III SOUVENIR, COMPREHENSION, PAIX.
Il ne me reste que deux jours à passer ici, et c'est le premier matin sans soleil. A mon réveil, les cieux étaient gris et la neige tombait légèrement sur les arbres sombres, nus, immobiles. Illusoire apparence d'un temps figé, reflet de la mort et de l'éternel retour Me revient en mémoire le merveilleux film bouddhiste coréen, "Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps" (1). La marche du temps, la promesse d'une renaissance, d'une réincarnation, même. L'improuvable réalité de ce qui précède et suit l'existence individuelle.
Au cours de cette dernière semaine, j'ai commencé à mieux saisir l'histoire de ma vie, influencée, inévitablement, par celle de mes ascendants, de mon père.
Tandis que je tenais sa main, fixant ses yeux (ou plutôt "son œil", car le gauche se fermait, gonflé par les toxines que son foie mort ne filtrait plus et qui se frayaient un chemin vers tous les orifices), le meilleur et le pire du passé revinrent entremêlés dans ma conscience…
Je me souviens…
Je me souviens (premières impressions, premières images) qu'il me tient très haut au-dessus de sa tête, me fait tournoyer à toute vitesse comme un avion de haute voltige.
Je me souviens de son sourire. Il est heureux, en cet instant-là, indubitablement.
Je me souviens qu'il m'apprend à lire et me donne des exercices d'écriture, quelques années avant que je n'intègre l'école (et j'ai une bonne longueur d'avance lorsqu'elle commence enfin pour moi). Il y a toujours des récompenses, que ce soit une récréation, une glace.
Je me souviens de l'intérêt qu'il porte à mes journées d'école : "Qu'as-tu appris, aujourd'hui ?" questionne-t-il ; "Qui est le meilleur élève de ta classe ?". Il m'enseigne, entre autres choses, à révérer le travail assidu dans l'étude et dans tout apprentissage (même si, plus tard, il m'apprendra également à contester l'incontestable valeur de l'austère labeur protestant que le plaisir ne vient jamais équilibrer). Il nous emmène manger dehorsquand nous recevons de bonnes notes. Qu'est-ce-qu'une bonne note ? "As-tu fait de ton mieux ?" C'est cela qui importe. La méthode sera efficace : ses enfants seront tous de bons élèves en tête de classe, accoutumés aux distinctions.
Je me souviens qu'il m'apprend l'alphabet dans des chansons, qu'il semble prendre autant de plaisir que moi à chanter.
Je me souviens qu'il loue mes talents musicaux, les encourage comme son père a encouragé les siens; qu'il me félicite pour mes résultats universitaires, sportifs -domaines où, en revanche, il n'a jamais reçu d'appui.
Je me souviens qu'il m'incite à être plus extraverti. Je le comprends, maintenant, de la part d'un homme qui sentait que les autres le percevaient comme "introverti sur lui-même".
Je me souviens de son enjouement, de son énergie pour organiser des fêtes à chacun de nos anniversaires. Les jeux et la musique y tiennent toujours une grande place –et il insiste pour y conduire le chant. Il veut que ces moments restent gravés dans la mémoire et enregistre sur un magnétophone ces tout premiers événements.
Je me souviens qu'il m'emmène souvent au travail avec lui le matin : trajet jalonné d'arrêts rituels, au bureau de poste, à la banque, puis au bureau, où il m'achète chaque fois une bouteille de mon soda préféré (j'hésite entre la fraise et l'orange, le raisin et le cola…). Je me souviens de l'employé du bureau de poste, du guichetier de banque ou du voisin de bureau, qui disent en m'apercevant : "Ah, je vois que vous avez votre assistant avec vous, aujourd'hui, J". Parfois ils disent aussi : "Je vois que vous avez votre petit-fils avec vous aujourd'hui, J"…
Je me souviens qu'il rentre un jour à la maison avec des gants de base-ball, des battes et des balles d'occasion qu'il a dénichés pour moi dans des vide-greniers alentour.
Je me souviens que parfois, après avoir travaillé seize heures par jour toute la semaine ainsi que le samedi matin, il trouve du temps pour jouer au base-ball avec moi.
Je me souviens du moment où mon grand-père est mourant. Je suis ému par les larmes de mon père que je ne pensais pas capable d'effusions. Jusque-là, jamais encore je ne l'ai vu pleurer – et cela ne se reproduira que deux fois, à la fin.
Je me souviens combien le gosse que je suis est fier d'avoir pour père un authentique vétéran de la deuxième guerre mondiale qui a survécu au bombardement et au naufrage de son navire après des heures passées dans les eaux froides d'une mer sombre et menaçante, la veille de Noël 1943. Je me rappelle ma fierté d'enfant, même si je n'ai aucune idée de ce que tout cela signifie, de ce que cela a pu faire à ce garçon naïf âgé de dix-huit ans sorti tout droit de sa ferme, alors que des rêves de chardons, de chevaux et de charrues attelées emplissent encore ses nuits de mal de mer dans le Pacifique Sud…
Mais je me souviens aussi que je hais Dieu (en ce temps-là je croyais en lui !) pour m'avoir donné un père si âgé -à ma naissance il a déjà quarante-neuf ans- qui ignore tout des Rolling Stones, d'Electric Light Orchestra, de Queen, des Dead Kennedys, des Clash, des Ramones…; qui n'a aucune idée des films qu'on donne; ni de la modernité de la culture dans laquelle j'évolue; et que j'appelle "papi" quand je veux vraiment le mettre en colère...
Je me souviens qu'il m'interdit d'aller aux concerts rocks, de passer la nuit chez mes amis; je me revois bourrer mon oreiller de coups de poings, plein de fureur adolescente, souhaitant sa mort et le pensant vraiment.
Je me souviens que parfois, après avoir travaillé seize heures par jour toute la semaine ainsi que le samedi matin, il répond "non" quand je lui demande de jouer au base-ball avec moi, de tirer des paniers, de faire n'importe quoi avec moi, tandis qu'il est étendu sur le canapé à se reposer, épuisé, ou bien s’affaire dans la cour. Je me vois m'éloigner tristement en enviant mes amis dont les pères trouvent le temps de partager avec leurs enfants des moments de tendresse.
Je me souviens combien je déteste son esprit sévèrement économe. Ce n'est pas un "père prodigue". Sa réussite dans les "polices-d'assurances-vie-et-investissements-multiples" ne s'étalera jamais dans des biens matériels ostentatoires : vieilles voitures, petite maison sans fantaisies. Je me rappelle combien j'ai honte de cette bicoque étriquée, encombrée, la comparant aux endroits spacieux dans lesquels on m'invite à jouer avec mes amis.
Je me souviens des disputes qui perturberont mes nuits durant des années, jusqu'à ce que je quitte la maison à dix-huit ans. Je dois me lever et dire à mes parents d'arrêter leurs criailleries, il y a école demain et s'il-vous-plaît, laissez-nous dormir tranquilles. Ils s'arrêtent, submergés de honte, pour recommencer dès le lendemain ou la semaine suivante…
Je me souviens que je regarde avec envie la tendresse et l'amour que les autres parents se témoignent; que ma mère, déprimée et mal-aimée, se plaint devant nous de l’attitude de son mari.
