Par une belle après-midi de printemps, sortant de cours, j’allais, accompagné d’un copain, d’un pas nonchalant, vers la brasserie nous servant de lieu de ralliement, lorsque autour de moi tout me sembla s’être modifié à mon insu : comme si, m’étant endormi dans l’intimité de ma chambre, je me réveillais avec une insolite impression de dépaysement dans un cadre pourtant inchangé.
Dépossédée de sa réalité familière, la mairie, qui déployait de l’autre côté de la rue sa belle façade classique, me paraissait figurer un décor artificiel, au sein duquel j’aurais été translaté inconsciemment. Emplissant mon cerveau, un voile ténu provoquait une imperceptible diffraction entre ma perception des choses et leur essence. Je m’efforçais de me débarrasser de ce voile, je n’y parvenais pas. Je me raccrochais alors à l’espoir que le voile se dispersant de lui-même, j’adhérerai de nouveau au monde sans hiatus, comme avant. Le voile ne se dissipait pas. Les voitures et bus circulaient, des piétons nous croisaient, mon copain me parlait, je lui répondais, nous plaisantions, tout semblait en ordre. C’était un leurre : j'étais entré à l'improviste dans un entre-deux inconnu, une zone sans repères où les choses et les gens, pourtant bien réels et à leur place, semblaient étranges, hors de la vie, comme fictifs.
A l'intérieur d'un contour physique inaltéré, un autre moi s'immisçait frauduleusement, se superposait en léger déphasage avec celui qui continuait à discourir. C’était comme si la sorte de parfum qui enveloppait habituellement mes pensées et sensations avait été remplacée par une essence inconnue de moi. J’avais l’impression diffuse de ne plus être moi et pourtant mon cerveau enregistrait et contrôlait tout. Le phénomène avait duré quelques minutes, juste en-deça du seuil où il aurait pu se muer en angoisse puis en panique. Une bière m'avait remis en phase avec l’univers, mais son souvenir demeurait au fond de ma tête, comme celui d’une mauvaise odeur.
Déjà cet hiver, au ski, seul sur un télésiège, j’avais brusquement été saisi par la sensation insoutenable d’être coincé au milieu du vide, sans aucune échappatoire, avec la certitude que je ne pourrai supporter les longues minutes de la montée ; jusqu’au sommet, j’avais lutté de toutes mes forces contre la peur panique que tout se brouille dans ma tête ou que je m’évanouisse. Au bas de la piste descendue les jambes flageolantes, j’avais refusé de remonter, prétextant la fatigue.
Et ce matin de mai, quand notre professeur de mathématiques dessine une courbe représentant une suite de cols et de vallées, censée nous aider à comprendre une notion de la théorie des ensembles, assis en toute sécurité sur ma chaise d’étudiant, loin des sommets enneigés, le même malaise se reproduit, aussi insupportable : au mot de col et à la vue de cette ligne dessinée à la craie, mes nerfs associent des images angoissantes de vide, comme si j’étais réellement bloqué sans issue au bord d’un précipice. Je me mets à trembler.
Incrédule, affolé, je ne maîtrisais plus mon corps. Ma main, incapable d'écrire le moindre mot, échappait à mon contrôle, la situation à mon entendement. J’essayai de me calmer, de prendre quelques notes. Je vis s’inscrire sur la feuille un griffonnage qui semblait le paraphe de ma folie. J’eus peur que mes voisins ne le voient. Je regardai, personne ne me remarquait, le tremblement passait inaperçu : ne pas attirer l'attention me tranquillisait tout en me faisant ressentir encore plus l’étrangeté de mon état, comme si j’allais devenir fou, mourir, peut-être, au milieu de camarades qui ne s’apercevraient de rien. Une cassure, visible de moi seul, me coupait de la réalité où continuaient à se situer la salle, le prof, les étudiants. J’étais sorti du cours de ma vie.
Le tremblement n’empira pas ; il cessa. Le cours se termina ; nous sortîmes. Je tentai de me rassurer avec quelques plaisanteries sans relief, chacun partit déjeuner. Seul subsistait un grand flou dans ma tête et une question terrifiante : étais-je en train de devenir fou?
