ce matin : l’échec de mon unique tentative précédente, une belle après-midi d’été de 1963, sur une base nautique de la Saône. J’avais été pris d’appréhension en m’avançant sur le ponton et définitivement inhibé en pénétrant dans une eau de rivière froide, glauque, à la forte odeur de vase. Bien que bon skieur, j’avais échoué à décoller après une dizaine de tentatives.
Christian décrète qu’afin d’alléger le bateau deux d’entre nous seront alternativement déposés sur la rive. Jean-Charles allègue sa fatigue pour ne pas skier et se propose comme premier volontaire ; par amitié, je l’accompagne.
Nous accostons sur une petite langue de sable encadrée de grands arbres au branchage feuillu affleurant le sol, sous lequel nous nous abritons du soleil. Jean-Charles n’a pas apprécié les vannes du départ :
- Ils sont lourds, tes acolytes ; et toi, qui te mets au diapason. Ils seraient moins farauds dans les rues chaudes de Montparnasse ; toi, aussi d’ailleurs. Ce sont de parfaits spécimens de médiocre que la colonie rend arrogant, il y en a dans ma famille. Nos amis de la France d’Outre Mer ont une autre tenue : ils ne frayaient ni avec l’indigène ni avec le tout venant. Hans aussi a de l’allure, il aurait été magnifique en capitaine SS entrant dans Paris à la tourelle de son char !
- Je ne suis pas sûr que le compliment le flatterait ; quant au reste, nous ne sommes pas ici pour restaurer l’Empire africain français et le prestige de l’homme blanc, mais pour le dollar. Cela appelle des accommodements avec les contingences.
- Contingences, contingences, contingences ! s’exclame Jean-Charles en élevant les bras vigoureusement par trois fois, mimant de Gaulle en train de fustiger les zélateurs de l’Europe. Dans le mouvement, alourdi par l’eau, son slip de bain, d’une médiocre qualité, pendouille autour de ses cuisses livides.
- Il ne faut pas rester sous le baobab, c’est très dangereux, il y a le boa !
Un vieux Noir, surgi d’un petit chemin de terre que nous n’avions pas remarqué, s’approche, très inquiet ; surpris, nous nous tournons vers lui, écarquillant les yeux, hébétés. Il tend le bras vers l’arbre qui nous surplombe et répète son avertissement :
- Oui, le boa, il est dans l’arbre. Il tombe sur vous d’un seul coup et vous étouffe ; c’est arrivé à un jeune du village, l’an dernier. Il faut partir.
Nous quittons prestement une ombre soudainement lourde de menaces, remerciant avec effusion le vieux Noir qui poursuit son chemin en répétant, « très dangereux le boa, oui, très très, il faut apporter l’attention »
Partagés entre le doute et la peur rétrospective, nous nous postons, nigauds et vexés, en plein soleil. Je reprends mes esprits et déclare en souriant avec l'aplomb du vieux briscard :
- Eh oui, c’est l’Afrique, bwana, on n’est pas au jardin du Luxembourg ou en Normandie. Saint-Louis n’aurait pu rendre la justice sous un arbre ici ! Tu vois, il faut écouter les vieux de la FOM, se méfier de tout endroit désert, même s’il semble paisible.
L’eau tentatrice grouille de crocodiles ; l’ombre protectrice cache un danger mortel ; le ciel d’un bleu violent agresse la vue ; le soleil fracasse nos fragiles têtes européennes :
- Ça n’a pas été trop long ? lance Christian au moment où le Zodiac nous récupère enfin.
- Non, on a juste échappé au boa !
C’est à mon tour. L’eau est douce, j’ai un statut de héros depuis ma sortie du Georges V. J’émerge au premier essai. Christian, qui pilote, accélère ; plaisir retrouvé du ski et de la vitesse, larges courbes, grande gerbe d’écume en frôlant la rive. Christian ralentit, je m’enfonce dans l’eau, puis flotte en savourant la beauté d’un paysage maintenant amical. L’Afrique me va bien.
- Dépêche-toi, Julien, le crocodile va te manger ! lance Christian.
Je me hisse en souriant sur le Zodiac :
- Les crocos, je les ai entendus, ils disaient, « le blanc, il fait l’hydravion le fleuve, il est trop fort !