Je me souviens combien me trouble et m'émeut la nervosité soudaine de mon père, le jour où, à son bureau, je viens de le traiter de "porte-malheur". "N'emploie jamais ce mot devant moi", ordonne-t-il. Perplexe, je le provoque en demandant pourquoi. Alors il essaie d'expliquer l'insondable mystère de la culpabilité, de la guerre et de la mort, à un enfant capable seulement de comprendre qu'il a touché là à un sujet qu’aujourd’hui encore je n’ose évoquer. Il dit que "porte-malheur" c'était le surnom de son meilleur ami sur le bateau pendant la guerre, qu'ils ont échangé leurs postes la nuit où il a été bombardé; que son ami a été tué sur le coup quand les bombes ont explosé. Mon père, lui, se trouvait parmi les rares survivants.
Culpabilité.
Oui : "Perturbée".
Je me souviens de son attitude paranoïaque vis-à-vis de ses collègues, des voisins, de la famille elle-même, moi inclus. Son origine commença à m'apparaître il y a seulement cinq ans, environ, lorsqu'il me demanda d'assister à une réunion des survivants du bateau. Une dizaine de vétérans de quatre-vingts ans étaient là, assis en cercle, évoquant avec animation ce jour où le navire avait été attaqué et coulé. A la demande de mon père, j'étais le seul membre de la famille admis à écouter. C'était comme s'il voulait que je découvre à son sujet une explication que lui-même n'avait jamais été capable de me donner.
Ils racontèrent que leurs camarades avaient alerté le capitaine : on avait repéré une centaine d'avions japonais approchant de leur escadre de quinze navires, qui croisait à quelques kilomètres au large des côtes de New Britain (non loin de la Nouvelle-Guinée). Ils l'avaient informé qu'ils seraient là dix minutes plus tard. Mais, avec une arrogance invraisemblable, celui-ci avait éclaté de rire, claironnant qu'il n'y avait aucun avion japonais à moins de trois cents kilomètres de là. A cause de l'insouciance du capitaine, le bateau n'était pas prêt au moment de l'attaque; il attendait, cible facile qui ne demandait qu'à être coulée. C'est ce qui se produisit. Je n'oublierai jamais les larmes de mon père lorsqu'il évoqua ce drame -il fut le seul à pleurer. Il raconta alors un autre détail qui me frappa : la dernière chose qu'il se rappelait était l'absurdité des consignes d'abandon du bateau : comme lors de leurs exercices d'entraînement, les hommes enlevèrent méticuleusement leurs chaussures et les rangèrent, bien alignées, à un endroit défini du pont, comme s'ils devaient revenir les chercher plus tard.
Ultime image à s'être gravée dans sa mémoire avant qu'il ne saute par-dessus bord, en cette sombre et froide nuit de Noël.
Ensuite, il se rappelait d'autres hommes, des membres arrachés, le suppliant de les emmener avec lui. Imaginez que vous ayez à tourner le dos à des camarades blessés pour pouvoir vous cramponner à votre canot de sauvetage et sauver votre peau. Après, il fallut passer des heures dans l'eau glacée avant qu'un bateau du convoi ne viennent les secourir, lui et une poignée d'autres. D'une certaine manière il avait eu de la chance et il en ressentirait de la culpabilité jusqu’à la fin de ses jours. Il raconta que parmi les quelques rescapés, se trouvaient certains de ses camarades mortellement blessés; qu'il dut, jusqu'à la fin de la nuit, écouter leurs cris et leurs gémissements, les voir mourir avant le lever du soleil. Je compris que durant les cinquante-cinq années qui avaient suivi, il avait entendu ces gémissements et ces cris chaque jour –et, d’après le témoignage de ma mère, chaque nuit dans son sommeil. Il ne se pardonna sans doute jamais l'injustice arbitraire d'avoir vécu, tandis que des hommes aussi courageux, dignes et innocents que lui, avaient péri dans le feu et les eaux.
Culpabilité. Absurdité.
Il rentra de la guerre accablé de maux de tête; perdit la voix durant une année entière. Les médecins affirmèrent que tout fonctionnait normalement chez lui. Le gouvernement et ses serviteurs avait prélevé son quota de jeunes gens de son âge pour en disposer au nom de la sûreté de l'Etat; on les fêta dans des parades avec tout le décorum, puis on leur dit : trouvez-vous des boulots, ayez des familles, prospérez, et abstenez-vous de pleurer sur la vie. Alors il ne pleura pas. De fait, je ne l'ai jamais entendu formuler quelque plainte que ce soit sur sa vie.
Je me souviens qu'il y a quatre ans, alors que j'étais de retour durant l'été, nous eûmes un jour, dans un café, une conversation à propos de ses anciens compagnons de bord. Une raison ou une autre l'amena à me décrire la dernière réunion de survivants à laquelle il avait assisté : il avait été stupéfait de découvrir parmi ceux qui étaient encore en vie un demi-siècle plus tard… le capitaine. Il avait senti le malaise et la nervosité s'emparer de lui à la vue de cet homme, son arrogance criminelle hantant mon père comme si elle datait de la veille. Il raconta, tandis que les larmes roulaient sur ses joues, qu’il voulait l'affronter, lui signifier combien ce qu'il avait fait était impardonnable, lui dire qu’il était responsable de la mort de trois cents hommes. Non seulement il ne le fit pas, mais il serra la main méprisable. Habité par un monde littéraire autant que réel, j'ai songé à "Gatsby le Magnifique", revoyant Nick Carraway, personnage à la fois réfléchi, lucide et irrésolu, clore le roman en serrant la main de Tom Buchanan, impudent égoïste qu’il méprise ("Je ne pouvais ni lui pardonner ni éprouver de la sympathie pour lui, mais je compris que ce qu'il avait fait était justifié à ses propres yeux"…): symbole de l'absurdité, de l'ambiguïté, de l'opacité de nos principes moraux, lorsque, englués dans l'épaisseur de nos déficiences quotidiennes, nous ne sommes pas en mesure de les respecter à la lettre… Moralité, faiblesse, rébellion.
Je me souviens des difficultés qu'eut mon père, sa vie durant, à accepter l'autorité. Il ne supportait pas les patrons. Il se défiait de la plupart des gens. Il exerça la profession d'agent d'assurances parce qu'il y était son propre maître chaque jour. Il avait certes un supérieur, mais n'était pas coincé dans un bureau, sous surveillance. Il se trouva bien de cette solitude industrieuse. Après avoir assisté à sa réunion de vétérans, je compris mieux pourquoi. Défiance. Paranoïa.
C'est un homme qui, comme des millions d'autres, sacrifia sa vie au bien-être de ses compatriotes, pour recevoir en retour une piètre attention médicale tout le reste de son existence. Car si son foie a cessé de fonctionner, ce qui le condamne à une mort imminente, c'est parce que l'hôpital de vétérans a omis de pratiquer les examens nécessaires bien que le sachant atteint d'une maladie à évolution lente, la sarcoïdose, qui attaque de multiples organes du corps et les obstruent progressivement. Chez lui elle commença par les reins (détectée trop tard); puis s'en prit aux poumons (un hôpital, privé et spécialisé celui-là, diagnostiqua le mal à temps); maintenant c'est le foie.
…….
Je réalise que mon père était souvent plus efficace s'il pouvait n'effectuer qu'une tâche à la fois, s'y consacrer, se concentrer sur elle et la mener jusqu'à l'accomplissement; il s'en sortait beaucoup moins bien s'il devait satisfaire à plusieurs obligations –dans le domaine des relations humaines (s’occuper de plusieurs êtres chers notamment), pas du travail.
Je me revois, il y a des années de cela, me jurer de faire de l’équilibre une priorité de mon existence.
Depuis peu seulement, je saisis mieux ce que j'ai hérité de mon père, les implications de ce que j'ai aimé et n'ai pas aimé chez lui; quelle est la part en moi que je ne pourrai jamais changer, mais avec laquelle j'ai du moins appris à composer. Je vois quelles possibilités me sont offertes d'avoir un autre genre de vie que le sien.
