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Gala 1602
 Gala 1602
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catégorie : chronique
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Apres les contes de fées, la réalité.

C’est vrai, quoi !! Marre de ces cruches virginales et nunuches qui chantent « un jour mon prince viendra » en sautillant tel des cabris sous acide au milieu des arbres touffus d’une foret qui jamais ne connaîtra l’hiver.
D’ailleurs, soit dit en passant, jamais dans aucun conte de fée on ne voit les habitants usuels d’une foret : insectes, cloporte, moustiques ou scolopendres. Si c’est pas féerique, ça ? Les seuls trucs avec des ailes, c’est des petites bombasses vêtues de feuilles même pas utilisables sans chatterton.
Donc, la réalité. Les vraies princesses, celles qui ont vécues et se sont peut-être parfois permis, enfant, de sautiller dans les bois en chantant, avant que les règles des mariages royaux ne viennent mettre à un terme à ces batifolages puérils.
Elles, elles ont vu leur prince venir, et, en général, ce n’était pas une bonne nouvelle. Souvent, elles ne vécurent pas tellement heureuses, mais elles eurent beaucoup d’enfants… vraiment beaucoup.

Je vous préviens, il y aura de l’intrigue, du sexe, de la violence ! Tous les éléments d’un bon film hollywoodien à succès, la réalité historique en plus (si l’un d’entre vous réussit à me donner le titre d’un film hollywoodien historiquement valable, je lui paye un verre à la prochaine soirée PCC.)


Maintenant simple question : entre être une princesse ou une bouseuse du milieu du 17e siècle, que valait il mieux ?
Réponse facile : la princesse, évidemment. La bouseuse était courbée dans les champs, risquait la famine, les viols par les soldats en maraude, etc.
Et ben ce n’est pas si simple, car la princesse non plus n’était pas à la fête. Les risques de famine existaient peu, tout comme les travaux des champs, mais pour le reste, ça pouvait arriver, si le prince était un peu brutal.

Point positif, on était éduqué. On n’envoyait pas une princesse idiote ou peu cultivée dans une autre cour royale, question de prestige, de standing. Pas de Jean-Marie Bigard dans les représentants à l’étranger, il fallait avoir de la conversation ! Au niveau intellectuel, l’éducation féminine était aussi soignée, voir plus parfois, que l’éducation masculine.

Eduquées en groupe, garçons et filles mêlés, puis ensuite bénéficiant des soins d’un précepteur privé, elles connaissaient le latin, le grec et lisaient Virgile ou Thucydide sans aucun effort. Elles avaient également une grande connaissance des langues étrangères : Marguerite de Bourgogne (qu’on retrouvera plein de fois dans le cours de mon propos) connaissait le français, le latin, l’anglais, le castillan, mais fut toujours incapable de parler le flamand, alors même qu’elle fut gouverneur des Pays-Bas.

Cette situation changea à partir du milieu du 18e siècle, l’éducation des princesses étant devenues négligée. L’admiration béate d’une frange féministo-mievrasse de la population pour Marie-Antoinette me laisse totalement indifférent. Sa tête a roulé dans la sciure, c’était nécessaire politiquement, donc qu’on laisse cette traîtresse là où elle est.

Juste quelques chiffres pour commencer, histoire de vous mettre dans le bain d’acide de la vie princière :
- la moitié d’entre elle mouraient avant l’age de trente ans.
- L’age moyen du mariage dans la population globale était de 20 à 21 ans ; chez les femmes des familles princières, il est de 15 à 16 ans. Evidemment, les premières naissances sont à l’avenant.
- L’intervalle entre deux naissances dans la population globale est en moyenne de 2 ans, en raison de l’obligation d’allaiter ; pour les reines et épouses princières, qui mettent en général leurs enfants en nourrice, il est de 1 ans.
- 15% des princesses ont eu plus de 10 enfants, moyenne nettement supérieure à celui du commun (10% environ).

Bref, on rigole peu quand on est une Valois, une Habsbourg ou une autre fille de roi, Duc, Empereur… On a beau avoir une vie fastueuse et éloignée du besoin, ça doit quand même pas être génial de n’être qu’une poule pondeuse dont l’unique but est de produire un héritier tout en cimentant une alliance.
T’as beau être matinale, t’as mal.