Zodiac.
Avant l’embarquement, échange de plaisanteries sur les crocos guettant leurs proies, de préférence les nouveaux venus à la peu blanche ; propos péremptoires du propriétaire du Zodiac, très « white hunter ». Il y a beaucoup de crocodiles dans la mangrove. Ce n’est pas dangereux, le bruit du moteur les effraye, ils se sauvent. Il est né ici, skie une fois par semaine depuis l’âge de huit ans, n’a jamais été témoin d’une attaque. Du moins, tant que le skieur reste sur les skis, précise-t-il dans le plus pur humour colonial. Auquel j’ajoute ma touche personnelle, à l’intention de Jean-Charles :
- Eh bien, tu vois, si tu tombes, tu n’auras qu’à faire « vroom vroom » le plus fort possible ! Pas « pimpon », « vroom, vroom ». Te trompes pas.
Nous partons. La chaleur se met en mouvement, comme brassée par un gros ventilateur. Une pensée me taraude depuis ce matin : l’échec de mon unique tentative précédente, une belle après-midi d’été de 1963, sur une base nautique de la Saône. J’avais été pris d’appréhension en m’avançant sur le ponton et définitivement inhibé en pénétrant dans une eau de rivière froide, glauque, à la forte odeur de vase. Bien que bon skieur, j’avais échoué à décoller après une dizaine de tentatives.
Christian décrète qu’afin d’alléger le bateau deux d’entre nous seront alternativement déposés sur la rive. Jean-Charles allègue sa fatigue pour ne pas skier et se propose comme premier volontaire ; par amitié, je l’accompagne.
Nous accostons sur une petite langue de sable encadrée de grands arbres au branchage feuillu affleurant le sol, sous lequel nous nous abritons du soleil. Jean-Charles n’a pas apprécié les vannes du départ :
- Ils sont lourds, tes acolytes ; et toi, qui te mets au diapason. Ils seraient moins farauds dans les rues chaudes de Montparnasse ; toi, aussi d’ailleurs. Ce sont de parfaits spécimens de médiocre que la colonie rend arrogant, il y en a dans ma famille. Nos amis de la France d’Outre Mer ont une autre tenue : ils ne frayaient ni avec l’indigène ni avec le tout venant. Hans aussi a de l’allure, il aurait été magnifique en capitaine SS entrant dans Paris à la tourelle de son char !
- Je ne suis pas sûr que le compliment le flatterait ; quant au reste, nous ne sommes pas ici pour restaurer l’Empire africain français et le prestige de l’homme blanc, mais pour le dollar. Cela appelle des accommodements avec les contingences.
- Contingences, contingences, contingences ! s’exclame Jean-Charles en élevant les bras vigoureusement par trois fois, mimant de Gaulle en train de fustiger les zélateurs de l’Europe. Dans le mouvement, alourdi par l’eau, son slip de bain, d’une médiocre qualité, pendouille autour de ses cuisses livides.
- Il ne faut pas rester sous le baobab, c’est très dangereux, il y a le boa !
Un vieux Noir, surgi d’un petit chemin de terre que nous n’avions pas remarqué, s’approche, très inquiet ; surpris, nous nous tournons vers lui, écarquillant les yeux, hébétés. Il tend le bras vers l’arbre qui nous surplombe et répète son avertissement :
- Oui, le boa, il est dans l’arbre. Il tombe sur vous d’un seul coup et vous étouffe ; c’est arrivé à un jeune du village, l’an dernier. Il faut partir.
Nous quittons prestement une ombre soudainement lourde de menaces, remerciant avec effusion le vieux Noir qui poursuit son chemin en répétant, « très dangereux le boa, oui, très très, il faut apporter l’attention »
Partagés entre le doute et la peur rétrospective, nous nous postons, nigauds et vexés, en plein soleil. Je reprends mes esprits et déclare en souriant avec l'aplomb du vieux briscard :
- Eh oui, c’est l’Afrique, bwana, on n’est pas au jardin du Luxembourg ou en Normandie. Saint-Louis n’aurait pu rendre la justice sous un arbre ici ! Tu vois, il faut écouter les vieux de la FOM, se méfier de tout endroit désert, même s’il semble paisible.