Je perçois plus clairement, également, combien nous sommes différents : les époques, les lieux, les influences, les opportunités sont différents.
Oui, je suis mon père.
Non, je ne suis pas mon père.
Mais les paris "existentiels" qu'il me propose –et de fait à quiconque veut bien prendre la peine d’y réfléchir- sont nombreux
Comment peut-on tout à la fois choisir le salubre engagement dans la gravité endosser les "perturbations" de la vie, sans se laisser entraîner pour autant jusqu'au dégoût de vivre ? Comment peut-on ne pas choisir cet engagement, n'ayant pas voulu ces "perturbations", et apprendre cependant à vivre avec, à les apprivoiser, à les commuer en une énergie créatrice, en sollicitude, en responsabilité, en intégrité? Comment de lourds sentiments d’injustice peuvent-ils se sublimer en une quête, source de plaisir et de vie, pour la justice, l'amélioration de soi-même et de ce qui nous entoure, pour le "progrès", donc, quand cette élaboration difficile est truffée de moments de doute et d'accablement, tant l'aboutissement en semble sans cesse différé ? Parmi les individus les plus "candides" que j'aie jamais connus -les plus indélicats et égoïstes aussi, probablement- cultivant d'une manière exaspérante les "distractions", beaucoup étaient, eux, engagés dans la voie la plus opposée à tout esprit (auto)critique, dans l'hédonisme au nom d'un "Carpe diem".
Comment étreindre la vie, développer un art de vivre plein de mesure -jusque dans sa célébration des excès nécessaires-, de responsabilité et de plaisir ?
Cela ne vaut-il pas que nous prenions le temps nécessaire pour y réfléchir, pour en tirer des enseignements, en penser des applications, ainsi que nous y invitent les penseurs depuis toujours ?
Pourquoi cela prend-il toute une vie, à certains hommes, pour parler, pour échapper aux forces répressives de l'habitus, de l'habitude, d'une psychologie personnelle ?
"Il parle beaucoup", ai-je fait remarquer à ma mère. "Oui, il fait ses excuses pour certaines choses, mais un peu trop tard", a-t-elle répliqué. Bien sûr, son appréciation exprimait davantage ses propres sentiments qu'un jugement universellement valide sur cet homme. Personne ne peut rien changer aux actes d'un être durant toute une vie, et en ce qui la concerne, les actes pourront sans doute être pardonnés, mais jamais effacés.
A l'inverse, j'ai maintenant une plus grande compréhension et une plus grande compassion pour lui. J'entends mieux, tandis que s'achève cette semaine auprès de lui, qu'il voulait faire bien, mais n'a pas toujours eu les moyens d'être l'homme qu'il aurait voulu être. L'Etre est souvent bien loin de toutes les idéalisations que nous en avons, et s'il "met à côté", ce n'est pas nécessairement à cause de quelque défaillance d'une volonté personnelle, mais aussi à cause de l'imprévisibilité de la vie, des traumatismes et des joies qui nous échoient bien indépendamment de ce que nous souhaitons, rêvons, ou voulons.
Je vois que sur sa fin, mon père a compris cela; et que d'une certaine façon (à la différence de moi), il accepte cet ordre des choses, même s'il n'a jamais saisi pourquoi la vie pouvait être, avec tant d'inégalité, si dure pour certains et si joyeuse pour d'autres. Je le rejoins pleinement dans cet étonnement.
Pere, je te pardonne.
Père, je te remercie.
Père, je t'aime.
Adieu...
EPILOGUE
De l'autre côté
D'un café oublié du Midwest,
Les flocons glacés s'agitent dans le blizzard comme les atomes d'un accélérateur de particules,
Morrissey chante
"Un autre jour plein de soleil, nous irons où nous fûmes heureux
Et je t'accompagnerai aux portes du cimetière.."
Ceux qui accostent ici
Marquent le temps
D'un regard droit sur moi,
Comme dans un saloon de frontière d'antan,
Mais ils sourient lorsque nos yeux se rencontrent,
Qu'ils approchent le môle clair du comptoir.
Je me figurai que j'étais le Ciel,
Illusoirement froid et gris,
Mes baisers, des flocons,
Couvrant timidement le corps alangui
Levant son regard
Vers le mien qui ne sourcille pas,
Affranchi au sourire de l'intemporelle extase,
De l'inaltérable assurance.
De l'autre côté
D'un café oublié,
Nulle part,
Dans le Midwest
N'importe où,
Eclat diapré d'une vision.
--Comme tojours traduit par ANATHEME PHENIX
------------------------------------
(1) Film bouddhiste sud-coréen, Kim Ki-duk, 2003.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps,_%C3%A9t%C3%A9,_automne,_hiver..._et_prin
temps
http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/religion/1713618.html
Il ne me reste que deux jours à passer ici, et c'est le premier matin sans soleil. A mon réveil, les cieux étaient gris et la neige tombait légèrement sur les arbres sombres, nus, immobiles. Illusoire apparence d'un temps figé, reflet de la mort et de l'éternel retour Me revient en mémoire le merveilleux film bouddhiste coréen, "Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps" (1). La marche du temps, la promesse d'une renaissance, d'une réincarnation, même. L'improuvable réalité de ce qui précède et suit l'existence individuelle.
Au cours de cette dernière semaine, j'ai commencé à mieux saisir l'histoire de ma vie, influencée, inévitablement, par celle de mes ascendants, de mon père.
Tandis que je tenais sa main, fixant ses yeux (ou plutôt "son œil", car le gauche se fermait, gonflé par les toxines que son foie mort ne filtrait plus et qui se frayaient un chemin vers tous les orifices), le meilleur et le pire du passé revinrent entremêlés dans ma conscience…
Je me souviens…
Je me souviens (premières impressions, premières images) qu'il me tient très haut au-dessus de sa tête, me fait tournoyer à toute vitesse comme un avion de haute voltige.
Je me souviens de son sourire. Il est heureux, en cet instant-là, indubitablement.
Je me souviens qu'il m'apprend à lire et me donne des exercices d'écriture, quelques années avant que je n'intègre l'école (et j'ai une bonne longueur d'avance lorsqu'elle commence enfin pour moi). Il y a toujours des récompenses, que ce soit une récréation, une glace.
Je me souviens de l'intérêt qu'il porte à mes journées d'école : "Qu'as-tu appris, aujourd'hui ?" questionne-t-il ; "Qui est le meilleur élève de ta classe ?". Il m'enseigne, entre autres choses, à révérer le travail assidu dans l'étude et dans tout apprentissage (même si, plus tard, il m'apprendra également à contester l'incontestable valeur de l'austère labeur protestant que le plaisir ne vient jamais équilibrer). Il nous emmène manger dehorsquand nous recevons de bonnes notes. Qu'est-ce-qu'une bonne note ? "As-tu fait de ton mieux ?" C'est cela qui importe. La méthode sera efficace : ses enfants seront tous de bons élèves en tête de classe, accoutumés aux distinctions.
Je me souviens qu'il m'apprend l'alphabet dans des chansons, qu'il semble prendre autant de plaisir que moi à chanter.
Je me souviens qu'il loue mes talents musicaux, les encourage comme son père a encouragé les siens; qu'il me félicite pour mes résultats universitaires, sportifs -domaines où, en revanche, il n'a jamais reçu d'appui.