Pas souvent d’amour dans les mariages princiers : intérêt et reproduction sont les deux bases.
Aujourd’hui, on se marie en général pour des raisons sentimentales (ou fiscales, mais c’est plus rare). A l’époque, on convole parce que Papa (ou Maman, d’ailleurs, les reines, pourtant victimes du même système, n’étaient pas en reste quand il s’agissait de vendre leurs filles) veut s’allier à un autre souverain, ou bien parce que, la paix enfin conclue, la main du dauphin, de l’infant ou de l’archiduchesse est l’une des clauses du traités.

Alliance quand Philippe de Bourgogne, dit « le Beau », héritier par sa mère (Marie de Bourgogne, Fille de Charles le Téméraire) des territoires qui formeront plus tard le Benelux, de la Franche-Comté et une grande partie de la Région Nord, héritier également de l’Autriche, par son père, épouse Jeanne de Castille, héritière de Castille et d’Aragon si son frère Jean décède. Quand vous ajoutez le fait que le papa de Philou est Empereur du Saint Empire Romain Germanique (ce qui lui donne une suzeraineté de principe sur l’Allemagne, l’Autriche, la Bohème, le nord de l’Italie), vous comprenez facilement en regardant une carte contre qui est dirigé l’alliance. Grâce à ce mariage, et à d’autres avec la famille royale portugaise, à terme, les Habsbourg régneront sur un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Le même jour, Marguerite de Bourgogne, sœur de Philippe, épouse Jean de Castille, le frère de Jeanne, héritier des deux trônes espagnols. Mariage croisé, stratégie courante des Habsbourg.

Vous imaginez, aujourd’hui, le fils de notre Guide-Président épouserai la fille (ou la petite fille, en l’occurrence) du Colonel-Président Kadhafi afin de sceller l’alliance entre nos deux pays démocratiques ? Ou bien l’une des jumelles Bush pour montrer la détente dans les relations franco-américaine ? (Enfin dans le dernier cas, les jumelles bush étant plutôt choucardes, le gamin se plaindrait peu, je pense… la fifille, par contre…)

L’autre but de ces mariages, c’était la reproduction !!!
Comme le disais le Comte-Duc d’Olivares, Premier Ministre d’Espagne au début du 17e siècle, « la mission des moines et seulement de prier et celle des femmes d’accoucher. » Vinnye, au boulot !!!

C’est pas tout ça, d’avoir conclu des alliances, et tout et tout, mais maintenant que la gamine (15 ans, je vous rappelle) à la bague au doigt, il va falloir qu’elle produise, qu’elle se mettent à bosser de la seule manière qu’on lui demande.

Va falloir qu’elle y mette du sien : une reine stérile, c’est la ruine d’une famille, d’un état ; c’est l’instabilité, la guerre civile, parfois ! Le Peuple, la Noblesse, tous attendent l’Héritier ! Et le mieux, c’est d’en avoir plusieurs, au cas où le premier claquerait inopinément (ce qui était assez fréquent). Donc elle se met fissa sur le dos (ou à quatre pattes, ou debout contre le mur, ou assise sur son mari, on ne va pas rester casanier, faut de la variété dans ce genre d’exercice) et elle attend l’hommage royal, non mais !!
Et pour s’y mettre tôt, les époux s’y mettent tôt. Très tôt, même parfois… Dés que la femme est fécondable, dés les premières menstruations, elle passe à la casserole royale. Si elle est nubile, la consommation est immédiate : tel Anne de Bretagne, mariée à 14 ans, mère à 15 ans ! Ou sa fille, Claude de France, mariée à 15 et mère à 16 (et morte à 25 après avoir eu 7 enfants en 10 ans).

Quand elle n’est pas nubile, on attends, avec impatience, et en scrutant les draps. Les suivantes surveillent la moindre tache rouge. Elisabeth de Valois, 13 ans, épouse Philippe II d’Espagne, 30 ans. Celui ci n’a qu’un fils, dont l’état de santé est assez préoccupant (et qui, de plus, est semble-t-il un pervers). Elisabeth est très séduisante, le roi est donc très pressé de consommer. Dés l’apparition des premières règles, elle est déflorée (et dans la douleur d’après les chroniqueurs, car Philippe est, parait-il, monté comme un mulet : « la forte constitution du roi provoque de grandes douleurs à la reine qui a besoin d’un grand courage pour les surmonter », écrit par exemple l’ambassadeur de France… on comprend ce qu’on veut). Enceinte pour la première fois à 18 ans, elle mourra à 23, épuisée par 4 grossesses en 7 ans. Catherine de Médicis, sa mère qui l’adorait, la pleure sincèrement … et propose quasi immédiatement la main de sa cadette, Marguerite, la célèbre Reine Margot. Philippe II refuse, Margot n’ayant pas une réputation parfaite (connaissant cette réputation, Margot aurait peut être supporté avec plus de grâce les assauts royaux, pourtant.)


