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On savait Paul Greengrass adepte de la réalisation "coup de poing", ne redoutant pas de s'attaquer aux blessures mal cicatrisées de l'Occident pour accoucher de films dont la reconstitution poussée à l'extrême suffit à les qualifier de documentaires. "Bloody Sunday", à cet égard, était son chef d'oeuvre : tournée caméra à l'épaule, sans faire appel à des vedettes du grand ou du petit écran, l'oeuvre exposait par le menu - et sans compromission idéologique - la sanglante bavure commise par l'armée britannique contre une manifestation pacifique organisée dans la ville de Derry, en Irlande du Nord, le 30 janvier 1972.

"Vol 93" avait pourtant tout du pari casse-gueule. Sujet trop écoeurant, trop récent, trop filmé, trop ressassé, trop imbriqué dans l'inconscient collectif : à quoi bon un film alors que l'histoire est connue, repassée en boucle sur CNN ? Et pourtant, Greengrass saura éviter les écueils. Se basant sur un énorme travail de recherche (facilité par la commission d'enquête du Congrès ayant publié un remarquable Rapport sur la question), il a fait le choix d'adopter la même démarche que s'agissant de "Bloody Sunday".

Dans une ambiance de reportage, le spectateur est ainsi convié à partager les derniers instants de vie d'un avion - le vol 93 d'United Airlines - et de ses 45 occupants (pilotes, hôtesses, civils, terroristes), en ce beau jour de septembre 2001 qui scellera le destin de l'Amérique. Greengrass, à raison, n'éprouve pas le besoin de présenter outre-mesure ses personnages : les passagers ne se connaissaient pas plus que nous, mais n'en ont pas moins été capables de s'unir pour tenter de reprendre le contrôle de l'appareil et mettre en échec le plan des terroristes, qui comptaient jeter l'avion sur le Capitole de Washington D.C. Là est sans doute l'essentiel. Des hommes, des femmes ordinaires confrontés, comme à Derry, à une situation exceptionnelle, à une violence inédite. A la mort. Il n'était même plus question d'héroïsme, mais, plus basiquement, de choix, de décision.

Cette absence de lyrisme, ou d'implication politique, se retrouve dans le traitement des terroristes d'Al Qaida. Pas plus que pour les passagers, Greengrass ne pousse plus avant leur description. Tout au plus retiendra-t-on que les preneurs d'otages étaient jeunes, fanatisés au point de sacrifier leur vie à la cause, mais aussi, d'une certaine manière, morts de trouille devant le tournant qu'avait pris leur destin. Significatif, à ce propos, est la représentation du "terroriste sympathique", Ziad Jirrah, très similaire à celle résultant de "Cellule Hambourg", cet autre excellent téléfilm consacré aux attentats du 11 septembre. Jirrah, étudiant brillant et modéré, avait été recruté par Al Qaida en Allemagne et s'était vite révélé, paradoxalement, comme l'un de ses meilleurs agents pour l'opération qui lui apporterait la célébrité post-mortem. A la différence de ses collègues, présentés sous un jour un peu "caillera", Jirrah apparaît dans le film sous un jour presque plus "favorable", à la fois plus intellectuel et plus hésitant... mais plus hésitant devant quoi ? le passage à l'acte en lui-même ? ou l'attente du moment opportun ?

Tout aussi saisissantes sont les séquences consacrées aux réactions désordonnées de la direction de l'aviation civile américaine (FAA) et de l'armée. La première n'était absolument pas préparée à un tel raid et ne se remettra jamais de l'effet de surprise. La seconde en était encore à planifier un exercice d'alerte impliquant des bombardiers soviét... russes lorsque les détournements lui seront révélés. Comme à Pearl Harbor, les Américains ont été écrasés parce que l'attaque leur était inimaginable.

Reste un "documentaire" qui nous prend aux tripes, et dont le souci constant de réalisme n'interdit nullement, bien au contraire, une cascade d'émotions aussi fortes que contradictoires. Ou comment la sobriété peut s'avérer, au final, poignante.
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C'est le "personnage" du chef de commando qui est le plus intéressant et le plus inattendu dans ce film.