Je me souviens qu'il m'incite à être plus extraverti. Je le comprends, maintenant, de la part d'un homme qui sentait que les autres le percevaient comme "introverti sur lui-même".
Je me souviens de son enjouement, de son énergie pour organiser des fêtes à chacun de nos anniversaires. Les jeux et la musique y tiennent toujours une grande place –et il insiste pour y conduire le chant. Il veut que ces moments restent gravés dans la mémoire et enregistre sur un magnétophone ces tout premiers événements.
Je me souviens qu'il m'emmène souvent au travail avec lui le matin : trajet jalonné d'arrêts rituels, au bureau de poste, à la banque, puis au bureau, où il m'achète chaque fois une bouteille de mon soda préféré (j'hésite entre la fraise et l'orange, le raisin et le cola…). Je me souviens de l'employé du bureau de poste, du guichetier de banque ou du voisin de bureau, qui disent en m'apercevant : "Ah, je vois que vous avez votre assistant avec vous, aujourd'hui, J". Parfois ils disent aussi : "Je vois que vous avez votre petit-fils avec vous aujourd'hui, J"…
Je me souviens qu'il rentre un jour à la maison avec des gants de base-ball, des battes et des balles d'occasion qu'il a dénichés pour moi dans des vide-greniers alentour.
Je me souviens que parfois, après avoir travaillé seize heures par jour toute la semaine ainsi que le samedi matin, il trouve du temps pour jouer au base-ball avec moi.
Je me souviens du moment où mon grand-père est mourant. Je suis ému par les larmes de mon père que je ne pensais pas capable d'effusions. Jusque-là, jamais encore je ne l'ai vu pleurer – et cela ne se reproduira que deux fois, à la fin.
Je me souviens combien le gosse que je suis est fier d'avoir pour père un authentique vétéran de la deuxième guerre mondiale qui a survécu au bombardement et au naufrage de son navire après des heures passées dans les eaux froides d'une mer sombre et menaçante, la veille de Noël 1943. Je me rappelle ma fierté d'enfant, même si je n'ai aucune idée de ce que tout cela signifie, de ce que cela a pu faire à ce garçon naïf âgé de dix-huit ans sorti tout droit de sa ferme, alors que des rêves de chardons, de chevaux et de charrues attelées emplissent encore ses nuits de mal de mer dans le Pacifique Sud…
Mais je me souviens aussi que je hais Dieu (en ce temps-là je croyais en lui !) pour m'avoir donné un père si âgé -à ma naissance il a déjà quarante-neuf ans- qui ignore tout des Rolling Stones, d'Electric Light Orchestra, de Queen, des Dead Kennedys, des Clash, des Ramones…; qui n'a aucune idée des films qu'on donne; ni de la modernité de la culture dans laquelle j'évolue; et que j'appelle "papi" quand je veux vraiment le mettre en colère...
Je me souviens qu'il m'interdit d'aller aux concerts rocks, de passer la nuit chez mes amis; je me revois bourrer mon oreiller de coups de poings, plein de fureur adolescente, souhaitant sa mort et le pensant vraiment.
Je me souviens que parfois, après avoir travaillé seize heures par jour toute la semaine ainsi que le samedi matin, il répond "non" quand je lui demande de jouer au base-ball avec moi, de tirer des paniers, de faire n'importe quoi avec moi, tandis qu'il est étendu sur le canapé à se reposer, épuisé, ou bien s’affaire dans la cour. Je me vois m'éloigner tristement en enviant mes amis dont les pères trouvent le temps de partager avec leurs enfants des moments de tendresse.
Je me souviens combien je déteste son esprit sévèrement économe. Ce n'est pas un "père prodigue". Sa réussite dans les "polices-d'assurances-vie-et-investissements-multiples" ne s'étalera jamais dans des biens matériels ostentatoires : vieilles voitures, petite maison sans fantaisies. Je me rappelle combien j'ai honte de cette bicoque étriquée, encombrée, la comparant aux endroits spacieux dans lesquels on m'invite à jouer avec mes amis.
Je me souviens des disputes qui perturberont mes nuits durant des années, jusqu'à ce que je quitte la maison à dix-huit ans. Je dois me lever et dire à mes parents d'arrêter leurs criailleries, il y a école demain et s'il-vous-plaît, laissez-nous dormir tranquilles. Ils s'arrêtent, submergés de honte, pour recommencer dès le lendemain ou la semaine suivante…
Je me souviens que je regarde avec envie la tendresse et l'amour que les autres parents se témoignent; que ma mère, déprimée et mal-aimée, se plaint devant nous de l’attitude de son mari.
Je me souviens combien me trouble et m'émeut la nervosité soudaine de mon père, le jour où, à son bureau, je viens de le traiter de "porte-malheur". "N'emploie jamais ce mot devant moi", ordonne-t-il. Perplexe, je le provoque en demandant pourquoi. Alors il essaie d'expliquer l'insondable mystère de la culpabilité, de la guerre et de la mort, à un enfant capable seulement de comprendre qu'il a touché là à un sujet qu’aujourd’hui encore je n’ose évoquer. Il dit que "porte-malheur" c'était le surnom de son meilleur ami sur le bateau pendant la guerre, qu'ils ont échangé leurs postes la nuit où il a été bombardé; que son ami a été tué sur le coup quand les bombes ont explosé. Mon père, lui, se trouvait parmi les rares survivants.
Culpabilité.
Oui : "Perturbée".
Je me souviens de son attitude paranoïaque vis-à-vis de ses collègues, des voisins, de la famille elle-même, moi inclus. Son origine commença à m'apparaître il y a seulement cinq ans, environ, lorsqu'il me demanda d'assister à une réunion des survivants du bateau. Une dizaine de vétérans de quatre-vingts ans étaient là, assis en cercle, évoquant avec animation ce jour où le navire avait été attaqué et coulé. A la demande de mon père, j'étais le seul membre de la famille admis à écouter. C'était comme s'il voulait que je découvre à son sujet une explication que lui-même n'avait jamais été capable de me donner.
Ils racontèrent que leurs camarades avaient alerté le capitaine : on avait repéré une centaine d'avions japonais approchant de leur escadre de quinze navires, qui croisait à quelques kilomètres au large des côtes de New Britain (non loin de la Nouvelle-Guinée). Ils l'avaient informé qu'ils seraient là dix minutes plus tard. Mais, avec une arrogance invraisemblable, celui-ci avait éclaté de rire, claironnant qu'il n'y avait aucun avion japonais à moins de trois cents kilomètres de là. A cause de l'insouciance du capitaine, le bateau n'était pas prêt au moment de l'attaque; il attendait, cible facile qui ne demandait qu'à être coulée. C'est ce qui se produisit. Je n'oublierai jamais les larmes de mon père lorsqu'il évoqua ce drame -il fut le seul à pleurer. Il raconta alors un autre détail qui me frappa : la dernière chose qu'il se rappelait était l'absurdité des consignes d'abandon du bateau : comme lors de leurs exercices d'entraînement, les hommes enlevèrent méticuleusement leurs chaussures et les rangèrent, bien alignées, à un endroit défini du pont, comme s'ils devaient revenir les chercher plus tard.
Ultime image à s'être gravée dans sa mémoire avant qu'il ne saute par-dessus bord, en cette sombre et froide nuit de Noël.