Par contre, si l’épousée n’est pas enceinte rapidement, il est rare qu’elle soit accusée de stérilité sauf si les motifs politiques s’en mêlent, évidemment… pour faire annuler un mariage, la solution la plus simple est de clamer à la non consommation. Facile quand la princesse est encore enfant, mais si les anglais ont déjà débarqué, c’est un aveu de la mollesse de la nouille royale. C’est pourtant la solution la plus adoptée.

D’ailleurs, en cas de stérilité, c’est plutôt le roi qu’on accuse de ne pas aller à la reine suffisamment souvent. Faut dire quand même que la mariée est parfois franchement dégueulasse, moche et pas engageante. Catherine de Médicis, par exemple et contrairement aux représentations cinématographiques qui la montre souvent assez maigre et sèche (Alice Sapritch l’incarna), était grosse, forte, très masculine ; par contre, elle était très souriante, très bonne vivante et adorait rire comme une folle… comme quoi faut vraiment oublier le cinéma.
Comment s’étonner que Henri II de France, son mari, aille voir ailleurs (en particulier la fort belle Diane de Poitiers.) Mais le roi fit quand même son devoir. Catherine ne commença a avoir des enfants que 11 ans après son mariage, mais elle en eut 10 ! Chez Jeanne de France, fille de Louis XI, épouse de Louis XII, on avait diagnostiqué « rachitisme, scoliose, déformation de la colonne vertébrale, développement inégal des membres inférieurs et du bassin, faiblesse osseuse généralisée… ». Le mariage fut annulé pour que Louis XII puisse épouser la veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne, au motif de la non consommation.

Tout changeait quand le roi avait des bâtards : là, plus de doute, c’est la reine qui est stérile. De terre vierge à terre ensemencée, elle passe à désert profond.
Cette même Catherine de Médicis souffrit beaucoup des humiliations de la cour quand, en 1538, 5 ans après son mariage, on apprit que le roi avait eu un bâtard d’une Italienne.
Anne d’Autriche, elle, femme de Louis XIII, resta 22 ans sans enfants, mais le roi n’ayant pas de maîtresse, on lui accorda le bénéfice du doute. D’ailleurs, Louis XIII avait certainement des penchants qui l’éloignait des femmes, même si il ne les concrétisa vraisemblablement jamais. C’est pas parce qu’on aime les nouilles qu’on en mange.
Entre son mariage (consommé le soir même) et une nouvelle consommation, il s’écoula 3 ans et demi, et encore Louis XIII fut il forcé par son favori à aller voir la reine (il la monta deux fois, selon le médecin royal). Contrairement à la plupart des autres, le problème d’Anne ne fut pas le harcèlement procréateur de son époux, mais plutôt son manque d’assiduité… Elle a du s’emmerder sec, la petite, mais on ne lui connaît aucun favori.

Et l’amour dans tous ça ? Le bonheur ?

Et bien il n’était pas souvent présent. Mais il y a eu quelques cas où il fut au rendez vous, même si le système en lui même réduisait un peu la portée de tout ça. Et parfois, cet amour n’était pas réciproque.

Catherine de Médicis (encore elle, mais elle est assez emblématique, et c’est un personnage très intéressant) était folle de son Henri. C’était le prince charmant. Lui, par contre, tout en estimant ses qualités intellectuelles, aimait Diane de Poitiers, sa maîtresse.

Par contre, Philippe le Beau et Jeanne de Castille, que j’ai mentionné, étaient fou l’un de l’autre. Plus elle que lui, car il avait beau être très amoureux de sa femme au point de ne plus la quitter quand elle était proche, il était quand même extrêmement volage. Jeanne, jalouse et d’un tempérament ibérique, lui faisait des scènes homériques.
De même la sœur de Philippe, Marguerite de Bourgogne, elle aussi amoureuse de son mari, Jean de Castille. Là, par contre, pas d’infidélité royale. Un véritable bonheur conjugal, avec tout ce que ça implique. Bonheur trop court, mais intense, car Jean meurt moins d’un an après le mariage. Selon les médecins du prince, c’est l’excès d’amour qui l’a tué : « la copulation trop fréquente met sa vie en danger ». Il faut dire qu’on les retrouvait souvent dans les alcôves du palais, les visages rougis et extatiques de contentement, à toutes les heures du jour et de la nuit. Malgré cet empressement, ils n’auront pas d’enfants.
Remariée 4 ans plus tard avec Philibert de Savoie, dit « le Beau », elle connaît de nouveau le bonheur d’être dans les bras d’un mari aimant et lui aussi empressé, mais plus solide physiquement. Hélas, le sort s’acharne, car son mari meurt brutalement trois ans après le mariage, toujours sans enfant. Elle refusa par la suite de se marier et montra de grands talents dans la gestion des Pays-Bas (c’est à dire des pays bas actuel, le nord de la France et la Belgique actuelle, pays qui faisaient partie de l’héritage de Bourgogne) au nom de son neveu, Charles Quint, qu’elle considéra comme son fils.