Dépossédée de sa réalité familière, la mairie, qui déployait de l’autre côté de la rue sa belle façade classique, me paraissait figurer un décor artificiel, au sein duquel j’aurais été translaté inconsciemment. Emplissant mon cerveau, un voile ténu provoquait une imperceptible diffraction entre ma perception des choses et leur essence. Je m’efforçais de me débarrasser de ce voile, je n’y parvenais pas. Je me raccrochais alors à l’espoir que le voile se dispersant de lui-même, j’adhérerai de nouveau au monde sans hiatus, comme avant. Le voile ne se dissipait pas. Les voitures et bus circulaient, des piétons nous croisaient, mon copain me parlait, je lui répondais, nous plaisantions, tout semblait en ordre. C’était un leurre : j'étais entré à l'improviste dans un entre-deux inconnu, une zone sans repères où les choses et les gens, pourtant bien réels et à leur place, semblaient étranges, hors de la vie, comme fictifs.
A l'intérieur d'un contour physique inaltéré, un autre moi s'immisçait frauduleusement, se superposait en léger déphasage avec celui qui continuait à discourir. C’était comme si la sorte de parfum qui enveloppait habituellement mes pensées et sensations avait été remplacée par une essence inconnue de moi. J’avais l’impression diffuse de ne plus être moi et pourtant mon cerveau enregistrait et contrôlait tout. Le phénomène avait duré quelques minutes, juste en-deça du seuil où il aurait pu se muer en angoisse puis en panique. Une bière m'avait remis en phase avec l’univers, mais son souvenir demeurait au fond de ma tête, comme celui d’une mauvaise odeur.
Déjà cet hiver, au ski, seul sur un télésiège, j’avais brusquement été saisi par la sensation insoutenable d’être coincé au milieu du vide, sans aucune échappatoire, avec la certitude que je ne pourrai supporter les longues minutes de la montée ; jusqu’au sommet, j’avais lutté de toutes mes forces contre la peur panique que tout se brouille dans ma tête ou que je m’évanouisse. Au bas de la piste descendue les jambes flageolantes, j’avais refusé de remonter, prétextant la fatigue.
Et ce matin de mai, quand notre professeur de mathématiques dessine une courbe représentant une suite de cols et de vallées, censée nous aider à comprendre une notion de la théorie des ensembles, assis en toute sécurité sur ma chaise d’étudiant, loin des sommets enneigés, le même malaise se reproduit, aussi insupportable : au mot de col et à la vue de cette ligne dessinée à la craie, mes nerfs associent des images angoissantes de vide, comme si j’étais réellement bloqué sans issue au bord d’un précipice. Je me mets à trembler.
Incrédule, affolé, je ne maîtrisais plus mon corps. Ma main, incapable d'écrire le moindre mot, échappait à mon contrôle, la situation à mon entendement. J’essayai de me calmer, de prendre quelques notes. Je vis s’inscrire sur la feuille un griffonnage qui semblait le paraphe de ma folie. J’eus peur que mes voisins ne le voient. Je regardai, personne ne me remarquait, le tremblement passait inaperçu : ne pas attirer l'attention me tranquillisait tout en me faisant ressentir encore plus l’étrangeté de mon état, comme si j’allais devenir fou, mourir, peut-être, au milieu de camarades qui ne s’apercevraient de rien. Une cassure, visible de moi seul, me coupait de la réalité où continuaient à se situer la salle, le prof, les étudiants. J’étais sorti du cours de ma vie.
Le tremblement n’empira pas ; il cessa. Le cours se termina ; nous sortîmes. Je tentai de me rassurer avec quelques plaisanteries sans relief, chacun partit déjeuner. Seul subsistait un grand flou dans ma tête et une question terrifiante : étais-je en train de devenir fou?
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Voici les 8 dernières réactions à ce commentaire
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Est-ce la folie ?
cet autre regard que personne d'autre n'a, enfin à ce qu'on croit, parceque finalement tout le monde fait semblant d'être normal. Et puis on apprivoise ses peurs ou elles disparaissent comme elles sont apparues, ne laissant que les impressions de vertiges, de cet perte d'équliibre de l'esprit.
troublant.
que c'est bien écrit. Pour le reste, à mon avis, ne te culpabilise pas et cherche plutôt à identifier les causes de tes impressions troublées.
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One Flew Over the Cuckoo's Nest
[ Titre Fr. : Vol au dessus d'un nid de coucou ]
( Teaser...)
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Drama / Milos Forman
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With
Jack Nicholson
as
R.P. Mc Murphy...
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http://minilien.com/?w92GPRT7Z4
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One Flew Over the Cuckoo's Nest
[ Titre Fr. : Vol au dessus d'un nid de coucou ]
( Teaser...)
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Drama / Milos Forman
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With
Jack Nicholson
as
R.P. Mc Murphy...
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http://minilien.com/?w92GPRT7Z4
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07/02/08 à 13h57
...ce trou sans fin, sans rien à quoi se raccrocher! La définition de l'angoisse en somme...


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Troublesrivages
publié le 7 février 08