Ensuite, il se rappelait d'autres hommes, des membres arrachés, le suppliant de les emmener avec lui. Imaginez que vous ayez à tourner le dos à des camarades blessés pour pouvoir vous cramponner à votre canot de sauvetage et sauver votre peau. Après, il fallut passer des heures dans l'eau glacée avant qu'un bateau du convoi ne viennent les secourir, lui et une poignée d'autres. D'une certaine manière il avait eu de la chance et il en ressentirait de la culpabilité jusqu’à la fin de ses jours. Il raconta que parmi les quelques rescapés, se trouvaient certains de ses camarades mortellement blessés; qu'il dut, jusqu'à la fin de la nuit, écouter leurs cris et leurs gémissements, les voir mourir avant le lever du soleil. Je compris que durant les cinquante-cinq années qui avaient suivi, il avait entendu ces gémissements et ces cris chaque jour –et, d’après le témoignage de ma mère, chaque nuit dans son sommeil. Il ne se pardonna sans doute jamais l'injustice arbitraire d'avoir vécu, tandis que des hommes aussi courageux, dignes et innocents que lui, avaient péri dans le feu et les eaux.
Culpabilité. Absurdité.
Il rentra de la guerre accablé de maux de tête; perdit la voix durant une année entière. Les médecins affirmèrent que tout fonctionnait normalement chez lui. Le gouvernement et ses serviteurs avait prélevé son quota de jeunes gens de son âge pour en disposer au nom de la sûreté de l'Etat; on les fêta dans des parades avec tout le décorum, puis on leur dit : trouvez-vous des boulots, ayez des familles, prospérez, et abstenez-vous de pleurer sur la vie. Alors il ne pleura pas. De fait, je ne l'ai jamais entendu formuler quelque plainte que ce soit sur sa vie.
Je me souviens qu'il y a quatre ans, alors que j'étais de retour durant l'été, nous eûmes un jour, dans un café, une conversation à propos de ses anciens compagnons de bord. Une raison ou une autre l'amena à me décrire la dernière réunion de survivants à laquelle il avait assisté : il avait été stupéfait de découvrir parmi ceux qui étaient encore en vie un demi-siècle plus tard… le capitaine. Il avait senti le malaise et la nervosité s'emparer de lui à la vue de cet homme, son arrogance criminelle hantant mon père comme si elle datait de la veille. Il raconta, tandis que les larmes roulaient sur ses joues, qu’il voulait l'affronter, lui signifier combien ce qu'il avait fait était impardonnable, lui dire qu’il était responsable de la mort de trois cents hommes. Non seulement il ne le fit pas, mais il serra la main méprisable. Habité par un monde littéraire autant que réel, j'ai songé à "Gatsby le Magnifique", revoyant Nick Carraway, personnage à la fois réfléchi, lucide et irrésolu, clore le roman en serrant la main de Tom Buchanan, impudent égoïste qu’il méprise ("Je ne pouvais ni lui pardonner ni éprouver de la sympathie pour lui, mais je compris que ce qu'il avait fait était justifié à ses propres yeux"…): symbole de l'absurdité, de l'ambiguïté, de l'opacité de nos principes moraux, lorsque, englués dans l'épaisseur de nos déficiences quotidiennes, nous ne sommes pas en mesure de les respecter à la lettre… Moralité, faiblesse, rébellion.
Je me souviens des difficultés qu'eut mon père, sa vie durant, à accepter l'autorité. Il ne supportait pas les patrons. Il se défiait de la plupart des gens. Il exerça la profession d'agent d'assurances parce qu'il y était son propre maître chaque jour. Il avait certes un supérieur, mais n'était pas coincé dans un bureau, sous surveillance. Il se trouva bien de cette solitude industrieuse. Après avoir assisté à sa réunion de vétérans, je compris mieux pourquoi. Défiance. Paranoïa.
C'est un homme qui, comme des millions d'autres, sacrifia sa vie au bien-être de ses compatriotes, pour recevoir en retour une piètre attention médicale tout le reste de son existence. Car si son foie a cessé de fonctionner, ce qui le condamne à une mort imminente, c'est parce que l'hôpital de vétérans a omis de pratiquer les examens nécessaires bien que le sachant atteint d'une maladie à évolution lente, la sarcoïdose, qui attaque de multiples organes du corps et les obstruent progressivement. Chez lui elle commença par les reins (détectée trop tard); puis s'en prit aux poumons (un hôpital, privé et spécialisé celui-là, diagnostiqua le mal à temps); maintenant c'est le foie.
…….
Je réalise que mon père était souvent plus efficace s'il pouvait n'effectuer qu'une tâche à la fois, s'y consacrer, se concentrer sur elle et la mener jusqu'à l'accomplissement; il s'en sortait beaucoup moins bien s'il devait satisfaire à plusieurs obligations –dans le domaine des relations humaines (s’occuper de plusieurs êtres chers notamment), pas du travail.
Je me revois, il y a des années de cela, me jurer de faire de l’équilibre une priorité de mon existence.
Depuis peu seulement, je saisis mieux ce que j'ai hérité de mon père, les implications de ce que j'ai aimé et n'ai pas aimé chez lui; quelle est la part en moi que je ne pourrai jamais changer, mais avec laquelle j'ai du moins appris à composer. Je vois quelles possibilités me sont offertes d'avoir un autre genre de vie que le sien.
Je perçois plus clairement, également, combien nous sommes différents : les époques, les lieux, les influences, les opportunités sont différents.
Oui, je suis mon père.
Non, je ne suis pas mon père.
Mais les paris "existentiels" qu'il me propose –et de fait à quiconque veut bien prendre la peine d’y réfléchir- sont nombreux
Comment peut-on tout à la fois choisir le salubre engagement dans la gravité endosser les "perturbations" de la vie, sans se laisser entraîner pour autant jusqu'au dégoût de vivre ? Comment peut-on ne pas choisir cet engagement, n'ayant pas voulu ces "perturbations", et apprendre cependant à vivre avec, à les apprivoiser, à les commuer en une énergie créatrice, en sollicitude, en responsabilité, en intégrité? Comment de lourds sentiments d’injustice peuvent-ils se sublimer en une quête, source de plaisir et de vie, pour la justice, l'amélioration de soi-même et de ce qui nous entoure, pour le "progrès", donc, quand cette élaboration difficile est truffée de moments de doute et d'accablement, tant l'aboutissement en semble sans cesse différé ? Parmi les individus les plus "candides" que j'aie jamais connus -les plus indélicats et égoïstes aussi, probablement- cultivant d'une manière exaspérante les "distractions", beaucoup étaient, eux, engagés dans la voie la plus opposée à tout esprit (auto)critique, dans l'hédonisme au nom d'un "Carpe diem".
Comment étreindre la vie, développer un art de vivre plein de mesure -jusque dans sa célébration des excès nécessaires-, de responsabilité et de plaisir ?
Cela ne vaut-il pas que nous prenions le temps nécessaire pour y réfléchir, pour en tirer des enseignements, en penser des applications, ainsi que nous y invitent les penseurs depuis toujours ?
Pourquoi cela prend-il toute une vie, à certains hommes, pour parler, pour échapper aux forces répressives de l'habitus, de l'habitude, d'une psychologie personnelle ?
"Il parle beaucoup", ai-je fait remarquer à ma mère. "Oui, il fait ses excuses pour certaines choses, mais un peu trop tard", a-t-elle répliqué. Bien sûr, son appréciation exprimait davantage ses propres sentiments qu'un jugement universellement valide sur cet homme. Personne ne peut rien changer aux actes d'un être durant toute une vie, et en ce qui la concerne, les actes pourront sans doute être pardonnés, mais jamais effacés.