Les enfants, justement, pouvaient être une source de joie. Car le plus souvent, les enfants royaux sont plus proches de leur mère que de leur père. On connaît l’amour des enfants de Catherine de Médicis pour elle, amour qui ne disparaîtra qu’à sa mort.

De même, Louis XIII aima sa mère d’un amour à sens unique (celle ci préférait son cadet, Gaston, et méprisait son aîné), lui pardonnant les pires traîtrises (et Dieu sait qu’elle fut une traîtresse contre son propre fils, étant quasiment un agent espagnol au cœur de la cour).
Anne d’Autriche, elle, aime tellement ses enfants (qui le lui rendent bien), qu’elle refuse de les laisser un instant. Exemple rare d’une reine qui élève elle même ses rejetons royaux.

Pour celle qui arrivaient à survivre aux grossesses répétées, au mal du pays, aux répudiations, aux intrigues de la cour, voir, pour les femmes d’Henry VIII Tudor, aux décapitations, il y avait éventuellement le gros coup de bol : le veuvage.

En fait, les princesses réelles vivaient vraiment heureuse et avec beaucoup d’enfant quand leur mari passait l’arme à gauche, et encore : si elles étaient encore jeunes, on les forçait parfois à se remarier, j’ai déjà parlé de l’exemple de Marguerite de Bourgogne.

La veuve est déchargée du devoir de pondre tous les ans. Si leurs enfants étaient adultes, elles étaient les Reines-Mères, respectées, en général loin des intrigues de la cour, ou au dessus d’elles. Si le roi était encore enfant, elles étaient parfois nommées régentes, accédant ainsi à un réel pouvoir, à la seule forme d’indépendance permise aux femmes de la noblesse.

3 exemples, toutes Reines de France, trois exemples pourtant très différents. La succession en France favorisait ce genre de combinaison : une reine, incapable de régner de part la loi salique (qui interdisait aux femmes de régner ou de transmettre la couronne), n’avait donc aucune chance de tenter une usurpation, contrairement à un frère du défunt roi, toujours enclin à pousser ses neveux dans les escaliers ou à leur apprendre à nager dans une piscine (et vous le savez tous, un accident bête, et c’est la noyade).
Au 16e et 17e siècle, on préféra donc confier le gouvernement aux veuves, plutôt qu’aux cadets ambitieux.

On peut citer Catherine de Médicis, d’une rare intelligence, au sens politique hors du commun, qui réussit à louvoyer entre les diverses factions s’affrontant lors des guerres de religions sans perdre de vue l’unité du royaume. Une femme forte, pièce maîtresse des luttes de l’époque, qui parvint à maintenir l’intégrité du territoire tiraillé entre des protestants vendus à l’Angleterre et des Catholiques vendus à l’Espagne. Sa nomination comme régente fut difficile, mais inaugura le gouvernement des veuves, des mères des rois. Elle commit des erreurs, mais dans l’ensemble, elle fut l’une des meilleures dirigeantes de France.

On peut parler, en mal, de Marie de Médicis, qui est l’antithèse de son aînée. Nommée régente sans difficulté, elle ne connut pas les problèmes de guerre civile de catherine. La France était alors unie, en paix intérieure, par les efforts de Henry IV, son époux qu’elle détestait. Unique problème : elle se croyait intelligente, elle pensait être une fine politique, une grande dirigeante. Mais elle était influençable, soumise à sa sœur de lait et son époux, Leonora Galligai et Concini, un couple d’italiens sans foi ni loi qui piquait encore plus dans la caisse qu’un élu UMP des Hauts de Seine !
En 1617, Louis XIII, son fils, fait assassiner Concini et prends le pouvoir. Commence alors une guerre larvée entre cette femme qui hait son fils et ce fils qui l’adore. Richelieu, trahissant la reine pour passer au service du roi, réussira à la faire bannir à Bruxelles, chez ces espagnols qu’elle a tant aidés.