L’eau tentatrice grouille de crocodiles ; l’ombre protectrice cache un danger mortel ; le ciel d’un bleu violent agresse la vue ; le soleil fracasse nos fragiles têtes européennes :
- Ça n’a pas été trop long ? lance Christian au moment où le Zodiac nous récupère enfin.
- Non, on a juste échappé au boa !
C’est à mon tour. L’eau est douce, j’ai un statut de héros depuis ma sortie du Georges V. J’émerge au premier essai. Christian, qui pilote, accélère ; plaisir retrouvé du ski et de la vitesse, larges courbes, grande gerbe d’écume en frôlant la rive. Christian ralentit, je m’enfonce dans l’eau, puis flotte en savourant la beauté d’un paysage maintenant amical. L’Afrique me va bien.
- Dépêche-toi, Julien, le crocodile va te manger ! lance Christian.
Je me hisse en souriant sur le Zodiac :
- Les crocos, je les ai entendus, ils disaient, « le blanc, il fait l’hydravion le fleuve, il est trop fort !
réactions : 13
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Voici les 13 dernières réactions à ce commentaire
Date
Titre (cliquez pour lire)
Rédacteur
21/06/08 à 17h04
préférais en joueur!
21/06/08 à 12h25
Ouais en plus ils sont sponsorisés par Pepsi l'USAP, ça marquerait mal.
Ouaip ça ressemble à l'année ou jamais puissance 10 pour l'ASM, sont favoris et ça serait mérité je pense. Après sur un match...je dis 17-11 pour l'ASM et style 31-8 pour Toulouse.
Quand il annonce un nom en général, c'est que c'est du sérieux Echt', les pourpalers sont déjà engagés quand ça s'ébruite. Ouais au début quand il parlait d'Umaga, Oliver, Mehrtens ouais ça passait pour du flan
mais après ils ont signé pour de bon et ..Gregan, Matfield et encore cette année...
le problème oui c'est les jeunes du cru après.
Quand il annonce un nom en général, c'est que c'est du sérieux Echt', les pourpalers sont déjà engagés quand ça s'ébruite. Ouais au début quand il parlait d'Umaga, Oliver, Mehrtens ouais ça passait pour du flan
mais après ils ont signé pour de bon et ..Gregan, Matfield et encore cette année...
le problème oui c'est les jeunes du cru après. je sais pourquoi je suis venue ici 

mais le toubab est indigeste, pauvre croco !
... c'est pour l'ASM où alors il faut qu'ils se mettent aux claquettes les jaunards, ils gagneront jamais un titre. Voilà longtemps qu'on avait pas vu une équipe pratiquer un rugby aussi complet.
Sinon on parle aussi de Chabal à Toulon, mais Toulon n'étant pas loin de Marseille, je me dis que là-bas aussi une sardine peuvent boucher un port.
Sinon on parle aussi de Chabal à Toulon, mais Toulon n'étant pas loin de Marseille, je me dis que là-bas aussi une sardine peuvent boucher un port.
20/06/08 à 19h41
râlent, j'ai lu. Enfant du pays, passionné, mais à mon goût, trop dans le style sport US, mais bon ....
20/06/08 à 19h36
Il a toujours eu la passion après ouais ça se répercute par exemple sur les abonnements. Mais bon Guazzini il a déjà commencé à le faire depuis pas mal le temps avec ses shows. Dimanche il va encore pleurer parce qu'il va pas trouver normal que Toulouse jouait à Bordeaux et que le stade était tout rouge et noir (comme ton roadster ouais). Par contre que la finale ait lieu à Paris quand ils y sont, ça le dérange pas.
20/06/08 à 19h21
rouge- comme mon roadster - et noir - comme nos âmes impolitiuquement( correctes.
Clermont - Toulose, cela ferait une belle finale.
Toulon, peur que leur Président - peur d'écorcher son nom - n'entraîne le rugby sur la pente bananeuse du foot.
Clermont - Toulose, cela ferait une belle finale.
Toulon, peur que leur Président - peur d'écorcher son nom - n'entraîne le rugby sur la pente bananeuse du foot.
20/06/08 à 19h16
Filière All-Black ;.). Hum je vois Toulouse facile, après l'autre demi plus serrée je pense, mais l' ASM quand même.


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gadjoalone
publié le 20 juin 08