A l'inverse, j'ai maintenant une plus grande compréhension et une plus grande compassion pour lui. J'entends mieux, tandis que s'achève cette semaine auprès de lui, qu'il voulait faire bien, mais n'a pas toujours eu les moyens d'être l'homme qu'il aurait voulu être. L'Etre est souvent bien loin de toutes les idéalisations que nous en avons, et s'il "met à côté", ce n'est pas nécessairement à cause de quelque défaillance d'une volonté personnelle, mais aussi à cause de l'imprévisibilité de la vie, des traumatismes et des joies qui nous échoient bien indépendamment de ce que nous souhaitons, rêvons, ou voulons.
Je vois que sur sa fin, mon père a compris cela; et que d'une certaine façon (à la différence de moi), il accepte cet ordre des choses, même s'il n'a jamais saisi pourquoi la vie pouvait être, avec tant d'inégalité, si dure pour certains et si joyeuse pour d'autres. Je le rejoins pleinement dans cet étonnement.
Pere, je te pardonne.
Père, je te remercie.
Père, je t'aime.
Adieu...
EPILOGUE
De l'autre côté
D'un café oublié du Midwest,
Les flocons glacés s'agitent dans le blizzard comme les atomes d'un accélérateur de particules,
Morrissey chante
"Un autre jour plein de soleil, nous irons où nous fûmes heureux
Et je t'accompagnerai aux portes du cimetière.."
Ceux qui accostent ici
Marquent le temps
D'un regard droit sur moi,
Comme dans un saloon de frontière d'antan,
Mais ils sourient lorsque nos yeux se rencontrent,
Qu'ils approchent le môle clair du comptoir.
Je me figurai que j'étais le Ciel,
Illusoirement froid et gris,
Mes baisers, des flocons,
Couvrant timidement le corps alangui
Levant son regard
Vers le mien qui ne sourcille pas,
Affranchi au sourire de l'intemporelle extase,
De l'inaltérable assurance.
De l'autre côté
D'un café oublié,
Nulle part,
Dans le Midwest
N'importe où,
Eclat diapré d'une vision.
--Comme tojours traduit par ANATHEME PHENIX
------------------------------------
(1) Film bouddhiste sud-coréen, Kim Ki-duk, 2003.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Printemps,_%C3%A9t%C3%A9,_automne,_hiver..._et_prin
temps
http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/religion/1713618.html
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Ben non, il n'est présent qu'à moitié (les poncifs sur ceux qu'on "aime", bof...). Mais il est déjà plus présent. On lui souhaite de progresser encore, vers la simplicité (chose très complexe).
Vous êtes présent comme si vous écriviez avec cet homme les dernières marches de sa vie qui est et qui n'est plus le père, ce père que vous devenez après parce que l'homme, à travers ses paroles, celles que vous traduisez à votre guise et à travers son destin, l'homme, vous a passé la main, le relais.
Nous sommes sur terre pour accompagner ceux qu'on aime jusqu'à la fin, notre mort et répondre d'eux sans avoir de réponses.
Nous sommes sur terre pour accompagner ceux qu'on aime jusqu'à la fin, notre mort et répondre d'eux sans avoir de réponses.
Je suis désolée de reprendre une partie de votre texte mais votre comm est si long et si dense qu'il faut bien que vous connaissiez le passage qui m'a paru le plus fort dans votre réflexion.
Lorsque votre père dépité sert la main à son bourreau ... Et ce que vous analysez ensuite de l'inévitable déviance de l'esprit même si nous sommes bordés de convictions ... au péril de nos vies.
... Habité par un monde littéraire autant que réel, j'ai songé à "Gatsby le Magnifique", revoyant Nick Carraway, personnage à la fois réfléchi, lucide et irrésolu, clore le roman en serrant la main de Tom Buchanan, impudent égoïste qu’il méprise ("Je ne pouvais ni lui pardonner ni éprouver de la sympathie pour lui, mais je compris que ce qu'il avait fait était justifié à ses propres yeux"…): symbole de l'absurdité, de l'ambiguïté, de l'opacité de nos principes moraux, lorsque, englués dans l'épaisseur de nos déficiences quotidiennes, nous ne sommes pas en mesure de les respecter à la lettre… Moralité, faiblesse, rébellion...
Vos dernières suggestions sur la matière du mensonge sont de chair.
Lorsque votre père dépité sert la main à son bourreau ... Et ce que vous analysez ensuite de l'inévitable déviance de l'esprit même si nous sommes bordés de convictions ... au péril de nos vies.
... Habité par un monde littéraire autant que réel, j'ai songé à "Gatsby le Magnifique", revoyant Nick Carraway, personnage à la fois réfléchi, lucide et irrésolu, clore le roman en serrant la main de Tom Buchanan, impudent égoïste qu’il méprise ("Je ne pouvais ni lui pardonner ni éprouver de la sympathie pour lui, mais je compris que ce qu'il avait fait était justifié à ses propres yeux"…): symbole de l'absurdité, de l'ambiguïté, de l'opacité de nos principes moraux, lorsque, englués dans l'épaisseur de nos déficiences quotidiennes, nous ne sommes pas en mesure de les respecter à la lettre… Moralité, faiblesse, rébellion...
Vos dernières suggestions sur la matière du mensonge sont de chair.
sur le pardon que j'ai lus. Merci de nous l'avoir fait partager.
le poème de fin est beau. le texte est travaillé. Je pense que bernard et toi ne régaissez pas à la m^me chose: tu réagis au texte; il réagit d'après ce qui, selon lui, constitue une relation filiale authetiique: vous ne parlez pas de la m^me chose.
Vos deux points de vue sont respectables, à mon sens.
Vos deux points de vue sont respectables, à mon sens.
01/09/08 à 17h44
pour nous divertir mais là je reconnais que malheureusement pour tout le monde, je me suis trompée. Quand on est à ce point incapable de reconnaitre l'authenticité et la profondeur d'un sentiment , non seulement t'es con mais en plus t'es limite dangereux , continue donc à appliquer les règles qui te semblent justes et laisse nous partager ce qui est beau et bon.
Merci.
Personnellement je ne vois dans ce texte aucune marque d'irrespect, c 'est au contraire un très bel hommage d' un fils à son père.
Et puis, c 'est une leçon de la vie qui permettrait à certains d'entre nous d'avoir un regard introspectif pour éviter de faire l 'irréparable. Après la mort des êtres chers, il ne nous reste que les émotions et les souvenirs, ne vaut-il pas mieux profiter de la vie pour dire à ceux qu'on aime qu'ils comptent beaucoup dans notre vie?
Merci Edgar pour cette profonde émotion, tout le monde a besoin à un moment ou à un autre, d'être secoué pour se réveiller.
Et puis, c 'est une leçon de la vie qui permettrait à certains d'entre nous d'avoir un regard introspectif pour éviter de faire l 'irréparable. Après la mort des êtres chers, il ne nous reste que les émotions et les souvenirs, ne vaut-il pas mieux profiter de la vie pour dire à ceux qu'on aime qu'ils comptent beaucoup dans notre vie?
Merci Edgar pour cette profonde émotion, tout le monde a besoin à un moment ou à un autre, d'être secoué pour se réveiller.
si je peux me permettre : ta conception du respect et de l'exhitionnisme n'appartient qu'à toi 

...pour étaler avec un tel exhibitonnisme sa vie, ses névroses, et l'influence qu'il( mon père) et qu'elles(ses névroses) ont eu sur moi.
Toutes ces paroles n'auraient jamais du sortir de ton journal intime, ou du cabinet de ton psychanalyste, si tu en as un.
Nous sommes bien loin de l'ethnographie que j'évoquais à la partie II: on serait plutôt dans la nombrillographie...