Enfin, dernière des régentes de France, Anne d’Autriche. Mal mariée à un homme qui préfère un mat bien dressé à une mer humide, bien qu’il n’ai jamais sans doute grimpé à la vigie, elle ne devient mère que tardivement, en 1638, alors que le mariage à eu lieu en 1615. On appelle le dauphin Louis, « l’enfant du miracle ». Elle fut l’une des rares reines de l’époque à ne voir mourir aucun de ses enfants.
Louis XIII décède en 1643, Anne accède à la régence, à l’instigation de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et du Prince de Condé, tous deux persuadés de pouvoir la manipuler. Régente, sa première décision est de choisir un premier ministre, que personne n’attendait, Mazarin.
C’est là ou il faut admirer Anne d’Autriche. Contrairement à Marie de Médicis, bouffie d’orgueil, elle connaît ses propres limites. Elle sait qu’elle ne peut régner de manière efficace, qu’elle n’a pas de sens politique. Mazarin se chargera des affaires d’Etat. On va alors voir cette femme, espagnole de naissance, sœur du roi d’Espagne, qui fut autrefois membre du parti dévot pro-espagnol, assisté de cet italien, cardinal mais non ordonné prêtre, devenir plus française que le roi. C’est que là, on ne parle plus d’Espagne ou de France, on parle de l’héritage des gosses !! Du bas de laine !! Et ça, on touche pas !!
Il y a une guerre en cours avec l’Espagne. Les Rois Très Catholiques sont persuadés que maintenant qu’une des leurs dirige la France, la guerre va se finir à leur avantage. On se réjouit à Madrid ! Pas du tout, la guerre continue, redouble d’intensité.

(Petit aparté chiant, je previens tout de suite, pour revenir sur une bataille dont quasi plus personne ne se souvient :
En 1643 l’hégémonie militaire espagnole en Europe, vieille de presque 150 ans, prend fin sur le champ de Rocroi. Les nobles tercios, arborant la croix de St André, symbole des armées bourguignonnes depuis la guerre de cent ans, puis symbole des armées espagnoles depuis lors, se rendent, vétérans invaincus de milles batailles.
Eux qui ont combattu au nom de leur foi et de leur roi, gueulant « Santiago y España », « Viva el Rey », en montant étriper leurs ennemis ; eux qui ont mis à bas deux empires de l’autre coté du monde ; eux qui arpentaient l’Europe, allant de Lombardie en Flandres, de Sicile en Allemagne, de Franche-Comté en Estremadura, rendant hommages aux putains de chacun de ces pays, ils s’inclinent.
Quand le Prince de Condé, 22 ans, qu’on appellera le Grand Condé, demanda aux survivants de combien d’hommes se composait le dernier tercios qui refusa de se rendre, il s’entendit répondre par une rauque voix espagnole, par un de ces soldats anonymes qui montre parfois de l’insolence plein d’esprit, « Compte les morts ! ».
Le soleil de l’Espagne se couche le 19 mai 1643, abattu par une France gouvernée par une Espagnole. Il faudra attendre 1815 pour que l’hégémonie militaire française s’incline à son tour, cette fois ci devant une coalition de tous les peuples européens.
Le mythe de l’invincibilité espagnole a vécu, mais la guerre continuera jusqu’en 1659 et s’achèvera sur une victoire française, celle-ci récupérant l’Artois, le Luxembourg et le Roussillon.)

Mais revenons à Anne d’Autriche. En choisissant Mazarin, elle choisit Richelieu, son vieil ennemi défunt ; elle choisit le parti de l’avenir, plutôt que celui des féodaux ; elle choisit, contre ses convictions, fermement catholiques, de soutenir les protestants pour abattre l’Espagne, afin de sauver la France, plutôt que de se ranger docilement derrière son frère ibérique.
Son fils, Louis XIV, la laissera régner, bien après sa propre majorité. Il ne prendra le pouvoir effectif qu’après la mort de Mazarin, qui est à mes yeux le plus grand de tous les ministres des rois de France, à peine égalé par Richelieu (qui a pourtant meilleure presse) et très très très loin devant Colbert.


J’ai dit tout à l’heure que les enfants étaient une source de joie pour ces sacrifiées sur les grands schémas de leurs états. Il y a malheureusement des exceptions, des histoires assez glauques, en fait.

