Traversées discontinues, disjointes, intangibles, contiguës et faussement exiguës, des grands espaces américains sur les rails routiers de l'après seconde guerre mondiale, parsemées d'explosions iniques et désinvoltes, de rencontres passagères, d'amitiés passionnelles et destructrices, d'insouciances inquiètes, de recherches mystiques, sous l'influence affichée de la faim tenaillante, du désir juvénile, de l'alcool frelaté, de l'herbe parfumée ou de la benzédrine trafiquée...
Grands espaces hachés menu à coup d'auto-stops débridés et de style court, incisif, spontané, fuyant au rythme du Be Bop, zigzaguant sur la carte littéraire état-unienne.
Vie rongée par la funeste, bien que salutaire, ambition de n'avoir aucune ambition d'avenir. Avaleur de bitume cancérigène, de micro-vies instantanées, de sensations brèves et éphémères, l'oeuvre pilier de la beat generation avait été semée par Kerouac pour s'envoler aux vents aléatoires du temps qui passe, mais elle resta plantée et s'enracina si fortement dans l'Histoire des Etats-Unis et du monde occidental en général qu'elle nous recouvre encore de son ombre. Après la génération perdue d'un Francis Scott Fitzgerald, la génération foutue d'un Jack Kerouac s'inscrivit dans le monde social et inhumain de l'Amérique industrialisée de l'après-guerre, dans le beat lancinant et désabusé du monde dit moderne.
En ce jubilé passé de la parution de "On the road", adieu donc Sal Paradise, adieu clochard céleste ?...
Doriane Purple
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tous mes muscles, parmi les lumières de la 27ème Rue et de la Welton, dans le quartier noir de Denver, souhaitant être un nègre, avec le sentiment que ce qu'il y avait de mieux dans le monde blanc ne m'offrait pas assez d'extase, ni assez de vie, de joie, de frénésie, de ténèbres, de musique, pas assez de nuit."(On the road)
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Doriane Purple
publié le 15 avril 08