Pour appliquer une règle qui me parait juste, je ne vote pas: mon vote n'irait pas gonfler le nombre de 5 qui t'ont été attribués.
Toutes ces paroles n'auraient jamais du sortir de ton journal intime, ou du cabinet de ton psychanalyste, si tu en as un.
Nous sommes bien loin de l'ethnographie que j'évoquais à la partie II: on serait plutôt dans la nombrillographie...
Pour appliquer une règle qui me parait juste, je ne vote pas: mon vote n'irait pas gonfler le nombre de 5 qui t'ont été attribués.
Le lien qui vous unit à lui n'est plus seulement filial...
Les mots que vous avez su mettre pour dire sa vie,
la vôtre, perpétuent le chemin ....
Les mots que vous avez su mettre pour dire sa vie,
la vôtre, perpétuent le chemin ....
d'esprit de vie et d'éloge rendu à un défunt honorable, tout à fait utile en tout point de vue. Merci encore une fois Edgar.
cette lecture .... oui, j'ai tout lu !!! ..... une écriture "authentique" .... une histoire pleine de tendresse ... A+
29/08/08 à 22h09
les mystères d'une vie .... : se regarder dans un miroir avec la famille en reflet ...
Et, y voir .... la vieillesse, la mort, la maladie .... les turbulences d'un être et son rude combat extérieur devenu intérieur pour "exister" ....
En fait, l'absurde réalité de la précarité de la vie ... notre vie, celle de ton père ? ..... la tienne ....
Mais la connaissance de l'autre .... permet de se frayer un passage vers le partage, en caressant ses émotions, ses passions, ses rêves, ses cauchemards, ses espoirs et ses désespoirs .....
qui ouvrent "Les portes de l'Eveil" ... de "Celui qui a atteint son but" : la communication. La paix de l'esprit et du coeur .....
La "ROUE DE LA VIE" en somme !! : "s'aider les uns, les autres à voir les choses telles qu'elles sont" .... une manière d'apprivoiser la souffrance, une "sacrée" discipline mentale .... une sagesse ancestrale, "celle d'être pour soi, son propre REFUGE !" .....
Continue ton chemin .... l'hommage que l'on adresse aux anciens .. Mère, Père .... ces "mortels" qui nous ont précédés sont une ouverture vers le Monde, une renaissance : celle d'une vie -la nôtre, celle qui reste à construire .... Bonne soirée et bon courage .... *****
Et, y voir .... la vieillesse, la mort, la maladie .... les turbulences d'un être et son rude combat extérieur devenu intérieur pour "exister" ....
En fait, l'absurde réalité de la précarité de la vie ... notre vie, celle de ton père ? ..... la tienne ....
Mais la connaissance de l'autre .... permet de se frayer un passage vers le partage, en caressant ses émotions, ses passions, ses rêves, ses cauchemards, ses espoirs et ses désespoirs .....
qui ouvrent "Les portes de l'Eveil" ... de "Celui qui a atteint son but" : la communication. La paix de l'esprit et du coeur .....
La "ROUE DE LA VIE" en somme !! : "s'aider les uns, les autres à voir les choses telles qu'elles sont" .... une manière d'apprivoiser la souffrance, une "sacrée" discipline mentale .... une sagesse ancestrale, "celle d'être pour soi, son propre REFUGE !" .....
Continue ton chemin .... l'hommage que l'on adresse aux anciens .. Mère, Père .... ces "mortels" qui nous ont précédés sont une ouverture vers le Monde, une renaissance : celle d'une vie -la nôtre, celle qui reste à construire .... Bonne soirée et bon courage .... *****
jLa partie "épilogue" m'émeut Vraiment: je la trouve belle.
et très émouvant.
Ton pauvre petit papa.
Et bonne route dans cette recherche d'équilibre, hé funambule.

Et bonne route dans cette recherche d'équilibre, hé funambule.

En substance, qu'il soit roi, ennemi, orgueilleux, violent, je m'agenouille devant mon père
Comment peut-on tout à la fois choisir le salubre engagement dans la gravité endosser les "perturbations" de la vie, sans se laisser entraîner pour autant jusqu'au dégoût de vivre ? Comment peut-on ne pas choisir cet engagement, n'ayant pas voulu ces "perturbations", et apprendre cependant à vivre avec, à les apprivoiser, à les commuer en une énergie créatrice, en sollicitude, en responsabilité, en intégrité? Comment de lourds sentiments d’injustice peuvent-ils se sublimer en une quête, source de plaisir et de vie, pour la justice, l'amélioration de soi-même et de ce qui nous entoure, pour le "progrès", donc, quand cette élaboration difficile est truffée de moments de doute et d'accablement, tant l'aboutissement en semble sans cesse différé ? Parmi les individus les plus "candides" que j'aie jamais connus -les plus indélicats et égoïstes aussi, probablement- cultivant d'une manière exaspérante les "distractions", beaucoup étaient, eux, engagés dans la voie la plus opposée à tout esprit (auto)critique, dans l'hédonisme au nom d'un "Carpe diem".
Qoui de plus ?
d'impudeur et d'émotions, une intimité dévoilée.
Parfois LA DER se joue à huit clos et en silence,
sans pardon, mais en un vrai abandon de soi .
Retour sur trois années écoulées chez moi... un bagage épuré,
une vision plus distanciée.L' Amour persiste et s'en nourrit.
Merci EdgarAllenP
Parfois LA DER se joue à huit clos et en silence,
sans pardon, mais en un vrai abandon de soi .
Retour sur trois années écoulées chez moi... un bagage épuré,
une vision plus distanciée.L' Amour persiste et s'en nourrit.
Merci EdgarAllenP
...n'ont étaient bien comprises et conter qu'après la disparition de leurs auteurs.
j'ai vécu intensément ton récit edgar allenP...Merci d'avoir rappeler toutes ces leçons marquantes de la vie d'un brave homme qui était votre père, et paix à son âme.
j'ai vécu intensément ton récit edgar allenP...Merci d'avoir rappeler toutes ces leçons marquantes de la vie d'un brave homme qui était votre père, et paix à son âme.
Je reste sans voix, et comme d'habitude, sans mot. Tu sais, pas les mots que j'écris là, qui sont bien faciles. Non, ceux qui ne viennent pas, ceux que je ne prononce pas, ceux que je ne vais pas chercher, et surtout ceux que l'on ne m'a pas donnés. Qu'il ne m'a pas donnés. Pas encore ? N'y a t'il donc que la fin de la vie pour donner la force de parler, enfin...
Je me projette tellement facilement dans ce récit, c'est tellement lâche de ma part de me retrouver là sans pouvoir me retrouver dans ma propre vie.
Remuée, pour le moins que je puisse dire...
Quel travail de titan as -tu donc accompli là, "Edgar" ? Pas seulement le travail d'écriture, qui en plus est superbe, mais le travail sur toi-même ???
Désolée, je suis abasourdie par tout ça...Apprendre à dire "je t'aime", quel chemin...
Merci pour tout.
Je me projette tellement facilement dans ce récit, c'est tellement lâche de ma part de me retrouver là sans pouvoir me retrouver dans ma propre vie.
Remuée, pour le moins que je puisse dire...
Quel travail de titan as -tu donc accompli là, "Edgar" ? Pas seulement le travail d'écriture, qui en plus est superbe, mais le travail sur toi-même ???
Désolée, je suis abasourdie par tout ça...Apprendre à dire "je t'aime", quel chemin...
Merci pour tout.
laissons Sarko pour un moment, pour un moment suelement: Obama a cassé la baraque. Le reste est de l'histoire.