Parlons de nouveau de Philou et Jeannette, Philippe de Bourgogne et Jeanne de Castille.
Rappel : Philippe est duc de bourgogne (bien que le duché ait été perdu, envahi et arraché illégalement, au mépris du droit, par Louis XI), duc de Flandres, de Brabant, de Hainaut, de Luxembourg, de Frise, de Gueldre, etc, etc… Jeanne, elle, est la fille de Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, reine et roi de leur patelin respectifs (l’Espagne n’a jamais été, jusqu'à l’époque napoléonienne, un royaume unifié en droit. On était roi de Léon et de Castille d’une part, et roi d’Aragon, comte de Barcelone, d’autre part.).
Isabelle la Catholique meurt en 1504. Jeanne devient donc reine de Castille, Philippe devenant en quelque sorte prince consort.
Sauf que Philippe, pourtant très amoureux de sa femme, était encore plus amoureux du pouvoir (et prévoyait l’avenir, également…). Il va alléguer l’incapacité de sa femme à gouverner (il la dit complètement givrée, folle comme pas permis), et il est vrai que les scènes affreuses de jalousie qu’elle lui fait peuvent le faire penser. D’autre part, il est indubitable qu’elle avait une araignée dans le placard, qu’elle était un poil instable) pour gouverner à sa place. Pour cela, autant la rendre réellement folle. On va donc l’enfermer dans une forteresse, sous étroite surveillance. D’instable, elle passe a déséquilibrée.
En 1406, Philippe meurt. Désespoir de Jeanne, qui refuse de se séparer du corps, s’accroche à lui, etc. (puisqu’on vous dit qu’elle l’aimait, la bougresse !!!).
Intervient alors son père, Ferdinand d’Aragon qui, au lieu de la libérer, lui fait le même coup. Il n’est pas étonnant que la malheureuse devienne vraiment givrée, mais elle reste lucide quand même.
Ferdinand, Roi d’Aragon, est donc également régent de Castille. Officiellement, il règne au nom de sa fille. Il meurt en 1516, sans autre héritier que Jeanne. Celle ci est donc reine d’Aragon et de Castille.
On pourra croire que ça va s’arranger pour elle, qu’elle va sortir de sa forteresse et qu’elle va régner, pour léguer quand elle mourra ses territoires à l’un de ses fils (elle en a deux, Charles et Ferdinand, seul le dernier a vécu en Espagne… Il sera donc plus tard Empereur d’Allemagne, logique, non ?)
Sauf que le fils aîné, Charles, 16 ans, ne l’entend pas comme ça. Elevé à Gand par sa tante (Marguerite de Bourgogne, encore elle), Duc de Bourgogne, de Flandres, etc. Il n’a quasi jamais connu sa mère.
Le petit canaillou, en pleine crise d’adolescence, lui fait le même coup que lui ont fait papa et papy. Il résout son oedipe en enfermant maman dans la même forteresse, en se faisant reconnaître roi associé. Elle mourra, toujours enfermée et totalement folle, cette fois ci, en 1555. Les actes officiels en Espagne jusqu'à cette date son fait en son nom.
Charles régnera en Espagne sous le nom de Carlos 1er ; après la mort de son grand-père, Maximilien d’Autriche, il sera élu (grâce en grande partie aux efforts de sa tante) Empereur du Saint Empire Romain Germanique, sous le nom de Charles Quint. Il sera le dernier à porter de manière légitime le titre de Duc de Bourgogne (ça, c’était ma phase régionaliste… Vive Bourgogne !!!).
Notons que parmi les Habsbourg d’Espagne, les cas de clapotage céphalien, ou d’arachnoïde dans le crâne furent sinon fréquent, sinon pas étonnant.

En conclusion, être princesse dans les contes de fée, c’est être une poule pondeuse qui vit longtemps.
Etre princesse dans la vraie vie, c’est vivre malheureuse, pas bien vieille, et avoir beaucoup d’enfants, la plupart consanguins, fragiles et avec un taux de mortalité effarant.



Franchement, je préfère Gala en 1625, y’a plus d’action ! Maintenant, au pire, on les voit en maillot de bain sur la plage, les princesses.



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Voici les 45 dernières réactions à ce commentaire
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 06/07/08 à 17h37
... que tu veux pas faire prof' d'histoire?
sans blague, c'est plus intéressant que ce qu'on nous servait en cours
 18/02/08 à 23h13
J'ai trouvé ce texte passionnant, vraiment!!
 01/09/07 à 17h44
mais c'est royal
 01/09/07 à 17h23
je suis passionné d'Histoire, j'ai une bonne mémoire a ce niveau là (sauf sur les dates), donc voila... et j'avais lu un livre sur le sujet y'a qq semaines. Apres, c'est une question de recherche pour les details dans mes bouquins et sur le net.

voila, voila... quand on s'interesse a l'histoire, on s'interesse en general a une seule periode, puis on se demande ce qui s'est passé avant, puis les conséquences, etc...
et apres on est accro et, a partir d'un simple interet pour la Révolution ou Rome, on s'interesse a tout. ca a été mon cas.
 01/09/07 à 16h24
BlackCatWhiteNight
je me demande comment tu arrives à faire la synthèse de toute cette Histoire... Dommage pour Marie-Antoinette, moi j'ai bien aimé la découvrir autrement dans le regard d'un Stéfan Zweig.
ça va etre plus sex que voici
 01/09/07 à 13h34
C'est sympa un petit "trolling" de temps à autre ça détend l'atmosphere
 01/09/07 à 12h15
et je me suis moi aussi laissé prendre.
Soit vous débarquez sur le Net, auquel cas apprenez la règle d'or "don't feed the troll" soit vous y êtes habitués et alors pourquoi tomber dans le panneau ?
pfff, c lourd comme histoire, entre une cruche et une aigrie...
mais en gros j'ai compris que c'était la chienlit de vivre au 17e s, ce qui ne m'étonne pas un poil. Ca me fait toujours marrer les gens qui disent "ah j'aurais adoré vivre sous Louis XIV"... ah bon ? sans fridge, sans électricité, sans doliprane, sans voiture, sans avion et sans Internet ?
oui ok je suis hors-sujet, désolée

Pour les reines-mères c'est juste pour les veuves de roi et mères du roi d'après , faut être précis.
ennuyeux et pleins de redites : là j'en redemande !!!

Comme Para ça serait bien que tu te colles à Marie Stuart non ?

Eh oui on ne voit que les photos des princesses sur les plages de nos jours, mais attend que le temps passent un peu et pas de raison qu'elles dénotent par rapport à leurs ainées .....
P'tain, princesse, comme job, c'est pas cool !
M'enfin, il paraît que c'est pas trop mal payé.
Tu le fais, mettons, dix ans, puis tu te fais destituer et files à l'anglaise...euh, chez Lady Di !
la Princesse Bouton d'Or, j'adore !
( " Tou as toué mon pèle, tou dois moulil " ! )
Les corsets ont été remplacés par des panty suants, les chevaliers par des gros footeux plein de bière, les carrosses par des monospaces et les châteaux par des lotissements.

Mais il y a toujours autant de princesses, hélas...
 01/09/07 à 10h54
Tethys
mais s'il faut trouver un film hollywoodien historiquement valable pour gagner un coup à boire, ça place la barre un peu haut non ? je vais rester sur ma soif, ou alors il va falloir prendre le 50/50 ? ou téléphoner à un ami ?
 01/09/07 à 10h45
faut que je le vois, mais je suis pas trop callé sur la guerre de secession.
 01/09/07 à 10h13
un régal à lire le matin au café
tu nous fait la guerre entre Elizabeth d'Angleterre et Mary d'Ecosse pour les croissants de demain matin siteuplé?bien à toi
Vynnie respire à fond et dis au papa que c'est pas lui qui décide de l'heure, non, mais!!!biz
pour ton films Historique hollywoodien : "Gods and Generals"
on aura beau dire ce qu'on veut c'est "valable" ( voir plus si affinité )
alors j'ai corrigé - j'ai lu tout le comm, alors bravo pcq c pas facile sur ce format.
 01/09/07 à 08h27
C'est pas mal cela comme expression
 01/09/07 à 07h59
quand on croit au gens comme revelateur de leur personnalité, ca m'etonne pas comme reaction (cf sa fiche)... par contre faudrai apprendre a lire, vu que je m'etais deja expliqué sur mon pseudo.

et merci de ne pas revenir sur le sujet. Perso, ca me fait chier et si c'est pour dire ce genre de truc, autant aller se coucher plus tot.
 01/09/07 à 07h56
je vois qu'il y en a qui se prenne la tete pour pas grand chose. Surtout que Lucifer, c'est pas le diable, mais bon, je l'ai deja expliqué dans un precedent comm cité par Vinnye.