Cette heure est encore pour moi engluée dans les distractions estivales et les déconnections neuronales,
et pourtant l'heure approche, celle du sérieux, de la rentrée des classes ("que vont apprendre mes élèves aujourd'hui ?")
alors je loue ce texte et son auteur de me permettre de tremper un pied dans plus de gravité (brrrr, c'est froid!)...
Mais, tout de même, une question : les soldats français envoyés en Irak, rentreront-ils avec une sarkoïdose ?
et pourtant l'heure approche, celle du sérieux, de la rentrée des classes ("que vont apprendre mes élèves aujourd'hui ?")
alors je loue ce texte et son auteur de me permettre de tremper un pied dans plus de gravité (brrrr, c'est froid!)...
Mais, tout de même, une question : les soldats français envoyés en Irak, rentreront-ils avec une sarkoïdose ?
comme brian nous le rappelle à juste titre.
La partie "Comment peut-on... de responsabilité et de plaisir" est à cet égard très intéressante car elle ne fait que lancer des pistes: tout ne semble être encore que questionnement, les certitudes énoncées ici fonctionnant comme remparts contre des réalités qui ne peuvent être encore intégrées, à ce stade. Ces remparts devraient s'écrouler tôt ou tard comme les châteaux de sable monolithes qu'ils sont pour laisser place à une vision moins polarisée (et, de fait, plus généreuse en ce qui concerne les autres).
Deux pistes: la vision de l"hédonisme donnée ici ne tient pas la route. Certes les adeptes du Carpe diem facile ou du "Why not?" sont nombreux. Certains peuvent même se surprendre à tomber dans cette catégorie, à leur corps défendant, lorsque la réalité offre une résistance. Mais l'hédonisme, c'est bien autre chose que de vagues subterfuges existentiels.
De plus, déplorer le fait que nous (et ce "nous" vaut pour tout être humain, et pour cause) cultivons les "distractions", c'est nous installer dans un monde dualiste et vertical auquel je ne souscris pas: d'où peut-être la tentation bouddhique dans un monde sans transcendance nommée comme telle. Je pense qu'il faut se défier de ce type de choix, de valeurs, et de jugement sur l'autre: ce n'est qu'un arrangement avec les puritanismes et les idéalismes les plus dommageables mais dont il est malaisé de se défaire. L'être (avec un minuscule) est souvent bien loin des idéalisations que nous en avons, effectivement, comme tu le dis si bien, idéalisations qui ont bien du mal à céder du terrain: le travail sur les traumatismes aide à les débusquer, pour que la "volonté personnelle" soit véritablement exonérée et que vie et responsabilité puissent enfin véritablement se conjuguer.
La remémoration du père convainc, quant à elle: mais le fait est que, dans ce registre, la nécessité de convaincre n'a pas lieu d'être. Ce sont tes souvenirs; ils t'appartiennent et nul ne pourrait décemment objecter quoi que ce soit.
La partie "Comment peut-on... de responsabilité et de plaisir" est à cet égard très intéressante car elle ne fait que lancer des pistes: tout ne semble être encore que questionnement, les certitudes énoncées ici fonctionnant comme remparts contre des réalités qui ne peuvent être encore intégrées, à ce stade. Ces remparts devraient s'écrouler tôt ou tard comme les châteaux de sable monolithes qu'ils sont pour laisser place à une vision moins polarisée (et, de fait, plus généreuse en ce qui concerne les autres).
Deux pistes: la vision de l"hédonisme donnée ici ne tient pas la route. Certes les adeptes du Carpe diem facile ou du "Why not?" sont nombreux. Certains peuvent même se surprendre à tomber dans cette catégorie, à leur corps défendant, lorsque la réalité offre une résistance. Mais l'hédonisme, c'est bien autre chose que de vagues subterfuges existentiels.
De plus, déplorer le fait que nous (et ce "nous" vaut pour tout être humain, et pour cause) cultivons les "distractions", c'est nous installer dans un monde dualiste et vertical auquel je ne souscris pas: d'où peut-être la tentation bouddhique dans un monde sans transcendance nommée comme telle. Je pense qu'il faut se défier de ce type de choix, de valeurs, et de jugement sur l'autre: ce n'est qu'un arrangement avec les puritanismes et les idéalismes les plus dommageables mais dont il est malaisé de se défaire. L'être (avec un minuscule) est souvent bien loin des idéalisations que nous en avons, effectivement, comme tu le dis si bien, idéalisations qui ont bien du mal à céder du terrain: le travail sur les traumatismes aide à les débusquer, pour que la "volonté personnelle" soit véritablement exonérée et que vie et responsabilité puissent enfin véritablement se conjuguer.
La remémoration du père convainc, quant à elle: mais le fait est que, dans ce registre, la nécessité de convaincre n'a pas lieu d'être. Ce sont tes souvenirs; ils t'appartiennent et nul ne pourrait décemment objecter quoi que ce soit.
boulversant d'humanité.
Merci d'avoir partager ça avec nous.
Merci d'avoir partager ça avec nous.
28/08/08 à 22h54
Merci de nous avoir apporté cette lumière qui nous aide à croire en l'humain et en l'Amour .
On decouvre ses parents à tous moments de leurs vies, et même après. Et on se decouvre aussi, par la force des choses.
Bon retour à Paris.
Bises
Bon retour à Paris.
Bises
Et qui me touche : je vis la même chose, les deux parents en même temps...
Au moins, ton père parle : "un peu tard" vaut mieux que pas du tout.
Au moins, ton père parle : "un peu tard" vaut mieux que pas du tout.
vers ton père , cet inconnu qui a vécu tant de choses, de traumatismes , qui a quand même donné ce qu'il pouvait , à sa manière , avec l'amour bancal mais si touchant à son fils .
Ce père là : oui, c'est ce qui a fait en partie ce que tu es , et tout ce que tu construis de différent .
Etre arrivé à verbaliser tout ce chemin : une nouvelle naissance ?
Ce père là : oui, c'est ce qui a fait en partie ce que tu es , et tout ce que tu construis de différent .
Etre arrivé à verbaliser tout ce chemin : une nouvelle naissance ?
la perte des parents met quelquefois la vie à nue. Après c'est une question de courage, veut-on trouver le sens, ou le fuir en espérant plus de confort ?
Et comment trouver un équilibre entre l'engagement total (qui mène forcément à la mort) et une vie qui a un sens ? Quand on la cherche on trouve "sa" réponse, mais jamais facilement ni du premier coup ...
Merci pour ce beau témoignage EAP !
*****
Et comment trouver un équilibre entre l'engagement total (qui mène forcément à la mort) et une vie qui a un sens ? Quand on la cherche on trouve "sa" réponse, mais jamais facilement ni du premier coup ...
Merci pour ce beau témoignage EAP !
*****
comme à chaque fois que tu écris sur ton pays. Comme disait Prévert : quelle connerie ....
http://www.youtube.com/watch?v=pu7r8XZ8bu4
http://www.youtube.com/watch?v=pu7r8XZ8bu4
La mort nous accompagne à chaque instant de notre vie.Nous vivons aujourd'hui parce que nous sommes morts à hier, c'est par la mort que nous vivons...
et à toi aussi pour nous avoir fait partager un peu de son histoire.
Non, on ne peut jamais dire que c'est la dernière partie. Ce n'est jamais fini, ça prend infiniment plus de temps qu'on ne le pense. Tu trouveras encore des tas d'autres mots à mettre sur le papier.
pas de fin...



Je réagis à ce commentaire en
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EdgarAllenP
publié le 28 août 08