Et honnetement, je m'en tape royalement que l'on trouve mon pseudo nul ou pas. ca montre seulement une certaine forme de tolerance, c'est tout...

quand aux autres, ben merci de vos reactions sur mon comm, bcp plus intelligentes.

et oui, on dit pantoufle de vair.
surtout que c'est plus pratique pour aller danser et tellement plus doux....
 01/09/07 à 02h51
ange de la nuit
ce film est un petit bijou )
 01/09/07 à 02h46
lacdegarance
Moi, j'aime bien, l'histoire des princesses en une page... ça se lit d'une... traite. Et on comprend tout.
On comprend surtout que, Princesse ou pas, être une femme ce n'était pas tout rose, autrefois...
Mais de nos jours, est-ce différent?
Stephdemonac, au moins, elle a eu l'air de vraiment s'amuser. Et de faire pas mal de conneries d'ailleurs, mais je dis ça sans la connaître: peut-être qu'elle pleurait de désespoir tous les soirs, va savoir...
Bon, les autres pimbêches de pointdevuemiragedumonde, elles ne se marrent pas, ça c'est sûr. Ça se voit sur les photos. Manque que l'odeur de naphtaline. Quant aux princesses de marketing, Paris Hilton et consoeurs, elles sont au turbin en permanence, entre les abdos-fessiers, les boy-friends branchés à choper, les bitures à doser, les procès à gagner, l'âge à dissimuler, les enfants à adopter (faire son môme soi-même, de nos jours, pour une princesse marketing, c'est d'un vulgaire...) pas une seconde de répit, pour la princesse moderne.
En plus, les nôtres, elles ont une DLC: plus de droit divin, hormis celui du top-50. Il faut s'accrocher...
Bon, merci pour ce comm, qui nous permet d'accepter notre destin de bergère qui ne deviendra pas princesse, gardant son sabot au lieu d'une très chère et très fragile pantoufle de verre...


 01/09/07 à 01h59
ScommeSOPHIE
pas mieux hips itoo
 01/09/07 à 01h54
ScommeSOPHIE
J'ai envie d'dire, que sourd, c'est pô bien gênant sur internet :x
 01/09/07 à 01h50
surtout pour ça : "... dévoratrice mais à la sexualité et à la fécondité illimitées..."
 01/09/07 à 01h46
ScommeSOPHIE
Ah voui c'est vrai, et alors c'est quand qui sort ce bébé ?
 01/09/07 à 01h41
moi non plus, même si j'aime pas l'histoire. Mais j'aime bien les comm' de Lulu (parce que j'y suis citée )
 01/09/07 à 01h39
ScommeSOPHIE
moi j'm'en lasse pas ...
: )

Taing, j'arrive à m'faire toute seule, chuis trop forte (bon là normalement je mets le smiley avé les lunettes de kéké mais j'sais pas l'faire avé mon clavier, croyez vous qu'c'est bêêêteuu)
 01/09/07 à 01h31
ScommeSOPHIE
Pourquoi ça devrait ?

Tu devrais approcher le diable plus souvent, p'têt que ça te dériderait, m'enfin c'que j'en dis moi ...

D'un côté j'avoue que la recherche poussée de ton pseudo me laisse pantoise !
 01/09/07 à 01h17
ScommeSOPHIE
Soit t'arrêtes la drogue soit tu t'y mets, mais de grâce fais quelque chose !
 01/09/07 à 01h02
ça tombe bien, il est en vacances pour 2 semaines, il va pouvoir nous écrire pleins de supers comm'. Cool
 01/09/07 à 00h55
ScommeSOPHIE
aussi intéressants à écrire essaie voir de lâcher ton clavier, ça nous fera des vacances ...
Aujourd'hui, on se marie rarement pour des rasions fiscales : dois-je te rappeller où tu étais le 30 juin de cette année ? Ne mens pas, tu as signé.

Quant à mon Moine, la seule prière qu'il fait en ce moment est que l'accouchement arrive le plus vite et le mieux possible !
Et puis de toute façon, je ne suis pas une princesse, je suis une bombe.

"Jeune vierge, je ne veux point qu'on tue".

Aragon et Castille, sont les mamelles du destin?
 01/09/07 à 00h28
ScommeSOPHIE
Passionnant.
percutante, comme il se doit, et fidèle à la griffe de son auteur!
de quoi se jeter sur les numéros épuisés de Gala!
 01/09/07 à 00h14
de toute maniere je vois double mais je lirais ça, ça m'a l'air pationnant, merci !